Low income banking : la bataille pour la clientèle à  faibles revenus commence

En une année, la Banque populaire a déjà  recruté 10 000 clients pour «Al Hissab Chaà¢bi».
Attijariwafa bank met en vente son «Hissab Bikhir» dans les 320 agences de Wafacash.
Le marché potentiel est estimé à  9,5 millions de clients.

«On ne prête qu’aux riches». Ce vieil adage risque de tomber dans l’oubli. Car les banques commencent à s’intéresser de plus en plus à des catégories de clients qu’elles n’osaient pas approcher, il y a quelques années. Après avoir sauté le pas du prêt immobilier aux personnes à revenus faibles ou irréguliers -certes garanti par l’Etat-, les banques ayant franchi un seuil où la croissance de leur portefeuille de clients bancables, au sens classique du terme, est moins forte, se tournent vers d’autre sources de rentabilité, d’autres déposants potentiels également, en ces temps de liquidité tendue. Les grands établissements font désormais du low income banking (banque pour faibles revenus) un des principaux leviers de développement.
Sans doute en raison de son positionnement historique, le Crédit populaire du Maroc a été le premier à se lancer dans la bataille. En mars 2008, il lançait un produit dédié à cette frange de la population : Al Hissab Chaâbi. Selon Laïdi El Wardi, DGA à la Banque Centrale Populaire (BCP), «ce produit constitue une offre packagée permettant aux clients de cette cible d’accéder aux services bancaires au tarif très compétitif de 9 DH/mois seulement». En effet, Al Hissab Chaâbi permet au client, outre l’accès à un compte bancaire, de disposer d’une carte de retrait et de paiement, de recevoir des alertes SMS sur les opérations courantes ainsi qu’un relevé de compte mensuel en arabe ou en français. Les opérations sur compte sont gratuites et il est possible de recharger sa carte téléphonique à partir des guichets automatiques.

Une agence bancaire pour 8 000 habitants en ville, une agence pour  126 000 en campagne
«Cette offre fait partie de plusieurs autres produits dont la principale finalité est la bancarisation des populations qui n’ont pas encore accès aux services bancaires», explique M.El Wardi. Selon lui, depuis son lancement il y a une année, Al Hissab Achaâbi compte plus de 10 000 souscripteurs issus de différentes régions essentiellement urbaines et périurbaines. «Nous mettons actuellement en place toute une approche destinée à bancariser à terme plus de 500 000 clients qui gagnent moins de 3 000 DH par mois. Nous estimons que c’est tout à fait réalisable surtout que ce marché est actuellement estimé à près de 9,5 millions de clients» , ajoute-t-il.
Le Crédit populaire n’est pas le seul établissement à proposer un produit destiné aux revenus faibles. Sans surprise, Attijariwafa bank a également investi ce marché avec son Hissab Bikhir, lancé en mars dernier. Pour se démarquer, la première banque du Maghreb a réclamé et obtenu un agrément de Bank Al Maghrib pour commercialiser son produit Hissab Bikhir (voir encadré) à travers son réseau d’agences spécialisées dans le cash. Au niveau de la direction générale, on explique que «le groupe s’est engagé dans l’amélioration du taux de bancarisation en ouvrant, annuellement, en moyenne, 120 agences bancaires». Mais, face à  une large clientèle non éligible au modèle classique, «l’effort soutenu d’extension d’un réseau conventionnel commence à atteindre ses limites» , ajoute-t-on auprès d’AWB. Pour y faire face, le groupe a tout simplement lancé une banque économique parallèle s’adressant aux non-bancarisés. Celle-ci s’appuie  sur le réseau de Wafacash qui compte 320 agences à travers tout le Royaume.

A quand l’arrivée des autres concurrents ?
Pour la direction d’AWB, le potentiel du marché «est clairement illustré par le taux de bancarisation qui ne dépasse pas les 30 %, malgré la présence de milliers d’agences bancaires classiques et des offres commerciales très variées». Pour illustrer ses propos, la direction de la banque explique qu’il existe, en moyenne, une agence bancaire pour 8 000 habitants dans le monde urbain et une agence pour  126 000 habitants en milieu rural.  Concrètement, Hissab Bikhir, qui constitue désormais la marque de référence de cette banque économique, permet de disposer d’un compte sans chéquier mais avec un accès aux produits monétiques (carte rechargeable), de financement et de bancassurance. En somme de la micro-banque, pour clients à faible revenus. Et si cela faisait doublon avec la micro-finance ? Les banques balaient d’un revers de la main toute idée de concurrence avec les associations de microcrédit. «Cette offre ne se rapproche ni des financements classiques ni des produits de microcrédit dans la mesure où celui ci est lié à un micro projet économique générateur de revenus», souligne-t-on auprès d’Attijariwafa bank. Même son de cloche du côté de M. El Wardi. «Nous n’investissons pas ce marché pour concurrencer les associations de microcrédit qui visent les personnes qui sont dans une situation précaire», précise-t-il.
Quoi qu’il en soit et même s’il ne concurrence pas le microcrédit, le low income banking, qui est entré de plain- pied sur le marché marocain, risque de faire des émules au sein du secteur bancaire. Car si les autres banques se contentent actuellement de dédier des agences aux particuliers, rien ne les empêche de proposer à leur tour des produits destinés à cette population à faibles revenus.  Autant dire que rien n’échappe à la concurrence bancaire, pas même les personnes à faibles revenus.