Marché des jouets : Achoura donne un coup de fouet à  l’activité

Voitures, trains, pistolets et poupées sont très demandés, mais le tambour reste le classique pour cette fête. A fin septembre 2012, la valeur des importations de jouets a augmenté de 4% en comparaison avec la même période de 2011.

A l’approche de Achoura, les grossistes spécialisés et autres revendeurs de jouets se frottent les mains. C’est la période où ils engrangent la plus grande part de leur chiffre d’affaires annuel : 30% selon Rachid, un grossiste de Derb Omar, qui déclare que son magasin ne désemplit pas depuis 15 jours. Cet avis est partagé par le gérant d’un autre commerce qui dit réaliser jusqu’à 80% de son activité durant le Nouvel An musulman. Le reste est réparti entre les vacances estivales (15%) et le reste de l’année.

C’est aussi durant Achoura que la concurrence est plus intense d’autant que des opérateurs occasionnels se mettent à importer des jouets pour les céder aux vendeurs ambulants qui investissent en particulier, les rues du centre-ville et les marchés des quartiers populaires.

L’offre est très diversifiée. Les produits les plus vendus actuellement sont les voitures et les trains, avec ou sans télécommande, pour les garçons, les dînettes et poupées pour les filles, confie un commerçant. Le classique reste cependant le petit tambour.

La Chine est le principal fournisseur

Compte tenu de la clientèle ciblée par ce réseau traditionnel, les prix sont assez bas. Les jouets sont vendus entre 10 DH et 120 DH. «Au-delà, les clients s’abstiennent, surtout en ces temps de crise», confie Rachid. Selon un revendeur, la marge représente au maximum 10% du prix d’achat. A l’en croire, ce sont les gros importateurs, une trentaine, qui profitent davantage de l’augmentation conjoncturelle de la demande.

Un de ces gros distributeurs soutient au contraire ne pas avoir fait de bonnes affaires cette année en raison de la hausse du coût du transport, et des droits de douane qu’il juge élevés.
Pourtant, les importations de jouets, jeux et articles de divertissement ou de sport, n’ont pas fléchi. Bien au contraire. Sur les neuf premiers mois de l’année, elles ont augmenté de 7,1% en volume par rapport à l’égale période de 2011, à 10 464 tonnes. En valeur, la progression est de 3,7%. La facture  est montée de 386 MDH à 400 millions. Le gros de la marchandise provient de Chine.
Evidemment, le réseau traditionnel n’est pas le seul à profiter de ce marché en progression. Les grandes surfaces, comme Marjane et Carrefour, garnissent également leurs rayons jouets. Mais, depuis quelques années, le marché a beaucoup évolué. En effet, les grandes enseignes spécialisées, comme la Grande Récré, JouéClub ou Carrefour des jouets, ciblant une clientèle plus aisée, sont très visibles dans les grandes villes.

Dans ces commerces modernes, le flux de clients est aussi plus élevé pendant Achoura que durant une période normale parce que tout parent, quelle que soit sa catégorie socioprofessionnelle, veut faire plaisir à ses enfants durant cette période, respect de la tradition oblige. Comme le dit le gérant d’une enseigne à Casablanca, «on vend 50 à 60 pièces par jour en temps normal alors que pendant Achoura et les fêtes de fin d’année on en vend 200». Naturellement, les articles proposés dans ces magasins sont plus sophistiqués et souvent vendus sous garantie, s’il s’agit d’un jouet doté d’un mécanisme électronique sophistiqué. Les prix peuvent facilement dépasser le millier de dirhams.

Les enseignes modernes visent aussi le marché des crèches  et des entreprises

Pendant Achoura, les meilleures ventes, à l’instar du réseau traditionnel, se font sur les jeux manuels et les voitures télécommandées, indique le gérant d’une enseigne, à Casablanca. Les jeux de société et les jeux éducatifs sont mieux demandés durant le reste de l’année.

Les responsables interrogés disent toutefois qu’ils réalisent des ventes régulières pendant toute l’année, notamment pour les anniversaires célébrés avec un certain faste dans la classe aisée. Mais «nous avons des jouets pour tous les segments de marché et tous les âges», rectifie une vendeuse. La différence, soutient-elle, est que «nous vendons de la qualité, c’est pourquoi les clients restent fidèles». Elle fait allusion aux articles de très bas de gamme vendus dans le circuit traditionnel à des prix défiant toute concurrence, mais dont la durée de vie est limitée à quelques jours voire quelques heures.

En fait, ces franchises ne visent pas que les particuliers. Pour mieux se développer, elles fournissent crèches et écoles maternelles, et ont dans leurs fichiers de grandes entreprises qui, justement à l’occasion des fêtes comme Achoura, distribuent des cadeaux aux enfants de leur personnel. Ceci, ajouté à la demande bien orientée des particuliers, explique l’essor de ce réseau moderne. «Depuis 2009, nous sommes passés de 4 à 9 magasins», souligne un gérant pour illustrer la bonne santé de l’activité.