M. Boussaïd table sur une bonne année malgré la conjoncture difficile

Les arrivées sont en nette hausse, ce sont plutôt les hôtels classés qui connaissent des difficultés.
Nouveaux marchés émetteurs, contrats groupés, nouvelles lignes aériennesÂ…, ce que propose le ministre du tourisme.
Pour lui, le tourisme intérieur est une composante incontournable.

«L’année 2008 sera une excellente année pour le tourisme national en dépit de la conjoncture mondiale actuelle». Mohamed Boussaïd, certainement encouragé par les premiers chiffres provisoires du mois de juillet, au cours duquel les nuitées passées dans les hôtels classés ont augmenté, en comparaison avec la même période de 2007, est optimiste. Il renvoie à leurs études tous ceux qui, depuis le début de cette année, ne cessent de marteler que les ambitions touristiques du pays devraient être revues à la baisse.

Hormis les nouveaux chiffres, à confirmer, les  arguments pour étayer la déclaration ne manquent pas. Au terme des six premiers mois de l’année 2008, les arrivées de touristes aux frontières ont augmenté de 12% et le pays connaît, depuis quatre ans, une croissance à deux chiffres de ses arrivées, alors que la moyenne mondiale se situait  autour de 6% en 2007, selon les chiffres de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). A titre de comparaison, la hausse a été de 13% au Moyen-Orient, de 10% en Asie et de 8% en Afrique.

En outre, précise le ministre du tourisme, «les principaux marchés émetteurs sont en progression, à l’exception du marché britannique». Malgré la conjoncture difficile, les recettes de voyages enregistrées entre janvier et juin 2008 se maintiennent au niveau de 2007 : 23,88 milliards de DH au lieu de 23,92 milliards.

«C’est une véritable performance au vu des aléas économiques et des fluctuations que connaît le monde du tourisme actuellement». En fait, le problème  réside plutôt dans la baisse des nuitées, qui inquiète les hôteliers. «Il s’agit, précise M. Boussaïd, des nuitées dans les établissements touristiques classés». Histoire de rappeler qu’il existe des établissements non touristiques et non classés…

Mais tout cela est à nuancer, et M. Boussaïd s’en charge lui-même. «Les années 2008 et 2009, annonce-t-il, ne seront pas faciles, car le marché du voyage est en train de changer profondément. Le poste voyages constitue un peu le ventre mou dans le budget des ménages et la tendance aujourd’hui est au fractionnement des vacances et aux courts séjours».  Le changement est également perceptible dans le mode de distribution, en raison de l’explosion de l’Internet et du low-cost, ajoute le ministre. Dans cette configuration, «nous devons être conscients de nos faiblesses et réagir en conséquence», affirme-il.

Redimensionnement des délégations à l’étranger
Selon le ministre, les faiblesses du secteur résident d’abord dans le fait que 80% des arrivées sont réalisées sur deux marchés émetteurs traditionnels (la France et l’Espagne) et que, dans le même ordre d’idées, près de 70 % des arrivées sont enregistrées à Marrakech et Agadir. A ces deux éléments s’en ajoute un troisième :  la faiblesse du tourisme intérieur, «sans lequel aucun développement touristique n’est possible», ajoute-t-il.

C’est donc sur la base de ces éléments que le travail du département du tourisme prendra un nouvel élan, sans vraiment opérer de grandes ruptures avec le passé, mais en faisant des réajustements en fonction des données qui apparaissent au niveau mondial. «Sur le plan de la promotion, il s’agit de mesurer les limites des marchés traditionnels et de s’orienter en même temps vers d’autres marchés comme ceux de l’Europe de l’Est et du Moyen-Orient», estime M. Boussaïd.

Une telle vision passe nécessairement par un redimensionnement des délégations du tourisme à l’étranger ainsi que des politiques de promotion. Sur ce  point, il faut savoir qu’aujourd’hui, comme le souligne l’OMT elle-même, le monde du voyage est en train d’être révolutionné par les pays dits émergents, des pays comme la Russie, la Chine et l’Inde, ou encore Dubaï. Ces pays sont, en raison de leur pouvoir d’achat qui ne cesse d’augmenter, à la fois des destinations touristiques et des marchés émetteurs prometteurs.

A titre d’exemple, les destinations premières des Russes en 2007 ont été la Turquie et l’Egypte, en plus de la Chine. Pourquoi ne serait-ce pas le cas pour le Maroc ?  D’ailleurs, les TO internationaux l’ont bien compris et l’on assiste à un chamboulement des routes touristiques, d’une part, et à des flux d’investissements hôteliers  énormes  vers ces pays, d’autre part.

Des contrats paneuropéens avec les tour-opérateurs
L’idée de M. Boussaïd est donc de continuer à favoriser l’ouverture de lignes aériennes et à signer des contrats avec les grands TO internationaux. Il s’agit de «contrats paneuropéens», c’est-à-dire qui portent sur plusieurs marchés émetteurs. Ceci d’autant plus que, dans les prochaines années, avec le plan Azur, il y aura d’autres destinations importantes en dehors de Marrakech et Agadir. Le ministre reconnaît volontiers que la construction des stations Azur ne va pas au rythme souhaité, mais, fait-il observer, il y a eu aussi «une surcommunication» sur ces projets qui vont transformer l’offre balnéaire nationale. «L’essentiel, dit-il, c’est que nous travaillons pour livrer ce que nous avons promis».

S’agissant du tourisme intérieur, qui semble tenir à cœur au ministre, une réflexion est engagée pour appréhender le voyage des nationaux, en ne perdant pas de vue le niveau de leur pouvoir d’achat. Il s’agit d’une part de dynamiser le plan «Biladi» pour réaliser des capacités d’accueil adaptées aux besoins du Marocain, comme les appart-hôtels, les clubs de vacances et, par ailleurs, de pousser encore plus à l’émergence de TO nationaux, avec, peut-être, une régionalisation des périodes de vacances (voir encadré).

Pour le reste, M. Boussaïd invite à être optimiste sur le devenir de l’industrie touristique nationale et de se consacrer à améliorer, dans le cadre du partenariat public/privé, la formation, la qualité de l’accueil, la professionnalisation des métiers et la refonte des normes. Mais aussi de travailler sur la Vision 2020.