Maroc – Exportations : ces produits qui ont cartonné malgré la crise

Les poissons en conserve ont généré plus de recettes malgré des quantités en baisse grà¢ce à  un Euro fort.
Des chaussures à  plus forte valeur ajoutée ont rapporté 160 MDH en plus.
La Logan et les carrosseries de camions ont donné du tonus au secteur de l’industrie automobile.
Argent, cuivre, linge de maison, couvertures, pà¢te à  papierÂ… Ils ont pu amortir le choc de la baisse globale.

Si 2009 a été une année difficile pour l’économie nationale en général et pour les exportations du Maroc en particulier, certains produits ont tiré leur épingle du jeu en améliorant leurs ventes à l’étranger. Les poissons en conserve, les chaussures, les voitures industrielles, l’argent brut et autres ont réalisé des performances qui, en ces moments de crise, s’avèrent inédites. D’autant qu’au total, les exportations, de manière globale, ont chuté de 155,7 milliards de DH en 2008 à 111,8 milliards de DH en 2009, d’après les statistiques de l’Office des changes. Autant dire que certains professionnels ont su s’adapter pour résister à une conjoncture fortement défavorable. C’est le cas du secteur des poissons en conserve dont les ventes à l’étranger ont progressé de 300 MDH en un an seulement pour s’établir à 4,8 milliards de DH. Cependant, un tel résultat n’incite pas les professionnels de ce secteur à s’en réjouir. «Il faut relativiser cette performance car on s’attendait à des recettes plus importantes. Malheureusement, les volumes écoulés ont baissé», tempère Hassan Sentissi, président de la Fédération des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche (Fenip).

La farine de poisson a été bien valorisée

En effet, les quantités exportées sont passées de 145 854 à 143 286 tonnes d’une année à l’autre. C’est la parité du dirham qui a en fait sauvé la mise. «La plupart de nos conserves se vendent à l’étranger en euro et cette devise a connu en 2009 une hausse importante par rapport aux autres monnaies dont le dirham ; ce qui explique l’augmentation de la valeur de nos exportations malgré la baisse de leur volume», explique M. Sentissi.
Les professionnels du secteur ne pourront cependant pas avancer le même raisonnement quant au comportement de la farine de poisson dont les exportations ont enregistré une hausse autant en volume qu’en valeur : 739,5 MDH pour 91 505 tonnes en 2009 contre 526,2 millions pour 76 037 tonnes un an auparavant. Ce produit s’est bien comporté sur les marchés étrangers malgré le fait que les ventes, pour ce sous-produit, s’effectuent en général en dollar, monnaie dont la valeur a chuté à maintes reprises au cours de l’année dernière. Les opérateurs marocains ont pu mieux valoriser leur production grâce à une meilleure coordination avec les principaux exportateurs mondiaux que sont le Chili, le Pérou, la Norvège et le Danemark pour maintenir à la hausse les prix de vente.
Si les professionnels de produits de pêche affichent des réserves quant à la performance de ce secteur à l’export, c’est parce qu’ils ont des objectifs plus ambitieux. «Nous devons renforcer notre position au risque d’être supplantés par nos concurrents notamment les Asiatiques et les Américains» , met en garde M. Sentissi. Et de renchérir : «Il ne faut pas oublier que nous importons, contrairement à certains de nos concurrents, des intrants pour nos besoins industriels et dont les prix ont flambé en 2009». Chez les fabricants de chaussures, les raisons de la hausse sont autres et bien plus réjouissantes. En 2009, leurs recettes à l’export ont augmenté  de 7,5 % à 2,3 milliards de DH alors même que les quantités vendues ont légèrement chuté de 11 782 à 11 483 tonnes. Un seul facteur explique cette évolution contrastée : les professionnels marocains ont amélioré la gamme de leurs exportations. «La valeur ajoutée des chaussures exportées est en hausse» , explique un responsable de la Fédération marocaine des industries du cuir (Fédic).

Les délocalisations de chaussures commencent à donner leurs effets

Ce changement au niveau de la gamme a ainsi un double avantage. Outre l’augmentation de la valeur ajoutée (financière), il a le mérite aussi de produire au sein de l’industrie de la chaussure  marocaine «un basculement de la sous-traitance vers le produit fini qui favorise une intégration plus bénéfique pour le secteur», détaille la même source. A l’origine de ces mutations, les opérations de délocalisations qui ont été opérées au Maroc par de grands opérateurs internationaux. L’implantation, il y a quelques années, d’une dizaine d’entreprises espagnoles, portugaises, françaises et allemandes qui commercialisent des marques prestigieuses à l’échelle internationale, commence ainsi à porter ses fruits. La dynamique d’un secteur qui a déployé dernièrement beaucoup d’efforts au niveau de la promotion, y a été également pour quelque chose. C’est pourquoi les professionnels de la chaussure, tout comme les industriels de la pêche,  affichent un satisfecit très mesuré de la performance de leur filière. Habitués à réaliser une croissance à deux chiffres depuis 2006, ils s’attendaient à faire mieux. La crise a faussé leurs pronostics et fait, au passage, quelques dégâts. Comme en témoigne «la fermeture de quelques usines» , selon la Fédic. N’empêche, ces résultats restent honorables dans le contexte difficile qui a prévalu en 2009. L’évolution de certains produits peut même être considérée comme un véritable exploit. C’est le cas des exportations des voitures industrielles qui ont bondi de près de 40 %, à 969 MDH. Il en est de même pour les articles confectionnés en tissu dont les ventes ont presque doublé, atteignant près de 666 MDH. Les exportations d’un autre produit de textile, le linge de maison, se sont envolées de près de 250 % et généré 203 MDH. S’y ajoutent les ventes de couvertures qui sont passées de 32,8 MDH à 165 MDH. La longue saison hivernale de 2009 avait en réalité soutenu la demande.

Progression de 360% pour la Logan

Quant aux exportations des voitures de tourisme, elles ont littéralement explosé. Un exploit à mettre à l’actif de la Logan qui, grâce à l’accord d’Agadir, a dopé ses ventes sur le marché égyptien pour totaliser 366 MDH.
Par ailleurs, certaines matières premières se sont bien comportées durant une année qui était en général catastrophique pour ce type de produits. Les exportations d’argent brut ont rapporté plus de 858 MDH contre 851 millions en 2008. Ces recettes ont été en hausse grâce aux cours mondiaux de ce métal, le volume exporté ayant été en nette contraction : 336 tonnes contre 464 tonnes. Eu égard à la hausse du volume exporté et des cours mondiaux, les recettes générées par le minerai de cuivre ont aussi gonflé, passant de 338 MDH à 507 millions. D’autres produits naturels se sont également bien vendus à l’étranger. On peut citer la pâte à papier (423 MDH), les boyaux frais, secs, salés (443 MDH), les épices (142 MDH), les algues (68,4 MDH) et les fleurs (29,5 MDH).
Il reste, enfin, que ces bons résultats n’ont pas pu compenser la chute spectaculaire de la plupart des produits vedettes. Il en est ainsi de tous les dérivés des phosphates dont en particulier l’acide phosphorique qui a vu ses ventes à l’étranger passer de 22,8 milliards de DH à 8 milliards de DH. Même constat pour le phosphate brut et les engrais naturels et chimiques dont les exportations ont dégringolé respectivement de 17,6 milliards et 11 milliards de DH à 5,1 et 5,5 milliards de DH.
La contre-performance du phosphate met en évidence la difficulté dans laquelle ont évolué les échanges commerciaux du Maroc en 2009. Difficulté confirmée par les produits d’un secteur qui constitue la force de frappe des exportations marocaines à savoir le textile. Les ventes des vêtements confectionnés ont ainsi chuté en volume et en valeur : 17,6 milliards de DH contre 19 milliards de DH. Quant aux articles de bonneterie, et malgré une hausse du volume des exportations, leurs recettes ont baissé : 6,4 milliards de DH contre 6,6 milliards de DH. D’autres produits industriels n’ont pas été épargnés. C’est le cas pour les fils et câbles électriques dont les ventes à l’étranger ont à peine atteint 5 milliards de DH alors qu’un an plus tôt elles s’élevaient à 8,8 milliards. Idem pour les composants électroniques (transistors) qui ont chuté de 4,4 milliards de DH à 3,8 milliards de DH. La chute des exportations a été générale au point de toucher tous les secteurs dont les produits alimentaires. Les ventes de crustacés, mollusques et coquillages ont été le plus affectées sur ce segment puisqu’elles ont régressé de 5,5 milliards de DH à 4 milliards de DH. La contre-performance s’explique davantage par des cours mondiaux défavorables, les volumes exportés ayant été en augmentation. Les agrumes et primeurs, qui ont bénéficié ces dernières années d’une croissance soutenue, ont subi également l’impact de la rétraction de la demande internationale : 2 milliards de DH contre 3,2 milliards de DH. Autant dire que dans une pareille conjoncture, les bons résultats des autres produits, mêmes modestes, s’apparentent à une véritable performance.