Macroéconomie : La reprise économique mise à rude épreuve

La Banque mondiale prévoit un taux de croissance de 1,3% en cette année et de 4,3% en 2023. Augmenter le taux directeur serait une mesure qui alimenterait les vents contraires stagflationnistes. Les performances de l’économie pourraient être dopées par les réformes structurelles annoncées.

Le Maroc subit une nouvelle fois l’impact d’une série de chocs négatifs. C’est le constat principal qui ressort du dernier rapport de la Banque mondiale concernant le suivi de la situation économique au Maroc, intitulé «La reprise économique tourne à sec». En effet, en plus du début exceptionnellement sec de la campagne agricole, le Maroc a fait les frais du ralentissement de l’économie mondiale et une hausse des prix internationaux des produits de base.

Pour ne rien arranger, ces éléments se sont fortement intensifiés après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Il est important de noter que ces chocs se sont renforcés mutuellement, étant donné qu’avec la sécheresse, le Maroc devrait importer des volumes plus importants de céréales à des prix sensiblement plus élevés, et ce, en raison de la guerre. D’ailleurs, la Banque mondiale prévoit une mauvaise récolte pour cette année, et donc une décélération de l’économie marocaine. Ce qui devrait situer le taux de croissance à 1,3%. Il sera suivi d’une expansion de 4,3 % en 2023 à mesure que la production agricole se normalise et que les chocs mondiaux commencent à s’atténuer.

Pourtant, la croissance économique était bien lancée en 2021, année pendant laquelle le Maroc a réalisé un taux de croissance de 7,9%. Même si l’on considère qu’il s’agit d’un effet rattrapage, il n’en reste pas moins que le Maroc a surpassé ses pairs régionaux et récupéré les pertes de production subies au cours de 2020, période de pandémie. Ce rebond a été soutenu par une saison agricole exceptionnelle, des exportations manufacturières et agroalimentaires solides et la reprise de la demande intérieure, tirée, en partie, par une campagne de vaccination réussie, des politiques macroéconomiques favorables et des niveaux record des transferts des MRE.

Dans cette situation, le Maroc fait face à des pressions inflationnistes intenses, mais de façon un peu plus modérée que dans d’autres pays. L’inflation annuelle a atteint 5,9% en avril dernier. Jusqu’à présent, la banque centrale considère cette inflation comme étant temporaire et n’a pas vu la nécessité de changer l’orientation de sa politique monétaire. Toujours selon la Banque mondiale, si les pressions sur les prix ne s’atténuent pas, la Banque centrale pourrait être contrainte de relever les taux d’intérêt. Bien que cela soit nécessaire pour éviter un désancrage des anticipations d’inflation, une telle mesure serait procyclique et alimenterait davantage les vents contraires stagflationnistes auxquels l’économie commence à faire face.

Les chocs que traversent le pays affectent inévitablement les équilibres budgétaires et extérieurs. Les subventions du secteur public et les diverses mesures d’urgence ad hoc adoptées en atténuent l’impact certes, mais les conséquences en ressortent lourdes. Le déficit budgétaire est en hausse, même si le Maroc affiche encore de meilleurs indicateurs budgétaires que la plupart des économies émergentes et en développement.

Vu que le Maroc dépend des importations de pétrole et de céréales (en particulier en cas de sécheresse), les importations nettes continuent de s’accroître fortement. Dans ce contexte, nous prévoyons que les déficits budgétaire et du compte courant atteignent respectivement 6,4% et 5,2% en 2022, au lieu de 5,6% et 2,3% en 2021. Les risques liés à ces déficits jumeaux sont atténués par un stock confortable de réserves de change, la solide structure de la dette publique marocaine et le maintien d’un bon accès aux marchés financiers internationaux.

A plus long terme, les performances de l’économie marocaine pourraient être dopées par les réformes structurelles annoncées ces dernières années. Toutefois, une perte de dynamisme pourrait également fragiliser la croissance potentielle. Jusqu’à présent, les réformes se sont concentrées principalement sur les secteurs de la santé, de la protection sociale et de l’éducation.

En revanche, les progrès ont été plus lents dans d’autres domaines critiques, tels que le renforcement du cadre de la concurrence pour uniformiser les règles du jeu pour les petites entreprises et les nouveaux entrants sur les marchés clés, la modernisation du secteur des grandes entreprises publiques ou l’opérationnalisation du Fonds d’investissement stratégique Mohammed VI. La mise en œuvre réussie de ces réformes pourrait accroître la croissance potentielle.

Ce qui sera essentiel pour que le PIB revienne progressivement aux tendances d’avant la pandémie et renforce sa résilience face aux nouveaux chocs. Un échec à les mettre en œuvre pourrait cependant réduire davantage le potentiel de croissance de l’économie marocaine, qui a connu une tendance à la baisse pendant la majeure partie de la dernière décennie.

Les réformes à engager pour faire face au stress hydrique

Il est attendu que le Maroc poursuive sa politique de développement des infrastructures et l’accompagner de politique de gestion de la demande en eau. Pour rappel, le Plan National de l’Eau 2050 prévoit des investissements dans les infrastructures d’une valeur d’environ 40 milliards de dollars pour minimiser l’écart entre la demande et l’offre d’eau projetées. Mais continuer à augmenter la capacité de stockage peut ne pas être suffisant pour faire face efficacement au stress hydrique.

Diverses pistes sont à explorer comme le recours au dessalement, à la réutilisation des eaux usées et à la récupération des eaux pluviales. D’ailleurs, le PNE comprend un portefeuille de projets qui pourraient mobiliser près de 1,6 milliard de m3 par an. A côté, des «solutions d’ingénierie» devraient être associées à des politiques de gestion de la demande pour soutenir les moyens de subsistance ruraux tout en garantissant une utilisation durable de l’eau.

Ainsi, une révision de la tarification de l’eau pourrait être une exigence pour encourager une utilisation plus rationnelle. Un système de quotas négociables pourrait fournir la flexibilité nécessaire pour une allocation optimale de l’eau entre les utilisateurs. Une surveillance plus active de l’utilisation des eaux souterraines est également une priorité pour faire face à leur surexploitation. Pour que de telles mesures soient mises en œuvre, une réforme de la gouvernance peut également être nécessaire.