Maà¢ssal pour chicha, un marché de 280 MDH par an

Japan Tobacco Maroc est le seul opérateur qui contrôle les ventes légales. En plus du niveau élevé de la TIC, les ventes n’arrivent pas à  décoller à  cause du vide juridique sur la commercialisation et la consommation de ce produit. Le gros de la consommation est canalisé par les hôtels-cafés-restaurants (HCR) qui se mettent hors la loi faute de licence de distribution.

Les ventes légales du maâssal (mélasse) pour chicha sont estimées en moyenne à 450 tonnes par an, soit un chiffre d’affaires annuel de 200 MDH. Bien que ce produit ait été introduit il y à peine huit ans au Maroc, la consommation évolue à une moyenne de 20% par an. Cependant, en 2013, les ventes sont tombées à 359 tonnes, soit 150 MDH de chiffre d’affaires. Le motif est que la carte de distribution d’Al Nakhla, la seule marque de maâssal distribuée légalement a changé de main. Détenue jusqu’en juin 2013 par la Société marocaine des tabacs, elle appartient désormais à l’opérateur Japan Tobacco Maroc (JTI). «Le changement de distributeur est dû au rachat du groupe égyptien Al Nakhla, leader de la production et de la commercialisation de ce produit par le groupe Japan Tobacco International», explique-t-on du côté de l’opérateur. En effet, si ce groupe a repris la carte et a confié la distribution du produit à son distributeur NATC, c’est parce qu’il estime que le marché est à très fort potentiel. La preuve, «NATC a également ramené un nouveau produit haut de gamme baptisé Al Fakher», explique Wajih Sbihi, directeur général.

Un chiffre d’affaires de 80 MDH réalisé dans le circuit informel

Actuellement, les deux partenaires contrôlent le marché, mais ils auront tout de même des difficultés pour développer la commercialisation. D’abord, il est important de savoir que «le circuit informel représente plus de 30% de part de marché», confirme un expert du secteur. Selon lui, chaque année plus de 200 tonnes de maâssal sont importées d’une façon illégale d’Egypte et des Emirats Arabes Unis. Ces quantités passent soit dans les bagages des voyageurs, soit dans des conteneurs maritimes avec d’autres produits légaux. Cela représente «un manque à gagner de près de 80 MDH pour l’opérateur légal et plus de 40 millions de recettes fiscales perdues pour l’Etat», commente l’expert. En effet, d’après les professionnels, si le circuit informel est très présent dans ce secteur, cela est dû au prix élevé du produit. Généralement, «un paquet de maâssal de 50 g est commercialisé entre 20 et 22 DH contre 10 DH tout au plus dans les pays du Moyen- Orient», ajoute l’expert. Une source autorisée chez l’opérateur impute le niveau des prix au Maroc à la Taxe intérieure de consommation (TIC) fixée à 220 DH par kg, soit 11 DH de TIC sur chaque paquet. A cela s’ajoute le fait que les professionnels (cafés et restaurants qui servent la chicha), qui représentent plus de 80% des consommateurs, ne peuvent s’approvisionner directement auprès du distributeur parce qu’ils n’ont pas de licence de distribution de tabac. Du coup, ils préfèrent se tourner vers le marché illégal où le kilo est vendu de 250 DH à 350 DH.

Aucune loi n’interdit l’usage de la chicha

Deuxième problème qui bride le développement de ce marché : le vide juridique en la matière. Actuellement, «on ne sait pas vraiment si la consommation du maâssal est interdite ou légale au Maroc», s’interroge l’expert. En réalité, la consommation et la commercialisation du maâssal ne sont pas interdites. Il n’y a pas de loi qui prévoit cette interdiction, surtout que la mise sur le marché d’une nouvelle marque nécessite l’approbation du ministère des affaires générales. En effet, à aujourd’hui, on applique à ce produit la même loi (46-02) régissant les produits des tabacs manufacturés. Ainsi, la consommation publique de la chicha ne doit être interdite que si les décrets d’application de la loi sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics sont publiés.

Le problème se pose surtout au niveau de la distribution. Pour pouvoir proposer le narguilé, le café doit demander une licence de distribution au même titre que les bureaux de tabac, soit auprès des services concernés au ministère de l’intérieur.
«Une procédure difficile. Ces derniers refusent dans la plupart des cas de délivrer les autorisations aux cafés puisqu’il s’agit d’une politique du gouvernement qui veut éradiquer ce produit», regrette le professionnel. Et d’ajouter: «Pour preuve, la wilaya de Casablanca a même publié dernièrement une circulaire qui interdit la consommation du narguilé dans les cafés et lieux publics. Mais cela n’empêche pas les consommateurs de s’y adonner». Une contradiction flagrante qui fait que les cafés proposent la chicha sans la déclarer et que les opérateurs et l’Etat accusent un manque à gagner.