Loi de finances rectificative : l’Exécutif aurait pu mieux faire !

• De grandes mesures imposées par un contexte exceptionnel ont été attendues, mais le rendu n’était pas à la hauteur des attentes !
• Le gouvernement aurait pu faire preuve de plus d’ancrage dans la réalité des opérateurs économiques, des employés et des ménages.
• Les calculs simplistes des équilibres macroéconomiques n’ont plus aucune valeur dans le contexte actuel.

L’Exécutif aurait pu faire mieux. Certes, le projet de Loi de finances rectificative a été confectionné sous d’innombrables contraintes et pas des moindres (notamment la pandémie et la sécheresse), mais on aurait pu faire preuve de plus d’ancrage dans la réalité des opérateurs économiques, des employés et des ménages, plus d’innovation et de créativité pour donner du sang neuf et de véritables leviers pour une vraie relance économique.
A voir le projet de la Loi de finances rectificative, il y a comme un sentiment de déception, à plusieurs niveaux. D’abord, si à contexte exceptionnel, des mesures exceptionnelles s’imposent, le projet qui vient d’être approuvé n’a pas été dans les attentes. Il est vrai que le PLFR 2020 prévoit des mécanismes de soutien appropriés pour la reprise progressive de l’activité économique et la préservation des emplois. Ses mesures visent également l’amélioration de l’efficacité de l’administration en se basant sur l’accompagnement de la reprise progressive de l’activité économique, la préservation des emplois et l’accélération de la mise en œuvre des réformes de l’administration. Mais toutes ces mesures manquent de grandes initiatives et de volontarisme affiché pour neutraliser les effets de la crise pandémique le plus tôt possible, de manière à permettre à la machine économique de rebondir et aux opérateurs de retrouver la normalité. En matière de révision des priorités en ce qui concerne les dépenses, le ministre des finances a évoqué l’augmentation des investissements du budget à 86 milliards de DH, ce qui a permis de mobiliser 15 milliards de DH qui seront consacrés à l’accélération de la reprise de l’économie nationale. Aussi, l’Exécutif a promis qu’une attention particulière sera accordée à l’encouragement du produit local, principalement en opérationnalisant la préférence nationale pour les entreprises nationales, matériaux et produits nationaux dans le cadre des marchés publics. Mais que faudrait-il faire pour y arriver ? Augmenter les droits de douane, au risque de mener le pays vers une fermeture économique ?
En deuxième lieu, les hypothèses de l’Exécutif et la marge de manœuvre de ses initiatives sont restées très figées dans des calculs simplistes d’équilibres macroéconomiques et budgétaires qui n’ont plus aucune pertinence en période de grands chocs tels que celui que traverse nDes accords à signer dans différents secteurs économiquesotre pays. Le PLFR s’appuie, en effet, sur un nouvel équilibre financier qui tient compte de la baisse des recettes budgétaires d’environ 40 milliards de DH, et de la révision des priorités en ce qui concerne les dépenses en réduisant celles de fonctionnement de 4,3 milliards de DH et en augmentant les investissements de 7,5 milliards de DH. Pas assez, au vu de l’ampleur des besoins !
En troisième lieu, les mesures douanières visant à augmenter les droits d’importation applicables à certains produits finis de 30% à 40%, et ce dans la limite des taux consolidés par le Maroc au niveau de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ne seront pas vues d’un bon œil par les partenaires commerciaux et même quelques investisseurs locaux. Ces mesures sont de nature à affaiblir la dynamique du commerce extérieur, surtout avec les partenaires historiques, sachant que le Maroc est très arrimé à ses partenaires commerciaux, notamment ceux de l’Europe. Dans le même registre, le PLFR a le mérite de prévoir une mesure importante visant à renforcer la protection de la production nationale et encourager la substitution des importations par la production locale.
A ce titre, en application des dispositions de l’article 155 du décret relatif aux marchés publics, les maîtres d’ouvrages sont tenus de prévoir au niveau des règlements de consultation relatifs aux procédures de passation des marchés de travaux et des études y afférentes que les montants des offres présentées par les entreprises étrangères sont majorés d’un pourcentage ne dépassant pas 15% aux fins de comparaison de ces offres avec les offres présentées par les entreprises nationales, outre l’opérationnalisation des mécanismes en vigueur en matière de préférence nationale.