Made in Japan : les importateurs marocains rassurent, pas de rupture de stock pour le moment

Les importateurs de véhicules et de machines industrielles disposent de quelques mois de stock aussi bien en produits finis qu’en pièces de rechange. Le matériel informatique, consommateur de composants produits au Japon, pourrait être affecté.

Trois semaines après le séisme et le tsunami qui ont durement frappé le Japon, les questions sur les répercussions économiques de cette catastrophe fusent à travers le monde. Plusieurs entreprises nippones dont les produits sont largement présents dans les cinq continents sont touchées et leurs unités de production sont sinon à l’arrêt du moins au ralenti. Du coup, partout dans le monde, les clients de ces entreprises sont inquiets vis-à-vis du risque de la rareté des marchandises et composants «made in Japan». Le Maroc n’est pas en reste. Chaque année, le Royaume importe l’équivalent de 4 milliards de DH de produits japonais. En tête de ces importations figurent essentiellement des voitures de tourisme et des voitures industrielles avec respectivement 875 MDH et 743 MDH en 2010. Toyota, Mitsubishi, Suzuki, Mazda et Honda sont les principales marques automobiles dans le segment des véhicules. En 2010, quelque 4 907 unités de marque Toyota, 2 662 Mitsubishi, 1 980 Suzuki et 1 726 Honda ont été commercialisées sur le marché local. Dans le domaine des machines industrielles, deux marques nippones de renommée internationale sont très présentes dans le Royaume, Komatsu et Mitsubishi importées en exclusivité par la société Stokvis.

Les stocks garantissent un approvisionnement normal

Quel impact ont eu les perturbations relatives au séisme sur l’approvisionnement du marché marocain en ces produits ? A priori, les répercussions ne sont pas importantes. Pour le moment, du moins à en croire les importateurs concernés. Dans la filière automobile où les constructeurs ont fermé pour des semaines plusieurs usines d’assemblage au Japon, ou souffrent d’une destruction partielle de leur tissu de sous-traitants, les représentants locaux des marques japonaises se montrent plutôt rassurants. Ainsi, Toyota Maroc précise qu’elle dispose déjà de stocks suffisants pour pouvoir couvrir la demande pour deux à trois mois pour les voitures et un peu plus pour les pièces de rechange. «De quoi tenir et assurer un fonctionnement normal tout au long de cette période», conclut Adil Bennani, patron de l’entreprise. La situation est d’autant moins inquiétante que, comme le souligne M. Bennani, 70% des véhicules de la marque commercialisés au Maroc sont fabriqués dans des sites installés en dehors de l’archipel, notamment en Afrique du Sud, en Turquie et en Grande-Bretagne.
Il faut savoir que Toyota produit annuellement près de 8 millions de véhicules dans 56 sites de montage dont 41 hors du Japon. Certes, la production dans les unités hors du Japon a été également perturbée puisqu’elle dépend des usines de la maison mère en matière d’approvisionnement pour certaines pièces. Mais cela n’inquiète pas pour autant les responsables de Toyota Maroc. «L’activité commence à reprendre petit à petit dans ces sites, confie M. Bennani, et tous les indicateurs montrent que même la production des usines au Japon reviendra à la normale dans les jours qui viennent». Autant dire que l’approvisionnement du marché marocain ne subira aucun changement. «Il n’y aura ni rupture de stocks ni hausse de prix et, au pire, il y aurait un retard de livraisons d’une semaine au maximum», rassure le DG de Toyota Maroc.

Hausse moyenne de 5% du prix des machines industrielles

Le représentant d’une autre marque japonaise, très présente sur le marché marocain, en l’occurrence Suzuki, affiche le même optimisme. «C’est parce que, d’une part, nous disposons de stocks de 4 mois pour les véhicules et de 1 an pour les pièces de rechange, et, d’autre part, les sites de production de la maison mère sont situés dans une zone non affectée au sud du Japon, notre approvisionnement n’a pas été touché», précise Ryad Mezzour, DG de Suzuki Maroc.
Même son de cloche auprès de l’importateur local de grandes marques de machines industrielles japonaises, en l’occurrence Komatsu et Mitsubishi. A en croire les responsables de Stokvis, importateur exclusif de ces marques au Maroc, il n’y a rien à craindre pour l’approvisionnement du pays en bulldozers, niveleuses, gros camions et machines utilisées dans les mines, les BTP et la manutention. Et pour cause, les importations du concessionnaire viennent également d’unités de production installées hors du pays du Soleil levant, plus précisément des Etats-Unis, d’Angleterre, d’Allemagne et du Brésil, comme le souligne Chakib Ben El Khadir, DG de Stokvis. En outre, l’importateur assure disposer d’un stock important aussi bien des produits finis que des pièces de rechange, rassure-t-il.
Si l’approvisionnement ne sera pas affecté, le prix, en revanche, risque de connaître une légère hausse. Celle-ci est estimée à une moyenne de 5%, selon M. Ben El Khadir. Elle sera due principalement à la forte appréciation qu’a connue le yen japonais ces dernières semaines. Bien que les importations de Stokvis proviennent de pays autres que le Japon, la majeure partie des composants qui servent de «matière première» aux unités de construction-assemblage de Komatsu et de Mitsubishi sont livrés par des sous-traitants installés au Japon et donc payés par la monnaie locale, explique M. Ben El Khadir. Ce qui renchérira le coût de production et, par conséquent, des prix de vente des deux marques à travers le monde. Autre secteur qui risque d’être affecté : les produits informatiques. Il est vrai que le Maroc en importe peu du Japon. Mais nos fournisseurs à travers le monde s’approvisionnent en composants nécessaires à l’assemblage de leurs produits des firmes nippones qui assurent 20% de la production mondiale de puces informatiques. Ils risquent ainsi d’être touchés par la pénurie. Et les répercussions sur le marché local sont ainsi inévitables.