Marché auto : après deux ans de baisse, les quatre raisons qui font croire au redémarrage

Depuis quelques mois les ventes se sont redressées, on s’attend à  au moins 4% de hausse en 2011 et plus en 2012.

C’est la fébrilité sur le marché de l’automobile. Depuis quelque temps, les ventes reprennent et il faut gérer l’accroissement de la demande tout en veillant à minimiser le stock, consommateur de ressources financières. Au cours des derniers jours de ce mois de décembre, les responsables de Kia Maroc, par exemple, ont été plutôt embarrassés. Et pour cause, l’incapacité de répondre de manière très rapide à la demande oblige le concessionnaire à reporter pas mal de commandes. «C’est que la demande est plus forte que l’offre disponible alors que l’approvisionnement de la part de la maison mère est lent en raison d’une croissance remarquable des ventes à l’échelle mondiale», indique Hatim Kaghat, directeur marketing de la filiale marocaine du constructeur sud-coréen. Pourtant, aussi long soit-il, le délai d’attente chez ce concessionnaire qui est d’une moyenne de deux mois est l’un des signes prometteurs que le marché automobile est en train de reprendre en cette fin d’année. «Décembre est traditionnellement un bon cru pour le commerce des voitures neuves, mais on s’attend aussi à une légère amélioration des ventes par rapport à 2009», pronostique Amal Guedira, président de l’Association des importateurs de véhicules au Maroc (AIVAM). Quoi qu’il en soit, cette poussée sera trop juste pour redresser la barre pour cette année qui sera clôturée sur une baisse de 3% des ventes de voitures particulières et de 7% des ventes globales, y compris les véhicules utilitaires légers (VUL).
Cette baisse n’est pas pour démoraliser les professionnels qui guettent la tendance. Et celle-ci montre que les chiffres des derniers mois sont favorables à un secteur dont les résultats étaient au plus bas durant les premiers mois de 2010 par rapport à la même période de l’année dernière. Et, d’après les conjectures des professionnels, les ventes s’approcheront de 102 000 unités. Autrement dit, le résultat est similaire à celui de 2007, année où le secteur avait atteint pour la première fois le seuil psychologique de 100 000 nouvelles immatriculations.
On est certes loin des 121 540 ventes en 2008 et de près de 110 000 unités en 2009. Mais dans cette conjoncture difficile, certains opérateurs ont tiré leur épingle du jeu. Il en est ainsi de Volkswagen qui a, à fin novembre, amélioré ses ventes de 15% pour atteindre 4 773 unités. Il en est de même pour Ford qui, avec 4 228 nouvelles immatriculations, progresse de 17,5%. La plupart des concessionnaires de marques prestigieuses sont également épargnés par cette récession. C’est le cas de Mercedes dont les ventes ont augmenté de 24,5%, à 1 152 unités vendues. Idem pour les marques concurrentes sur le segment BMW et Audi dont les ventes ont progressé respectivement de 39,6 et 27,5%, à 1 109 et 1 034 unités (voir tableau).  
En volume, le marché global (montage local et importations) reste quand même dominé par les marques françaises malgré des résultats mitigés en 2010. Dacia truste ainsi la première place avec 16 449 nouvelles immatriculations à fin novembre, en stagnation par rapport à la même période de l’année dernière. Elle est suivie par une autre marque du même groupe, Renault en l’occurrence, qui a vendu 14 370 unités vendues, en baisse de 10%. Peugeot occupe la troisième place avec 8 278 unités, soit 1,5% de moins, mais se positionne au premier rang des voitures importées montées..

50 000 voitures d’occasion importées en 2010

Et pour la suite ? Les professionnels affichent leur confiance pour les années à venir. «Le plus dur est passé», souligne Hatim Kaghat, allusion aux deux dernières années considérées par la plupart de ses pairs comme la période des vaches maigres. Il est certain que «2011 sera l’année de consolidation de ces résultats,  et l’année d’après, celle d’une croissance importante», précise la même source.
D’après les pronostics du président de l’Association marocaine pour l’industrie et le commerce de l’automobile (AMICA), Larbi Belarbi, les ventes du secteur progresseront d’au moins 7 à 8% en 2011. L’AIVAM est plus modérée. Selon M. Guedira, la progression sera de 3 à 4%. Plusieurs raisons incitent les professionnels à l’optimisme. D’abord, ce trend haussier de l’activité observé depuis ces derniers mois, comme le souligne M. Guedira. Deuxième signe encourageant : les programmes d’investissements publics programmés dans la Loi de finances 2011 où le gouvernement maintient un effort considérable en matière des grandes infrastructures. Conjugué au renforcement des investissements étrangers au Maroc en 2010, «cela aura un impact positif sur le secteur car de tels projets se traduiront par la hausse de la demande sur les moyens de transport notamment les véhicules utilitaires légers», explique M. Belarbi.
Troisième mesure incitant à l’optimisme et qui pourrait stimuler les ventes du secteur, celle prise à l’initiative des pouvoirs publics en l’occurrence l’entrée en vigueur de l’interdiction de l’importation des voitures âgées de plus de 5 ans. Cette disposition contenue dans le nouveau code de la route s’appliquera à partir de ce janvier. Cela répond aux soucis de sécurité mais aussi de préservation de l’environnement, comme le rappelle M. Guedira. Mais si la mesure est applaudie par les professionnels de l’automobile, c’est principalement pour ses éventuelles répercussions sur le marché du neuf qui se débarrassera ainsi d’un rude concurrent. Car, jusque-là, ces importations le pénalisaient considérablement. Selon M. Belarbi, sur les 100 000 unités vendues neuves, il y a en parallèle 50 000 voitures d’occasion qui ont été introduites de l’étranger en 2010 et dont 60% sont âgées de plus de 10 ans. Autant dire que ce sera une aubaine pour les vendeurs de voitures neuves. «Une grande partie de ces véhicules qui seront bloqués par le biais de la douane seront remplacés par le neuf», estime M. Belarbi.
Enfin, dernier motif d’optimisme : la poursuite du processus de baisse des droits de douane. A partir de mars prochain, les droits de douane sur les voitures en provenance de l’Union européenne baisseront à 3% avant de disparaître en 2012. Les voitures importées d’autres régions du monde bénéficieront également d’une petite baisse. Les asiatiques qui sont les principales concurrentes des européennes sur le marché local devront ainsi payer 25% en 2011 et 17,5% en 2012 au lieu de 27,5% actuellement.

Un contrat-programme pour la profession

Cette réduction de 2,5 points est loin de satisfaire les professionnels concernés. Ces derniers ne cessent de protester contre le fossé vis-à-vis des tarifs douaniers appliqués sur les voitures importées de l’UE. «Cela n’aura aucun impact sur notre activité, d’autant que nous sommes pénalisés par l’éloignement géographique et par ses répercussions sur les charges au niveau du coût élevé de transport», déplore un des membres du Groupement des importateurs de véhicules pour l’équité tarifaire (GIVET), formé pour la défense des intérêts des importateurs de véhicules autres qu’européens.
Au-delà de cette polémique, la profession est mobilisée pour obtenir quelques avantages. A l’heure actuelle, des négociations sont menées avec le ministère du commerce et de l’industrie, en vue de signer un contrat programme en faveur du secteur. A l’image de ce qui a été fait avec plusieurs secteurs comme le tourisme, le bâtiment et travaux publics, le transport et autres, les opérateurs de l’automobile veulent bénéficier d’encouragements pour la promotion de leur filière. «L’AIVAM a engagé des pourparlers avec le ministère de tutelle pour redéfinir une nouvelle stratégie qui sera contenue dans le contrat programme», souligne le président de cette organisation. Selon M. Guedira, le projet qui se basera sur une étude élaborée par l’Association sera signé dans les prochains mois.