Maroc-Afrique-Asie, une relation triangulaire à  fort potentiel

Fin novembre, le forum Maroc-Asie a tenu sa deuxième édition à  Skhirate. Le groupe Attijariwafa bank y a pris une place de choix en tant que partenaire bancaire exclusif du côté marocain. Le directeur général d’AWB, Boubker Jai, revient sur le potentiel en termes de business de cette relation triangulaire, les opportunités ainsi que sur le détail du partenariat conclu avec Bank of China.

Skhirat a accueilli il n’y a pas longtemps la 2e édition du Forum Maroc–Asie avec Attijariwafa bank comme partenaire bancaire exclusif. Quel diagnostic faites-vous aujourd’hui des échanges entre le Maroc et l’Asie et plus globalement entre l’Afrique et les pays asiatiques ?
Le constat est éloquent dès lors qu’il s’agit de scruter les statistiques des échanges entre, d’une part, notre pays et les pays asiatiques et, d’autre part, le continent africain et l’Asie. Pour le Maroc, la valeur globale des échanges avec les pays d’Asie a progressé à un rythme soutenu sur les cinq dernières années, faisant de ce continent le deuxième partenaire du Royaume après l’Europe. Selon les statistiques de l’Office des changes, les échanges ont totalisé environ 120 milliards de DH au titre de 2012 contre 82 milliards en 2009, soit une augmentation de 48% en trois ans. Les importations se sont établies à 90 milliards de DH et ont évolué à un rythme plus accéléré que les exportations qui franchissent à peine les 30 milliards de DH. Sur ce volume, le tiers est réalisé avec les pays arabes du Moyen-Orient. Ensuite, vient la Chine qui représente plus de 20% des échanges avec l’Asie, alors que le reste est réalisé avec l’Inde, le Japon, l’Indonésie, la Malaisie, Singapour, le Vietnam, la Corée du Sud et le Pakistan.
En matière d’IDE asiatiques au Maroc, force est de constater qu’ils ne sont, certes, pas très importants puisqu’ils ne dépassent guère les 400 MDH, et sont constitués surtout de capitaux indiens, japonais et chinois. Néanmoins, ils présentent, sans doute, un potentiel important de développement si l’on positionne notre pays comme un hub financier et commercial vers l’Afrique, l’Europe, les pays arabes et l’Amérique, en agissant sur les leviers des ALE et des accords signés avec ces ensembles régionaux.
Quant aux échanges Afrique-Asie, leur volume n’a cessé de s’accroître, depuis une décennie, tout comme le flux des investissements asiatiques vers l’Afrique. Selon un rapport de la Banque Mondiale, l’Asie reçoit aujourd’hui environ 27% des exportations de l’Afrique, contre 14% seulement en 2000. Ces exportations portent essentiellement sur des matières premières (pétrole, minerais). Ce volume d’échanges est pratiquement comparable aux exportations de l’Afrique vers les États-Unis et l’Union européenne, tous deux partenaires commerciaux traditionnels de l’Afrique. De leur côté, les exportations de l’Asie vers l’Afrique augmentent également à un rythme très soutenu (environ 18% par an).  

Au vu du potentiel tel que vous le présentez, quel est aujourd’hui le positionnement de votre groupe sur ces deux continents que sont l’Afrique et l’Asie, et le rôle que vous jouez pour impulser les échanges commerciaux et les investissements ?

Notre présence dans 22 pays dont 14 en Afrique, les relations commerciales étroites que les pays africains en général entretiennent avec l’Asie ainsi que notre vocation à accompagner les opérateurs économiques dans le développement des courants d’affaires, sont tous autant de facteurs qui nous ont naturellement incités à chercher les relais nécessaires aux fins d’asseoir des partenariats «gagnant-gagnant» avec des institutions financières asiatiques de premier plan.
Le choix de la Chine n’est pas fortuit. Nul besoin de rappeler ici le rôle et le poids de ce pays dans les échanges avec l’Afrique puisqu’il est aujourd’hui son premier partenaire commercial. Notre réflexion et notre choix se sont portés sur Bank of China pour plusieurs raisons dont le fil conducteur peut être résumé en deux mots : convergence et complémentarité.
D’abord, nos deux groupes ont un fort cachet international puisque nous sommes, à nous deux, présents dans plus de 65 pays. Nous nous adressons aussi à l’ensemble des couches et des populations (personnes physiques, entreprises de toutes tailles et gouvernements) avec des offres dédiées et des produits innovants. La troisième caractéristique qui nous réunit est que nous partageons les mêmes visions et valeurs de notre métier. Et, enfin, nous partageons la même volonté d’ériger ce partenariat en un modèle de coopération Sud-Sud.
 
Pouvez-vous nous présenter brièvement votre partenaire Bank of China et l’accord que vous avez signé ?
Pour vous donner une idée de ce qu’est Bank of China, sachez qu’elle a été fondée en 1912, ce qui fait d’elle la plus ancienne et la plus internationale de toutes les banques de Chine. Elle est cotée depuis l’été 2006 à la fois aux Bourses de Shanghai et de Hong-Kong. Son capital social est majoritairement détenu par différentes entités publiques de la République populaire de Chine. Elle exerce l’essentiel de ses activités dans les domaines de la banque universelle, la banque commerciale, la banque d’investissement, l’assurance et la gestion d’actifs.
Bank of China opère aussi dans plus de 36 pays en Asie, en Europe, en Amérique et en Afrique et gère un portefeuille de 2,48 millions de clients entreprises et 172 millions de particuliers. Elle emploie plus de 300000 collaborateurs et son réseau compte 11277 points de vente.
L’accord que nous avons signé s’articule autour de 4 axes majeurs, à savoir l’accueil et l’assistance aux opérateurs clients des deux banques en matière de commerce international, l’organisation, le conseil, l’accompagnement et le financement des projets d’investissement, l’organisation de missions B-to-B et, enfin, l’accompagnement des expatriés chinois en Afrique et des Africains en Chine.

Plus concrètement, quelle est la consistance de ces 4 axes de coopération ?
Par rapport au premier axe, comme vous le savez, la Chine est devenue aujourd’hui le premier partenaire commercial de l’Afrique, avec plus de 160 milliards de dollars d’échanges. Elle occupe aussi la quatrième place dans les échanges avec le Maroc. A cet égard, aussi bien Bank of China qu’Attijariwafa bank ont développé un savoir-faire dans l’accompagnement des opérateurs en matière de commerce international et sont leaders dans leurs marchés respectifs.
Le deuxième axe est non moins important car il vise l’investissement. La Chine et le Maroc occupent des places de choix dans le classement des investisseurs en Afrique. Ainsi, le Maroc est le deuxième investisseur africain en Afrique subsaharienne avec plus de 1,2 milliard de dollars et les investissements chinois ont atteint plus de 14 milliards de dollars en 2011. Il s’agit donc de soutenir cette dynamique d’investissement en mettant nos expertises respectives au service des investisseurs chinois, marocains et tiers, dans les marchés où nous sommes aujourd’hui présents.
Le troisième axe s’inscrit dans une logique de rapprochement et de mise en relation à travers l’organisation de rencontres bilatérales entre hommes d’affaires chinois et leurs homologues dans les pays de présence du groupe Attijariwafa bank. L’objectif est d’impulser une dynamique d’échanges qui aboutira, in fine, à des joint-ventures et à des investissements croisés. A ce titre, je citerai notre expérience réussie au niveau panafricain à travers l’organisation du Forum Afrique Développement, véritable plateforme de réflexion et de rapprochement des entreprises, et qui rassemble à chaque édition (les éditions tenues en 2010 et 2012 ont compté plus de 3000 rencontres B-to-B) plus de 1000 opérateurs économiques des pays de présence de notre groupe en vue d’impulser les échanges intra-africains. Lors de la deuxième édition, tenue en novembre 2012, nous avons été honorés de la présence d’une forte délégation de Bank of China.  
Le dernier axe est aussi primordial car il s’adresse aux diasporas chinoise et africaine qui manquent souvent d’offres appropriées. Bank of China s’appuiera sur le réseau Attijariwafa bank pour servir la communauté chinoise installée en Afrique, et qui approche le million de personnes, et inversement notre groupe apportera le réseau de Bank of China (BOC) aux milliers d’Africains expatriés en Chine.

Quel bilan faites-vous de ce 2e Forum Maroc–Asie ?
Pour notre groupe, le bilan est globalement positif. Nous avons mis en place un dispositif d’accompagnement qui a été déployé sous forme de 4 actions simultanées. La première consiste en une communication envers un large public d’institutionnels. Pour le deuxième volet, nos équipes commerciales du Maroc et des filiales africaines ont été mobilisées pour assister nos clients dans la concrétisation de rencontres B-to-B avec leurs homologues asiatiques avec la présence de plus de 200 clients (Grandes entreprises et PME-TPE) ayant un courant d’affaires avec l’Asie et/ou intéressés par des mises en relation pendant le forum. Un troisième axe, lui, a concerné la participation de notre direction générale aux conférences du forum afin d’expliquer le rôle qu’ambitionne de jouer la banque dans le développement des échanges Afrique/Asie. Et on citera, enfin, la tenue de réunions de travail avec les banques et les grandes entreprises chinoises présentes au forum.