L’ONEE à la recherche d’un modèle économique viable

L’office doit investir près de 52 milliards de DH sur les 5 prochaines années. La situation financière est fragile à cause d’une tarification inadaptée. Des actions d’optimisation et de rationalisation déjà en marche permettront de mobiliser entre 8 et 10 milliards de DH.

A la veille de la signature de son nouveau contrat-programme avec l’Etat, aujourd’hui pratiquement bouclé, le producteur national d’eau et d’électricité entame une période 2019-2023 plutôt chargée et délicate.

Sur les cinq années à venir, ce sont quelque 51,6 milliards de DH que l’office devra investir dont 26,1 milliards pour l’électricité, 20,9 milliards pour l’eau potable et 4,6 milliards pour l’assainissement.

Un programme d’une telle ampleur suppose bien entendu des investissements lourds et, surtout, pose la question inévitable des équilibres financiers et de la viabilité du modèle économique.

Un modèle qui, selon le top management de l’office, est condamné à évoluer pour lui permettre de mobiliser les ressources financières nécessaires à la réalisation de son programme d’investissement et de remplir pleinement sa mission de service public.

Pourtant, l’office affiche aujourd’hui des indicateurs financiers plutôt positifs et encourageants, à commencer par un résultat net bénéficiaire de 1,95 milliard de DH en 2018 et une capacité d’autofinancement respectable de presque 9 milliards de DH. Pour 2019, ces deux indicateurs sont toujours au vert avec respectivement 570 millions de DH et 8 milliards de DH.

Cela dit, il ne faut pas s’y tromper, rappelle le top management de l’office qui indique que «malgré cette amélioration, la situation financière de l’ONEE reste fragile et fortement impactée, notamment par beaucoup de facteurs».

En tête de liste figure l’inévitable et épineuse question de la tarification qui constitue l’une des pièces maîtresses du business model. Il se trouve aujourd’hui que les tarifs appliqués par l’ONEE ne couvrent même pas les coûts de production et de distribution. Et pour preuve, le mètre cube d’eau potable coûte en moyenne et toutes technologies confondues près de 15,45 DH à la distribution. Il est facturé à 2,50 DH pour la première tranche et à 11 DH dans la tranche supérieure. Du coup, l’ONEE perd en moyenne 4 DH par mètre cube distribué, soit une perte globale de 4 milliards de DH rien que pour l’eau. Dans l’assainissement liquide, le niveau de déficit structurel est au même niveau, soit 4 DH par mètre cube traité. Enfin, pour ce qui est de l’électricité, l’office perd d’entrée de jeu 26 centimes pour chaque kilowattheure distribué dans la basse tension (BT). Le directeur général de l’office, Abderrahim El Hafidi, n’y va pas par quatre chemins : «L’ONEE a une mission de service public, certes, mais, en tant qu’entreprise à caractère commercial, il a également l’obligation de préserver les équilibres financiers». Pour le DG de l’office, les tarifs ne sont pas la seule question à traiter en urgence. Sur la liste des facteurs qui impactent les équilibres financiers de l’ONEE figurent aussi le poids des achats de combustibles, 20 milliards de DH en 2018, avec l’exposition aux fluctuations des cours mondiaux, l’endettement de plus en plus lourd, les distorsions d’ordre fiscal notamment ceux relatifs aux différentiels des taux de TVA ou encore la persistance des créances impayées des ex-régies de distribution, de certains établissements publics et des collectivités locales.

Face à toutes ces contraintes, le DG de l’office ne désarme pas et semble décidé à mettre en marche les réformes nécessaires dont certaines sont déjà opérationnelles. C’est le cas, notamment, pour ce qui est des achats de combustibles avec le lancement imminent d’une salle de marchés qui permettra à l’office de réaliser des économies en achetant à des conditions meilleures sur les places internationales.

D’un autre côté, et en vue d’alléger l’endettement, le top management de l’office a mis également en marche un programme de diversification des sources de financement en faisant appel notamment à la titrisation ou à la cession d’actifs ou encore à du leasing.

A noter que l’office a déjà lancé des négociations avec ses partenaires privés Taqa Morocco (Jorf Lasfar) et Energie Electrique de Tahaddart (EET) en vue de proroger les contrats PPA en cours. Ces négociations étant toujours en cours, «l’office s’est tourné vers des moyens de financement faisant appel à ses schémas alternatifs, notamment la titrisation des actifs immeubles et des créances commerciales», confient des sources à l’ONEE. Ainsi, «en plus de son coût très compétitif, la solution de titrisation présente l’avantage d’être un moyen de financement déconsolidant pour l’ONEE et ne nécessite pas, non plus, la garantie de l’Etat. Elle permet également d’améliorer la structure bilancielle de l’office à travers une amélioration du fonds de roulement pour la titrisation des actifs et du besoin en fonds de roulement pour la titrisation des créances commerciales», explique-t-on auprès de l’office.

A ces actions viennent s’ajouter d’autres comme l’amélioration des rendements des réseaux, la modernisation du management de l’office par la mise en place progressive du projet de la digitalisation et l’optimisation de la politique d’achat.

Et enfin, les responsables de l’ONEE espèrent aussi une amélioration du cadre légal et législatif avec l’adaptation de textes qui leur permettra, entre autres, un recouvrement plus facile des arriérés, la mobilisation plus facile de foncier pour les projets ou encore la lutte contre la problématique de la fraude…

A travers l’ensemble de ces mesures, le top management de l’ONEE prévoit de mobiliser entre 8 et 10 milliards de DH sur les 5 années à venir, contribuant ainsi à l’effort d’investissement programmé. Le tout en attendant, bien entendu, une décision majeure sur les tarifs seule à même de pérenniser durablement le modèle économique de l’office.