Lunettes solaires : les opticiens organisés démunis face à l’informel

Toutes les grandes marques sont distribuées sur le marché où l’informel occupe une grande part. La fourchette des prix est très large, compte tenu de la rude concurrence. La demande monte en flèche pendant le pèlerinage, Ramadan et en été.

Pliante, ultra légère ou panoramique, la lunette solaire est devenue un accessoire incontournable aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Et le marché s’adapte aux exigences des consommateurs, quels que soient l’âge et le sexe. Représentant aujourd’hui 15% des ventes du marché global de l’optique estimé à 2,2 milliards de DH, le segment des lunettes solaires enregistre une évolution de 4% par an. «Cela concerne bien sûr le marché organisé car une grande partie des ventes se fait dans l’informel et n’est donc pas comprise dans les statistiques dont nous disposons», explique un membre du Syndicat national de l’optique.

En effet, le marché est divisé en deux segments : l’importation formelle et la contrebande. «C’est un grand problème que l’on n’arrive pas à cerner, alors que les implications sont graves pour la santé des utilisateurs. Il faut que les pouvoirs publics, et en particulier le ministère de la santé, se mobilisent pour informer les citoyens des dangers des lunettes solaires contrefaites vendues dans le circuit de l’informel», poursuit-on au syndicat des opticiens. Et d’ajouter que «les professionnels organisent des ateliers et des salons pour sensibiliser les utilisateurs et élargissent leurs offres afin de répondre à la demande, notamment en proposant des prix accessibles».

Le syndicat précise que l’essentiel des grandes marques de lunettes sont distribuées sur le marché : Ray-Ban, Chanel, Prada, Vogue, Versace, Bvlgari, DKNY, Christian Dior, Fendy, Tom Ford, Calvin Klein, Mickael Kors, Gucci, etc. Le prix de vente se situe entre 550DH et 20 000 DH en fonction de la marque, mais aussi de la marge que se fixe l’opticien. «La marge des professionnels n’est pas aussi importante que l’on peut penser, ce sont les droits de douane et la taxe sur la valeur ajoutée qui expliquent le niveau des prix. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la vente des lunettes solaires n’est pas un business juteux pour les opticiens. En fonction de leur emplacement, ils vendent en moyenne quatre à cinq paires de lunettes solaires par jour s’ils sont dans des quartiers huppés ou dans des centres commerciaux. Dans les quartiers populaires, la demande est plutôt limitée…», explique un opticien distributeur de lunettes de luxe qui ne manque pas de souligner que les lunettes sont renouvelées en moyenne tous les trois ans.

Le segment des enfants s’élargit

Sur ce marché très concurrentiel, le prix reste un argument de taille. «Les opticiens margent beaucoup alors que nous avons les mêmes marques à des prix plus accessibles. C’est pourquoi les clients viennent aujourd’hui  de plus en plus chez nous», argumente un opticien de Derb Ghallef. Le prix peut être, dans certains cas, de 35% à 40% moins cher à Derb Ghallef ou dans l’Ancienne Médina où sont distribuées des lunettes de grandes marques, de contrebande ou, dans une moindre mesure, contrefaites. Les articles imités, provenant essentiellement de Chine, sont la spécialité de marchands ambulants éparpillés dans divers quartiers de Casablanca, notamment le quartier Maarif et le centre-ville. Les opticiens organisés invitent les utilisateurs à s’assurer de l’authenticité de la marque en vérifiant le numéro de série de la monture, les verres gravés et les éventuels défauts de la finition des paires de lunettes.

En dehors de l’anarchie au niveau du prix, le marché des lunettes solaires se caractérise par la saisonnalité de la demande. Ainsi, selon les opticiens et les distributeurs franchisés, les ventes de lunettes solaires se font habituellement durant l’été. Néanmoins, les professionnels constatent un pic de la demande à l’approche de Ramadan (pour les femmes qui souhaitent cacher leurs yeux non maquillés) et du départ en pèlerinage. Tout comme ils signalent «une demande à la veille des départs en classe de neige -février et mars- car les écoles demandent que les enfants soient équipés de lunettes solaires». Ce segment enfants a enregistré, durant les cinq dernières années, une augmentation due à un effet mode. «Aujourd’hui, les parents achètent, dès l’âge de 9-10 ans, des lunettes solaires à leurs enfants. Toutefois, il faut souligner que l’œil de l’enfant ne doit pas être trop protégé du soleil et de la lumière. Car un œil trop protégé peut développer une myopie importante», expliquent des opticiens qui organisent plusieurs actions de sensibilisation auprès des parents. D’autres spécialistes, des ophtalmologues notamment, soutiennent par contre qu’il faut absolument protéger les yeux des bébés et des enfants à cause de leur vulnérabilité. Une bataille d’experts comme il y en a dans tous les domaines. Dans tous les cas, le marché mérite d’être organisé.

Le marché compte environ 2 500 opticiens à travers le pays. Enregistrant une croissance annuelle de 5%, il est estimé à 2,2 milliards de DH dont 60% est réalisé par la vente des verres. Les montures, quant à elles, ne représentent que 20% et les lunettes solaires 15%. Les lentilles ainsi que les produits d’entretien représentent 5% des ventes des opticiens et enregistrent une augmentation de 2% par an.