Maroc : Gisement de gaz : de quoi alimenter Tahaddart pendant six ans !

Les premières estimations des réserves trouvées dans la zone de Larache/Tanger font état de 3 milliards de m3.
Selon l’Onhym, les chances de trouver du pétrole dans le Prérif sont réelles.
Les recherches s’activent dans les régions de Tissa, Ouezzane et Azilal.

Le microcosme de l’exploration pétrolière et gazière au Maroc est en effervescence depuis début 2009. Coup sur coup, la société d’exploration Circle oil a découvert trois gisements de gaz en autant de forages, alors que les prospecteurs s’estiment heureux quand ils tombent sur des réserves une fois sur dix ou douze forages. Du jamais vu au Maroc ! Ce n’est pas un hasard si le même explorateur est en train d’effectuer un quatrième forage (La Vie éco du 3-04-09). En attendant, une autre découverte, au large de Larache/Tanger, a été annoncée, le 30 mars. Cette fois-ci, par un groupement de trois partenaires que sont Repsol, Dana et Gaz Natural.
Qu’est-ce qui a été découvert et quelles estimations, sous réserve de tests d’évaluation à venir, peut-on avancer ? Ce sont dans tous ces cas, des découvertes de gaz de type dit biogénique. Il s’est déposé sur une roche mère qui n’a pas connu la maturation nécessaire pour en faire un gaz plus sec appelé catagénique (qui lui-même pourrait devenir de l’huile, c’est-à-dire du pétrole) en le soumettant notamment à plus de pression et une température plus forte avoisinant les 80°C. D’ailleurs, ces découvertes ont été faites, aussi bien en onshore qu’en offshore, entre 1 000 et 2 000 mètres de profondeur, alors que le gaz catagénique se trouve généralement entre 3 000 à 4 000 mètres.
Pour ce qui est des estimations des réserves, les experts de l’Office national des hydrocarbures du Maroc (Onhym) parlent de 20 à 100 millions de m3 pour chacune des poches de Circle oil au Gharb et autour de 3 milliards de m3 pour les réserves estimées du gisement découvert au large de Larache / Tanger.

La viabilité économique de l’exploitation est avérée
Y a-t-il des explications à ces découvertes concomitantes ? «Le Gharb est un des territoires que nous connaissons le mieux car nous avons capitalisé sur des reconnaissances qui datent du début du siècle et des découvertes y ont déjà été faites. Le tout a été complété par des acquisitions sismiques et si Circle oil a trouvé des gisements à chaque forage c’est qu’il a fait de la sismique 3 D qui renseigne très précisément sur ce qu’on appelle les bandes de sable», explique Mohamed Moustaïn, directeur de l’exploration pétrolière à l’Onhym. Il souligne, en outre, que la région ne recèle probablement pas des quantités énormes mais comme il y a un petit pipe-line sur place (propriété de l’Onhym) et de la clientèle -notamment la Compagnie marocaine de carton et de papier -, la viabilité économique est assurée. Si d’autres découvertes arrivent à être mises au jour, il est possible de recruter d’autres clients comme les industriels de céramique ou encore la construction d’une centrale électrique dont la production alimenterait le pays par le réseau de l’Office national de l’électricité. Concernant la découverte de gaz, au large de Larache et Tanger, les spécialistes s’accordent à dire qu’elle s’est produite dans ce que l’on pourrait considérer comme la partie immergée du Gharb. De plus, les sociétés qui ont fait la découverte connaissent bien ce terrain. Quant à la clientèle potentielle, on pense déjà à la centrale de Tahaddart, par exemple.  Il faut savoir que 3 milliards de m3 permettraient d’alimenter l’unité de production électrique pendant six ans.

A Missour, Guercif et Haha aussi
Quoi qu’il en soit, il faut savoir que les explorateurs cherchent en fonction de l’âge géologique du terrain où ils acquièrent leur permis. Il est souligné  que le Gharb est une formation géologique récente (datant de quelques dizaines de millions d’années) où il est quasi certain que la matière organique n’a pas eu le temps de donner une roche mère pouvant avoir «emprisonné» une huile de pétrole. En revanche, dans le Prérif, dont la formation date du Jurassique qui se situe entre 200 et 300 millions d’années, les chances de trouver du pétrole sont réelles. On cherche aussi du pétrole du côté de Tissa, Ouezzane et Azilal.
L’autre région où certaines des conditions réunies indiquent une possible présence de gaz catagénique sont les hauts plateaux, notamment du côté de Missour, Guercif, Doukkala, Essaouira ou encore Haha. Enfin, dans la région de Boudnib (à Bouanane précisément), des prospecteurs (Dana, Tétis et Eastern) nourrissent l’espoir de trouver soit de l’huile, soit du gaz. Dans tous les cas, il faudrait que le Maroc pense sérieusement à opérationnaliser l’option gazière, ce qui lui permettra d’utiliser une énergie plus propre et moins chère. En combinant les réserves trouvées avec la mise en place d’un terminal gazier à Jorf Lasfar, d’une capacité de 5 milliards de m3, le coût d’utilisation pour l’industrie s’en trouverait allégé.