Marché du travail : Le chômage remonte à 10% au premier trimestre

L’économie nationale a perdu 13 000 emplois nets n Le BTP et les services sont les deux secteurs qui ont créé des emplois. La population en chômage a augmenté de 12 000 personnes.

Comme en 2012 à cette même période de l’année, soit le premier trimestre, le marché du travail a enregistré un résultat carrément négatif, puisque les destructions d’emplois (-28000 postes) ont été plus élevées que les créations (+15 000) ; d’où un solde négatif de 13 000 emplois. Ce faisant, le stock global de l’emploi retombe à 10 500 000, au lieu de 10513 000 un an auparavant. Ce qui ramène le taux d’emploi de 42,3% il y a un an à 41,7%. Le Haut commissariat au plan (HCP), qui publie ces chiffres dans le cadre de son enquête trimestrielle sur le marché du travail, précise que ces pertes d’emplois ont été constatées en milieu rural, ce qui met en évidence l’impact des conditions climatiques sur l’actuelle campagne agricole. Cela apparaît clairement d’ailleurs dans la répartition sectorielles des créations et des pertes d’emplois. C’est ainsi que le secteur de l’agriculture, forêt et pêche, a perdu un total de 15000 emplois, 12 000 dans le rural et 3 000 en milieu urbain. Le secteur de l’industrie, y compris l’artisanat, a, lui, perdu 14 000, 12 000 en milieu urbain et 2 000 dans le rural. Le BTP, en revanche, après des pertes annuelles de l’ordre de 37 000 postes en moyenne entre 2012 et 2014, a pu créer 6000 emplois nets au cours du premier trimestre 2016, résultat d’une création de 11000 postes en milieu urbain et d’une destruction de 5 000 en milieu rural. Comme le BTP, les services, premier secteur pourvoyeur d’emplois, avec une moyenne de 110 000 postes entre 2011 et 2014, a créé au premier trimestre 10 000 emplois nets, solde entre la création de 19000 postes en milieu urbain et la perte de 9 000 en milieu rural.

Cette évolution de l’emploi ne peut pas manquer d’interpeller. Si la baisse de l’emploi dans le secteur primaire paraît logique au regard des conditions climatiques qui ont prévalu, en particulier à la fin de 2015 et au début de 2016, comment expliquer que l’industrie, déjà «avare» en emplois, en est venue à en perdre à la fois en milieu urbain et en milieu rural ? Entre 2009 et 2012, l’industrie (y compris l’artisanat) a perdu 25 000 emplois par an en moyenne. Pour la seule année 2014, ce secteur a perdu 37 000 emplois. Ceci a engendré une baisse de l’emploi total du secteur de 1,26 million en 2007 à 1,1 million à fin 2015. Une décomposition de l’emploi par branche et sous-branche serait toutefois intéressante, car toutes ne sont pas logées à la même enseigne. Il y en a qui sont dynamiques comme l’industrie agroalimentaire, par exemple. En gros, c’est surtout l’industrie du textile qui perd pied en matière d’emploi : ce sont plus de 110 000 emplois par an en moyenne qui ont été détruits dans la branche textile entre 2007 et 2012, sans compter les 32 000 postes perdus en 2014.

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Hausse du chômage des lauréats des grandes écoles et instituts

Avec ce résultat négatif en termes d’emplois, le chômage est monté à 10% au lieu de 9,9% au premier trimestre de 2015. En valeur absolue, le nombre de chômeurs a augmenté de 1%, à 1 169 000 personnes, soit 12 000 chômeurs en plus. Ce chiffre est le solde entre une augmentation de 22 000 chômeurs en milieu urbain et une baisse de 10 000 en milieu rural. D’où une hausse du taux de chômage urbain de 14,3% à 14,6% et une baisse de celui en milieu rural de 4,7% à 4,5%.

Une tendance nouvelle semble se dessiner à propos du chômage selon le HCP qui note à ce propos une hausse du chômage des lauréats des grandes écoles et instituts, une catégorie de diplômés traditionnellement plutôt moins exposée aux difficultés de trouver un emploi. Cette catégorie de lauréats «commence à s’inscrire dans une tendance haussière, semblable à celle connue par les autres catégories de diplômés de l’enseignement supérieur», écrit le HCP. C’est une constatation importante, et il importe de voir comment la situation de ces jeunes diplômés va évoluer dans les prochains mois et les prochaines années.

Autre constat mais qui n’est pas nouveau celui-là, les jeunes de 15 à 24 ans sont les plus affectés par le phénomène du chômage, dont le taux a augmenté de 1,7 point, passant de 21,3% à 23%. Et la hausse du chômage est encore plus importante pour les jeunes de cette tranche d’âge habitant dans les villes : 41,5% au lieu de 39,1% au premier trimestre de 2015. Le chômage des 25-34 ans a lui aussi augmenté de 14,1% à 14,7% au plan national et de 20,4% à 21,7% en milieu urbain.

Ces constatations ont amené le HCP à considérer que, finalement, le chômage est un phénomène qui touche en particulier les jeunes (notamment ceux âgés de 15 à 24 ans) et les diplômés. Les données suivantes méritent d’être rappelées à cet égard: le taux de chômage n’est que de 4,3% parmi les non-diplômés ; il est de 15,3% chez les diplômés de niveau moyen, et de 21,8% parmi les diplômés du supérieur. Dans cette dernière catégorie, les lauréats des facultés sont ceux qui souffrent le plus du chômage : 24,2% parmi eux n’ont pas d’emploi.

Généralement, lorsque le chômage augmente, le sous-emploi baisse. C’est quasi-mécanique. Ce constat ne s’est pas vérifié cette fois. L’enquête du HCP montre en effet qu’au premier trimestre de cette année, le nombre d’actifs occupés en situation de sous-emploi a augmenté de plus de 100 000 entre les deux périodes considérées : +42 000 dans les villes et +59 000 dans les campagnes. Il en résulte que la population active occupée sous-employée se monte à 1 141 000 contre 1040 000 un an auparavant. Ce faisant, le taux de sous-emploi passe de 9,9% à 10,9% entre 2015 et 2016. Il touche en particulier les hommes, dont le taux de sous-emploi (12,4%) représente pratiquement le double de celui des femmes (6,4%).