Marché des parfums : la demande reste soutenue, mais l’informel menace le secteur

Le marché est estimé à  250 millions de DH par an. La demande provient aussi bien des particuliers que des entreprises. Les distributeurs réalisent 40% de leur chiffre d’affaires pendant la période de fin d’année.

Comme à l’accoutumée, en cette période de fin d’année, les parfumeries enregistrent une forte progression de la demande sur leurs produits. Avec la fête des mères au mois de mai, le Nouvel An constitue en effet la deuxième période faste pour ce secteur.

Chez les parfumeries, particulièrement celles qui sont huppées, on explique que l’on réalise 40% du chiffre d’affaires pendant cette période. «Il y a quelques années la demande provenait essentiellement des particuliers, mais depuis 2007-2008, les entreprises, qui ont dû réduire leurs budgets, en raison de la crise, ont commencé à opter pour les parfums comme cadeaux à offrir à leurs partenaires et clients», raconte le gérant d’une grande enseigne de parfumerie. Et d’ajouter : «Nous avons dû, pour notre part, orienter notre offre dans ce sens. C’est-à-dire que nous proposons des coffrets pour les entreprises et des réductions pour les fidéliser. Nous avons aujourd’hui un portefeuille d’une cinquantaine d’entreprises qui achètent chez nous depuis quatre ans maintenant». Pour la Journée de la femme, cette parfumerie enregistre aussi une hausse de la demande puisque les entreprises achètent des parfums pour leurs salariées. «Cela se matérialise par une progression de 5 à 7% du chiffre d’affaires par rapport à la normale», affirme le gérant.

Les importations informelles estimées à 170 MDH par an

Un tour chez plusieurs parfumeries de Casablanca a permis de confirmer les propos de ce professionnel. Ainsi, en dépit de la crise et donc de la baisse de consommation, le marché des parfums se maintient et reste un business porteur. Il enregistre une évolution régulière de la demande et le marché est estimé, selon les professionnels, à 250 millions de DH en 2011. Les chiffres de 2012 n’étant pas encore disponibles, les importateurs restent prudents et prévoient seulement une petite augmentation, compte tenu de la conjoncture économique qui contraint les entreprises, et les particuliers aussi, à serrer la ceinture.

Cependant, ils misent sur les opportunités de fin d’année qui peuvent séduire la clientèle. L’offre est la même chez les parfumeries : les dernières nouveautés lancées simultanément dans les marchés étrangers et les classiques qui ne se démodent pas (Chanel N°5, Mademoiselle de Chanel, Ricci de Nina Ricci ou encore Eau de Rochas pour homme). Les parfumeries proposent aussi des coffrets comprenant une eau de toilette ou un parfum, une lotion, une crème corporelle ou un gel douche. Le prix de ces coffrets varie de 700 à 900 DH, alors que pour un parfum haut de gamme le prix peut monter à 1 600 DH. Les distributeurs notent qu’au cours des deux dernières années, le prix des parfums a enregistré une hausse due à l’évolution des prix des matières premières (les huiles essentielles et les essences). Pour l’achat d’une eau de toilette, il faut prévoir un budget compris entre 500 et 800 DH.

Mais les consommateurs peuvent acheter leurs parfums moins cher que les prix précités car parallèlement au marché structuré, il existe un circuit informel qui concurrence vivement les importations légales. Si au cours de la période 2005-2010, les importations de parfums ont doublé, selon les données communiquées par les professionnels, passant de 698 millions de DH à 1,4 milliard, elles ont enregistré un léger recul à fin septembre 2012. Elles se sont situées à 1,1 milliard contre 1 milliard à la même période en 2011.

«Ces statistiques permettent de constater un maintien relatif en valeur des importations, mais seulement suite à la hausse des prix. Car en volume, les importations ont enregistré une baisse plus importante à cause de l’informel», nuance un distributeur de la place. En effet, les quantités importées de parfums sont de 22 519 tonnes à fin septembre contre 24 388 tonnes en 2011, soit une baisse de 7,6%. «Cette baisse aurait pu être plus importante s’il n’y avait pas le lancement de produits nouveaux, notamment le parfum à base d’encens (Ooûd) lancé par certaines maisons haut de gamme», ajoute le distributeur.

Estimées à près de 170 millions de DH, les importations informelles proviennent essentiellement de Chine et concernent aussi bien les grandes marques que le moyen de gamme. Les produits sont vendus dans certains points de vente connus pour la distribution des parfums de contrebande mais aussi dans des parfumeries situées dans les kissariates. Celles-ci commercialisent aussi, et à grande échelle, des parfums contrefaits.

Pour certains importateurs, le niveau des droits de douane, en dépit de leur baisse (ils sont passés de 50 à 35%), demeure élevé et explique l’ampleur de la contrebande qui a contraint des distributeurs à réduire leur portefeuille de marques ou parfois même à abandonner les parfums au profit des cosmétiques et autres produits d’hygiène corporelle. Comme d’autres secteurs d’activité, celui des parfums interpelle les pouvoirs publics en vue d’un contrôle régulier des produits importés et une plus grande vigilance en matière de normalisation.