Malgré son recul, le déficit courant représente près de 10% du PIB

Le compte des transactions courantes accuse un déficit de 42 milliards de DH au premier semestre. Ce niveau de déficit est en baisse de près de 12% par rapport à  la même période de 2012. Le repli des importations suite à  une atonie des activités non agricoles semble en être la raison principale.

Les besoins de financement de l’économie, en aggravation constante depuis 2008, se réduisent à la faveur du recul, mois après mois, des importations depuis le début de l’année. Certes, les exportations, elles aussi, baissent parallèlement, mais de façon moins significative que les importations.

Les statistiques de la balance des paiements que l’Office des changes vient de finaliser reflètent bien cette évolution. En effet, le compte des transactions courantes, qui synthétise l’évolution de la conjoncture économique, accuse un déficit au deuxième trimestre de 24,92 milliards de DH, en baisse de 15,3% par rapport au déficit enregistré à la même période de 2012. Et cette tendance est apparue déjà au premier trimestre avec un déficit (-17,24 milliards de DH), en baisse de 6% par rapport au premier trimestre 2012.

Au total, le déficit du compte courant sur les six premiers mois de 2013 (-42,16 milliards de DH) se réduit de 11,8% par rapport à son niveau du premier semestre 2012 (-47,78 milliards de DH). A ce rythme, l’exercice devrait se conclure sur un déficit nettement moins élevé que celui de 2012. Le Haut commissariat au plan (HCP), par exemple, dans son Budget économique exploratoire pour 2014 publié en juin dernier, tablait sur un solde courant déficitaire de 6,8% du PIB, au lieu de 10% en 2012. Le gouvernement, lui, espère mieux (autour de 6% du PIB).
Mais, bien évidemment, ce niveau de déficit est tributaire du comportement de l’activité globale, c’est-à-dire de la croissance économique. Pour l’instant, en tout cas, et malgré l’accélération de la croissance au deuxième trimestre (+5,1% au lieu de +3,8% au premier trimestre), le rapport du déficit du compte courant pour le premier semestre et le PIB sur la même période ressort à 9,7%, selon les calculs de La Vie éco.

La croissance non agricole reste modeste

La question se pose néanmoins de savoir pourquoi, malgré l’importance du recul du déficit courant, son poids dans le PIB demeure élevé? Pour une raison simple, c’est que le PIB non agricole, c’est-à-dire l’essentiel de la richesse produite, n’a pas beaucoup progressé : +2,5% au deuxième trimestre et seulement 1,9% au premier. En d’autres termes, le dénominateur par rapport auquel est calculé le déficit du compte des transactions courantes n’a pas augmenté, pour ce qui est de la croissance non agricole, dans des proportions telles qu’il provoquerait une inflexion dans le taux du déficit courant. Et ceci parce que, pour rappel, la croissance, cette année, est surtout tirée par la dynamique agricole. Et c’est bien là le paradoxe (un paradoxe seulement apparent) de la situation économique pour cet exercice, comme pour bien d’autres d’ailleurs : un taux de croissance relativement élevé, mais des niveaux de déficits, y compris donc celui du Budget, tout aussi élevés !

Sur le déficit courant lui-même, on l’a dit, le facteur principal qui a permis de le réduire, c’est la baisse des importations. Le gouvernement Benkirane a déjà déclaré à plusieurs reprises sa volonté de comprimer, tout au moins de maîtriser ces importations, et des mesures (de défense commerciale notamment) ont d’ailleurs été mises en place à cet effet. Dans la lettre de cadrage qu’il a adressée aux ministres pour la préparation de la Loi de finances 2014, le chef du gouvernement a également réitéré la nécessité de «stabiliser» les avoirs extérieurs; donc, en présence d’une offre exportable encore peu compétitive, d’agir surtout sur les importations.

Mais il ne faut pas s’y méprendre : la baisse des importations, c’est d’abord le résultat de l’atonie qu’ont connue les activités non agricoles, d’une part, et la diminution de la facture énergétique par suite du recul des cours internationaux et de la baisse de la consommation (énergétique), d’autre part. Autrement dit, ce résultat, on le doit plus à la conjoncture qu’à l’action volontaire des pouvoirs publics. Il est vrai, cependant, qu’une action ou une réforme met en général du temps pour produire des résultats. Mais dans le cas spécifique de l’indexation, réactivée récemment, l’impact sur les importations devrait apparaître très rapidement.