L’ONE optimise ses achats de matières premières et de devises

Une salle des marchés pour exploiter les synergies entre finances, approvisionnement et transport.
Arbitrage entre les différentes offres pour réaliser des économies.
Le démarrage effectif de la nouvelle entité prévu pour
novembre 2008.

Pour ses besoins, l’ONE (Office national de l’électricité) achète aujourd’hui pour environ 400 millions de dollars de charbon par an, quelque 200 millions de dollars de fioul et une centaine de millions de dollars de gaz. Vu le niveau des prix des combustibles, qui est sur un trend haussier depuis quelque temps, l’ONE avait besoin d’une nouvelle façon de gérer ces flux commerciaux et financiers pour en maîtriser les risques ; à l’instar de ce qui est en cours chez ses compétiteurs, en particulier en Europe, où l’office est déjà un acteur connu. C’est ce qui justifie, selon Fouad Khennach, directeur gestion des risques à l’office, la création d’une entité nouvelle, la salle des marchés ONE Trading. Avec l’assistance d’Endesa, consultant espagnol choisi le 4 septembre courant, suite à un appel d’offres international lancé le 20 avril 2006, l’ONE entamera la mise en place de sa salle des marchés le 1er novembre 2007. Et son démarrage effectif interviendra un an après, environ.

«Quand on parle de salle des marchés, cela veut dire que nous allons nous organiser de la même façon qu’une banque ; à cette différence que nous n’allons pas vendre des produits financiers, mais en acheter pour réduire les risques», explique M. Khennach. Cet ingénieur, diplômé de l’Ecole centrale de Paris, qui a accumulé une longue expérience dans le trading chez Nomura puis dans la gestion de risque à Citigroup, au Royaume-Uni, estime que la séparation qui existe aujourd’hui, au sein de l’office, entre les directions financières, approvisionnement et transport ne permet pas une représentation du risque et donc sa maîtrise. «Aujourd’hui, les achats de combustibles se font par une direction, les achats de devises par une autre et les achats d’électricité par une troisième. Il faut coordonner tout ça, disposer d’un véritable tableau de bord. Dans un contexte de volatilité des prix des combustibles, des devises et du fret, il faut pouvoir faire face à la pression qui s’exerce sur le secteur énergétique marocain, car ne perdons pas de vue que l’objectif de l’ONE est d’optimiser le coût de son kWh».

Rien qu’en charbon, l’ONE achète pour 400 millions de dollars par an
Autrement dit, les synergies existant entre ces trois directions ne sont pas aujourd’hui exploitées, et la salle des marchés, qui aura à suivre les évolutions des marchés des matières premières et de devises, devrait permettre de traiter instantanément les informations recueillies, pour une prise de décision rapide en matière d’achat de combustibles, de devises, et de mise en place de couvertures de risques auprès d’institutions financières, locales ou étrangères. De même, souligne-t-on à l’ONE, la connaissance du marché permet, en matière de fret, d’entrer dans des transactions à long terme pour en réduire le coût. «Il faut savoir que le coût du fret pour une transaction sur un an est deux fois supérieur au coût du fret d’une transaction sur cinq ans», révèle Fouad Khennach.

Profiter de la souplesse de la réglementation de change
Par ailleurs, l’ONE veut tirer profit de l’ouverture décidée depuis le 1er août par les pouvoirs publics afin de permettre aux entreprises marocaines de gérer leurs risques de change de façon proactive. Ainsi, au lieu par exemple d’acheter des devises à l’occasion de chaque cargaison de combustibles débarquée, l’office veut profiter de la nouvelle réglementation et acheter ses devises, le dollar notamment, sur des maturités longues. Mais cela nécessite un suivi heure par heure des tendances des marchés, de devises ou de matières premières. C’est le rôle de la salle des marchés.