Maroc – Automobile : L’année 2013 démarre difficilement

Après une année 2012 qui affichait des résultats record, 2013 démarre difficilement. Avec la crise économique, l’auto n’est plus un achat prioritaire. Les opérateurs sont partagés, certains tablent sur une baisse de 5% à  fin 2013, d’autres se montrent confiants.

Malgré la crise, la kyrielle d’incertitudes, un pouvoir d’achat en berne, les ventes de véhicules poursuivent leur trend haussier. Atteindrons-nous les excellents chiffres de l’année 2012 ? C’est peut-être possible pour ce qui concerne les voitures particulières (VP), mais improbable pour les véhicules utilitaires légers (VUL). A fin mars 2013, les premiers ont enregistré 27 632 ventes contre 26 926 l’année précédente durant la même période. Quant aux seconds, les statistiques annoncent 3 272 unités contre 3 275 véhicules en mars 2012. Soit respectivement des variations de +2,62% et -0,09%. Si on cumule les deux segments, 2,32% de hausse s’affiche, avec 30 902 unités écoulées à fin mars 2013 contre 30 201 il y a un an.

Les françaises caracolent en tête

Concernant les performances des marques, le panorama global ne change guère. Ainsi, Dacia arrive en tête de peloton avec 6 895 unités VP (24,95% de parts de marché). Renault colle sa marque low-cost avec 2 963 véhicules mais des ventes VP en baisse de 15,28% par rapport à la même période 2012. En troisième position, on trouve Peugeot qui a écoulé 2 681 unités. Ford consolide ses belles performances avec 9,13% de parts de marché, soit 2 523 véhicules commercialisés. Même chose pour le sud-coréen Hyundai qui arrive en cinquième position avec 1 986 autos vendues. Citroën se contente de la sixième place avec 1 536 unités. Puis viennent Volkswagen, Fiat, Nissan, Kia. Concernant les marques premium, on peut noter les belles performances de Land Rover (+31,49%), Mercedes (+15,09%), Porsche (+56,67%), Volvo (+40,98%) et Jaguar (+8,70%). En revanche, BMW enregistre une chute de 11,45%, Audi de 10,44%. Les mauvais scores concernent aussi Lancia (-41,30%), Kia (-34,02%), Mini (-34,48%), Mitsubishi (-49,38%), Toyota (-30,77%), Honda
(-11,40%). Les marques chinoises ne réussissent pas à séduire le public, puisque les meilleures ventes sont enregistrées par Chery avec 59 unités à fin mars !

Le segment des VUL souffre

La mauvaise conjoncture économique impacte les ventes de VUL. Certes, fin mars, Dacia a vendu 113 unités (+841,67%), Citroën 163 véhicules (+89,53%), Fiat 217 autos (+93,15%), Mitsubishi 361 autos (+93,75%). En revanche, avec 536 VUL vendus, Toyota chute de 11,55%, tandis que Ford enregistre une baisse de 14,88% malgré ses 246 ventes. Pareillement, Hyundai baisse de 14,37% malgré 298 autos commercialisées ; Peugeot chute de 70,89% avec 69 VUL et Renault de 13,82% avec malgré tout 530 unités écoulées.

Selon Eric Morin, PDG de Sopriam qui commercialise les marques Peugeot et Citroën, «le marché a terminé l’année 2012 avec une croissance record de 16%, soit plus de 132 000 véhicules écoulés. A fin mars, on enregistre une croissance de 2,3% ; ce qui n’est pas favorable. Je suis persuadé que durant l’été, le marché sera en net recul. Par conséquent, je pense qu’à fin 2013 on sera à au moins 5% de baisse ; soit 125 000 véhicules grand maximum ! J’explique cette situation par la crise de l’UE. Les transferts des MRE diminuent, le pouvoir d’achat des nationaux en pâtit. De surcroît, les conditions d’octroi de crédit sont de plus en plus draconiennes. Malgré tout, Sopriam atteint 11,3% de hausse durant le premier trimestre». Voilà l’opinion d’un importateur de marques généralistes.

Ce pessimisme est également partagé par les opérateurs du segment premium. Ainsi, Christian Diot de Jaguar Maroc est peu enclin à l’euphorie. La crise économique se fait cruellement ressentir. Tous les pans de l’économie nationale sont frappés par la crise mondiale et principalement celle qui touche l’UE, partenaire numéro 1 du pays. «L’achat impulsif ou de pur plaisir a laissé place à des achats mûrement réfléchis. Ça concerne aussi bien les particuliers que les sociétés possédant un parc automobile. L’octroi de crédits est devenu complexe. Lorsque la crise s’est déclarée en 2008, le luxe était globalement épargné dans le monde. C’est toujours le cas dans des contrées comme la Chine, la Russie, l’Inde, le Moyen-Orient…mais désormais, le Maroc voit sa clientèle fortunée adopter de nouvelles attitudes de consommation. Les hommes d’affaires n’ont plus de visibilité et sont donc fort prudents», note Christian Diot. Il est vrai que de l’immobilier, en passant par l’horlogerie, la joaillerie et de manière générale les grandes enseignes de luxe basées au Royaume, l’heure n’est plus à l’euphorie.

Seule l’opinion de Adil Bennani, DG de Toyota du Maroc, retentit telle une note discordante. Ainsi, il prédit une hausse de l’ordre de 6% à fin 2013. Ceci-dit, force est d’admettre que même dans un tel cas de figure, on est loin de la croissance exponentielle à deux chiffres à laquelle le marché nous avait accoutumés. Par conséquent, son cheminement est timoré. La chaussée, jusque-là droite, devient sinueuse. Le trafic qui était fluide connaît désormais des embouteillages. Le risque de dérapage existe-t-il ? Les mois qui s’annoncent nous le diront. En attendant, l’année 2013 est aussi marquée par une clientèle qui se détourne résolument des véhicules à motorisation essence.

Les voitures essence se vendent mal

En effet, fini les fortes hausses des ventes de voitures essence au Maroc. Comme en témoignent les chiffres détaillés de l’Association des importateurs de voitures au Maroc (AIVAM), la part de véhicules neufs carburant à l’essence dans les ventes de 2012 a chuté à 22% (24 700 unités) alors qu’elle était de l’ordre de 26 % en 2011 (23 980 unités). La progression des ventes pour les voitures essence se limite à 2,9% contre…20% pour les voitures diesel.

Pour certains modèles, l’impact est tel que les revendeurs sont obligés de brader les prix : des voitures neuves à 0 km au compteur et toujours sous la garantie maison ont vu leur prix passer de 450 000 DH à 230 000 DH. Du jamais vu ! Le parc de voitures en circulation reste, quant à lui, largement dominé par le diesel (80% tous segments confondus) et, comme on n’envoie pas sa voiture tous les ans à la casse, la forte augmentation du diesel ces dernières années va continuer à se faire sentir les prochaines années. Selon les professionnels, ce désenchantement est principalement lié à la récente hausse des prix des carburants à la pompe et notamment celui du sans-plomb. Le litre d’essence a ainsi connu une hausse de 2 DH l’été dernier et coûte aujourd’hui 12,24 DH. Le gasoil, quant à lui, s’est apprécié de 1 DH, passant de 7,20 à 8,20 DH. «Depuis un certain temps déjà, on constate une baisse dans la vente de nos véhicules essence. On est passé d’une répartition 60-40 en faveur du diesel dans le début des années 2000 à du 80-20 en 2010. Cette baisse a toutefois été plus prononcée après l’augmentation du prix du carburant mais également celui de la vignette», confirme Ryad Mezzour, DG de Suzuki au Maroc. Car, avant d’effectuer l’acte d’achat, le futur acquéreur opère un savant calcul pour déterminer la motorisation qui lui convient le mieux. Et dans la conjoncture économique actuelle, la tendance est aux économies. «La première question que pose généralement le client est de connaître la puissance du moteur pour avoir une idée sur la consommation», indique un commercial chez un concessionnaire de la place. «Et quand on sait qu’à puissance égale, la consommation de l’essence au 100 km est supérieure au diesel, le choix est vite fait», ajoute-t-il. Les soucis écologiques sont ainsi relégués au second plan.

Un seul segment résiste toutefois à cette tendance : celui des citadines et micro-citadines. «Il est vrai que le marché marocain est fortement diésélisé. Mais quand on analyse les ventes par segment, on se rend compte que cette proportion n’est pas respectée du côté des petites voitures», déclare Hatim Kaghat, directeur de la communication à Kia Motors Maroc. D’après les chiffres de l’AIVAM, l’essence constitue 99,5% des ventes dans le segment des micro-citadines en 2012 et 51,87% dans celui des citadines. Cela est expliqué par le fait que les micro-citadines n’existent qu’en essence (dans la quasi-majorité des cas) et ont de petites motorisations qui consomment peu et sont très raisonnables à l’entretien. Ce qui leur confère une bonne cote à la revente. Enfin, comme leur nom l’indique, ce sont des voitures à utilisation urbaine et ne sont pas conçues pour les grands trajets routiers.
Ceci dit, à tarif quasi similaire, opter pour une citadine plutôt qu’une micro-citadine devient un réflexe. Il se trouve que pour les citadines, dont une bonne partie se trouve chez les conducteurs de taxis (grands rouleurs), les préoccupations financières sont aussi mises en avant. Même dans le segment du luxe, le diesel gagne du terrain. Alors qu’il constituait moins de 5% il y a quelques années, sa part augmente pour atteindre les 25% en 2012 grâce notamment à l’effort de recherche et développement des constructeurs pour rendre le diesel moins sonore, plus puissant, plus plaisant à conduire et plus économe. Des constructeurs ont ainsi, au fil des années, démocratisé le diesel dans les berlines haut de gamme : Mercedes, BMW, Porsche, Jaguar…
Pour cette année, la tendance baissière de la vente des voitures essence risque de se confirmer, surtout que les professionnels craignent une nouvelle hausse du prix du carburant compte tenu de l’éventuel changement du système de compensation. Pire, cette baisse peut toucher tout le marché. «La croissance risque de ne pas continuer avec la même intensité», déclare Hatim Kaghat. Le blocage prévu de la LOA pour particuliers, à cause des dispositions de la nouvelle Loi de finances, en serait pour quelque chose. Sans compter le différentiel important en droits de douane entre marques européennes et marques non européennes (17,5% d’écart) qui continue, selon les concessionnaires de ces dernières, de biaiser la concurrence.

Le marché de l’occasion subit les tracasseries administratives

Une telle atmosphère impacte forcément le marché des véhicules d’occasion (VO). De la sorte, les motorisations essence ont subi une décote incroyable (près de 50% en une année !). Les grosses cylindrées ne trouvent guère preneur. Si les diesel sont encore relativement préservés, force est d’admettre que leur cote baisse également. On assiste à une vaste braderie. Au sein de ce marché qui peine à émerger ; les acteurs qui souhaitent professionnaliser le VO sont confrontés à des lourdeurs administratives (euphémisme) qui en décourageraient plus d’un. Résultat : tout est fait pour encourager l’informel. Ainsi, malgré la volonté affichée des officiels marocains d’assainir le marché du véhicule d’occasion et de donner plus de visibilité aux opérateurs de ce secteur, les professionnels du VO ne sont pas exempts de risques et avouent que le cadre d’évolution de l’activité est pour le moins handicapant. En effet, que l’on se réfère au cadre concurrentiel ou au cadre réglementaire ; les procédures qui régissent actuellement la profession ne sont affichées nulle part et leur application dépend de l’humeur et de l’interprétation des agents administratifs censés servir le citoyen qui achète un véhicule d’occasion.     Or, ce dernier doit s’armer de courage et de patience pour faire face au parcours du combattant que représente le transfert de propriété. Tout commence au service de la légalisation où les timbres ne sont pas forcément exigés. Lorsque le citoyen refuse de «glisser un billet» avec les documents, il se trouve «obligé» de s’acquitter des timbres mais il ne doit pas s’étonner s’il ne reçoit pas la monnaie que l’agent a «omis» de lui remettre. Vient ensuite l’étape du contrôle technique de mutation où l’agent visiteur est moins regardant sur l’état du véhicule lorsqu’il «reçoit un billet vert». Le plus aberrant est dans le paiement des frais de transfert : Alors qu’ils étaient intégralement payés au même lieu, l’Etat a décidé que les 300 DH qui reviennent au ministère des transports soient payés dans une perception et le reste, qui revient au Trésor, c’est-à-dire les chevaux fiscaux, dans une autre. Il faut donc perdre beaucoup de temps à se déplacer entre les perceptions à faire la queue tout en s’apercevant que d’autres personnes croisées au sein du bâtiment et qui vous ont proposé leur service pour payer vos taxes mais que vous avez refusé en bon citoyen, passeront avant vous. Si vous rouspétez, «le système», c’est-à-dire la ligne informatique, tombe en panne puis vous êtes priés de revenir le lendemain !

Arrive enfin l’étape du dépôt du dossier au centre immatriculateur. A l’heure où l’internet s’est démocratisée et où les fichiers électroniques remplacent les tonnes de papiers qui finissent de toutes les façons au broyeur, ce service qui relève du ministère des transports vous exige les copies certifiées conformes du Registre de commerce et du Statut de la société qui vend le véhicule, du pouvoir de signature… mais finissent toujours par trouver un motif pour refuser le dossier. A noter également que le dossier complet doit être impérativement déposé dans le centre immatriculateur de la ville dont dépend l’acheteur ! Cela signifie que l’acheteur doit faire la navette entre la ville où il achète son véhicule et celle qu’il habite. Toutefois, pour éviter cet écueil, quelques billets pliés à l’attention de l’agent qui les reçoit doivent être insérés parmi les documents. Lorsque enfin le récépissé valable 30 jours est remis, le citoyen lambda n’est pas au bout de ses peines. Ainsi, il n’est pas rare que ce récépissé soit prorogé de 60 jours chaque fois jusqu’à 1 an ou plus parce que le dossier n’a pas été validé dans le système ! La fabrication de la carte grise par une société privée ne peut donc avoir lieu sans validation par le centre immatriculateur. Le citoyen «averti» paye 300 DH pour que son dossier soit validé en priorité et obtenir ainsi sa carte grise en 15 jours.

Les associations de lutte contre la corruption ont du pain sur la planche si elles veulent s’attaquer à ces chantiers qui minent le moral des citoyens et des professionnels du marché de l’automobile et de l’occasion en particulier. Tout cela s’ajoute aux risques qu’encourent les professionnels du marché VO. Depuis l’augmentation des vignettes automobiles mais aussi et surtout du prix de l’essence, les véhicules de grosse cylindrée à motorisation diesel et les véhicules à motorisation essence en général ont subi une chute vertigineuse. Les rumeurs sur l’indexation systématique du prix de l’essence à celui du coût du baril n’arrangent guère les choses. Par conséquent, les professionnels qui disposent de stock de véhicules subissent des pertes abyssales.

En somme, on peut dire que l’absence de visibilité, l’augmentation des taxes automobiles et du carburant, l’absence de cote officielle de type argus, sans omettre la multitude de tracasseries administratives qui génèrent la corruption font que le marché du véhicule d’occasion peine à se structurer et à se professionnaliser.