L’ONE convoite les 50 % d’ABB

Les discussions sont en cours et l’office devrait constituer un consortium
avec des institutionnels marocains n L’objectif est de favoriser la formation
de «champions nationaux» capables de rivaliser avec les multinationales.

L’Office national de l’électricité (ONE) pourrait bien reprendre les parts d’ABB (Asea Brown Boveri) dans la société JLEC (Jorf Lasfar Energy Company) qui exploite les quatre centrales électriques de Jorf Lasfar. Même si le premier responsable de l’Office, Ahmed Nakkouche, oppose un «no comment» – fort compréhensible – à la question de savoir si son établissement était en lice pour succéder au groupe helvético-suédois, il n’en reste pas moins que ce scénario, selon des proches du dossier, a non seulement la préférence des pouvoirs publics, mais apparaît également comme le plus probable de tous. Ces sources expliquent que dans les discussions en cours autour de cette affaire, il est en effet de plus en plus question que l’opérateur historique d’électricité, «en partenariat avec des institutionnels marocains», reprenne les 50 % qu’ABB détient dans JLEC et qu’il cherche à céder depuis une année.

JLEC est une affaire très rentable
Bien que l’entrée de l’ONE dans le capital de JLEC apparaîtrait comme allant à contre-courant du processus – déjà avancé – de désengagement de l’Etat de la production d’électricité, en prévision de la libéralisation totale du marché, les partisans de cette solution mettent en avant deux arguments pour l’expliquer. D’une part, JLEC est une affaire hautement rentable, elle serait même l’une des meilleures au monde dans le domaine et ceci en raison notamment du fait que le marché est garanti pour 30 ans. De plus, dans la mesure où l’ONE est tenu, en vertu du contrat (take or pay) d’acheter toute la production de JLEC, même lorsqu’il n’en a pas besoin, l’opérateur historique a tout intérêt, maintenant que ABB veut se retirer, à se retrouver en amont du processus.
ABB vend des actifs pour se désendetter
D’autre part, l’entrée de l’ONE dans le capital de JLEC aux côtés de l’américain CMS (Consumers michigan Service) conforterait l’idée, sinon l’orientation, selon laquelle les entreprises marocaines devraient désormais participer aux grandes opérations de concessions, dans l’objectif de former des «champions nationaux» capables de rivaliser avec les multinationales.
Pour ce qui le concerne, l’ONE, il faut le rappeler, est déjà en partenariat avec l’espagnol Endesa et l’allemand Siemens dans la centrale (à cycle combiné) de Tahadart, dont la construction a été lancée il y a près d’une année. Dans le milieu énergétique d’ailleurs, on n’exclut pas qu’Endesa ou encore EDF (Electricité de France) fasse partie, avec l’ONE, des successeurs d’ABB – étant entendu que l’ONE a le dernier mot en ce qui concerne tout changement dans l’actionnariat de JLEC.
A rappeler, enfin, que si ABB tient à se désengager d’une affaire qui, pourtant, marche, c’est essentiellement parce qu’il croule sous les dettes (quelque 9 milliards de dollars), alors que ses fonds propres ne dépassent pas les 1,8 milliard de dollars. Il y a une année, le groupe helvético-suédois avait annoncé qu’il allait vendre des actifs pour maîtriser sa dette, espérant ainsi réduire ses effectifs de 40 000 personnes et ses coûts de 800 millions de dollars. La filiale américaine d’ABB, Combustion Engineering (CE), qui devait indemniser 103 000 de ses salariés victimes de l’amiante, pour 1,2 milliard de dollars, a dû déposer le bilan en février 2003.
Dans ces conditions, le retrait d’ABB de JLEC peut paraître «logique», surtout lorsqu’on sait que ce groupe est d’abord un équipementier avant d’être un producteur d’électricité