Loterie Nationale, LPEE, CID, privatisation en vue

Le ministère
des Finances a lancé un audit d’évaluation.
Le cabinet désigné devra soumettre des scénarios de cession
au privé.
Si le CID et la Loterie sont en bonne santé financière, le
LPEE devra probablement passer par une restructuration préalable.

Après avoir programmé treize sociétés et/ou participations publiques à céder en 2006, le ministère des Finances est en train de prospecter de nouvelles pistes concernant d’autres entreprises étatiques. C’est le cas notamment de trois entreprises connues qui sont : Conseil ingénierie et développement (CID), cabinet d’ingénierie très présent dans les grands projets d’infrastructures, notamment les routes et les barrages, du Laboratoire public d’essais et d’études (LPEE), qui opère dans les domaines de l’expertise, certification, mesures ou contrôles, études et essais et, enfin, de la Société de gestion de la loterie nationale (SGLN), qui a le monopole au Maroc des jeux de hasard tels que le Loto et le Keno.

Pour ces trois entreprises, le ministère des Finances a en effet mandaté récemment, suite à un appel d’offres restreint, le cabinet conseil World Audit pour effectuer un audit d’évaluation. L’audit aurait pu être anodin si ce n’est que les auditeurs devront dans leurs travaux explorer, entre autres, les possibilités de cession de ces entreprises au privé. En effet, selon des sources bien informées, le cabinet chargé des audits devra, au terme de ses travaux, proposer à la direction des Entreprises publiques et de la privatisation (DEPP), maître d’ouvrage de ce projet, plusieurs scénarios allant de la mise en cession dès 2007 pour les entités jugées performantes à la recommandation de mesures de restructuration pour celles qui le nécessiteront.

CID, une rentabilité des fonds propres supérieure à 10%
Et si l’une de ces trois entreprises devait être mise sur la liste des privatisables, vu sa bonne santé financière, c’est bien le CID. Ce dernier est en effet le mieux à même de passer le plus promptement dans le giron du privé grâce à des performances remarquables et un système de management de qualité. Le CID, dont le capital est détenu par l’Etat à hauteur de 58%, a été créé en 1981 sous l’impulsion des pouvoirs publics, pour battre en brèche la dépendance des grands chantiers vis-à-vis des sociétés d’ingénierie étrangères. Aujourd’hui, ce cabinet semble bien se porter et ce à tous les niveaux. Les indicateurs de rentabilité et de productivité sont déjà aux normes internationales, la rentabilité des fonds propres est supérieure à 10% avec, selon les spécialistes, une croissance saine du chiffre d’affaires qui a atteint 95 MDH en 2005, sans dérapages des impayés, et une production par ingénieur supérieure à 2 MDH. Le cabinet qui emploie 140 personnes, dont plus de 40 ingénieurs, vient même de se doter, avec l’aide d’un cabinet français spécialisé, d’une nouvelle organisation plus efficiente destinée à fidéliser le capital humain et à pérenniser le carnet de commandes qui garantit déjà trois années d’activité.

Le même constat peut être fait pour la Société de gestion de la loterie nationale dont le capital est détenu à 100 % par l’Etat, à travers la CDG, et qui se présente elle aussi avec des performances respectables. Pour l’exercice 2005, les ventes de la SGLN ont dépassé les 600 MDH grâce à la bonne progression du Loto et du Keno. Avec un résultat net de plus de 15 MDH et une capacité de distribution des bénéfices très élevée grâce à la faiblesse capitalistique de l’activité et à la stabilité de la progression du business, cette société présente tous les atouts pour rapporter gros à sa maison-mère, la CDG, et, par ricochet, au budget de l’Etat. Mais il faudra au préalable régler quelques problèmes d’ordre juridique notamment ceux relatifs à la réglementation des jeux de hasard au Maroc qui est à ce jour encore un monopole de l’Etat.

Le LPEE traîne des pertes antérieures dépassant les 20 MDH
En revanche, la troisième entreprise, à savoir le Laboratoire public d’essais et d’études, détenu à hauteur de 99,98 % par l’Etat et sous tutelle du ministère de l’Equipement, est dans une situation bien différente. En effet, le LPEE pâtit plutôt d’un problème de productivité insuffisante, conjugué à un sureffectif chronique. Ce qui, selon des observateurs, pourrait amener les pouvoirs publics à programmer d’abord une période de redressement avant une éventuelle cession au secteur privé. Avec un chiffre d’affaires de près de 280 MDH, les rentabilités opérationnelles et nettes demeurent assez faibles (moins de 1%). Ce qui empêche cette structure d’apurer les pertes antérieures, qui dépassent les 20 MDH.

Contactée par La Vie éco à ce sujet, la direction des Entreprises publiques et de la privatisation (DEPP) a été prudente sur la question. Un haut responsable de la direction, qualifiant ces études de préliminaires, a insisté, d’une autre part, sur le fait qu’«il est encore trop tôt pour parler de privatisation concernant ces trois entreprises». Notre interlocuteur rappelle d’ailleurs que toutes les entreprises publiques ou participations étatiques sont, évidemment et dans l’absolu, cessibles au secteur privé. La prudence de la DEPP s’explique également par le fait que, souvent, l’annonce précoce d’une privatisation ou même d’une réflexion au sujet de l’éventuelle privatisation d’une entreprise, qui peut ne pas se réaliser, peut avoir un effet démobilisateur sur les salariés.

En définitive, pour les cas du CID, de la Loterie nationale et du LPEE, on préfère pour l’instant rester discret sur le processus en cours, d’autant plus qu’il faudra, de toutes les manières, attendre les conclusions et les propositions des auditeurs.