Logistique : McKinsey devra présenter sa stratégie avant fin 2008

L’étude servira de base au contrat-programme CGEM-gouvernement pour la période 2008-2010. Formation, émergence d’opérateurs locomotives…, ce qu’attendent les professionnels.

Le gouvernement et la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) ont commandé une étude sur la logistique au cabinet international McKinsey qui devra rendre sa copie avant la fin de cette année.

Une étude de plus, serait-on tenté de dire, car des études sur la logistique ou en rapport avec cette activité, il y en a eu sept depuis que le Maroc s’est engagé dans une politique de modernisation de ses infrastructures de transport (programme d’autoroutes, réforme du transport de marchandises, réforme portuaire, projets de l’ONCF, Tanger-Med, etc.). La plus connue est celle réalisée en 2006 par la Banque Mondiale.

Selon un responsable à la Fédération du transport, ces études se sont toutes arrêtées au stade du diagnostic, et il s’agit cette fois-ci d’«aller plus loin en sortant avec une stratégie globale, suivie de réalisations, au service de la compétitivité de l’économie nationale», à l’instar de ce qui a été fait pour le plan Emergence.

Certaines études estiment, en effet, les coûts liés à la logistique au Maroc à 20% du PIB, alors qu’ils sont dans les pays dits émergents de l’ordre de 15% et se situent dans les pays à économies développées entre 10 et 13%. Une autre étude signale, à titre d’exemple, que le transport d’une cargaison d’Agadir vers la France coûte autant qu’au départ d’Istanbul, pourtant plus éloignée.

Il n’est pas étonnant donc que certaines industries autrefois compétitives se trouvent aujourd’hui en grande difficulté. Le dernier rapport de la Banque Mondiale sur les performances logistiques classe le Maroc au 94e rang mondial. C’est dire le travail qui reste à faire pour lever les handicaps.

Des freins d’ordre réglementaire et institutionnel
Le premier, et non des moindres, a trait à l’état de santé du transport routier de marchandises. Certes, le gouvernement a réformé ce secteur, mais les résultats de cette réforme sont pour le moins mitigés. Malgré ses efforts répétés, le ministère de l’équipement et du transport n’arrive pas encore à inciter les sociétés, dont la plupart sont individuelles et travaillent dans l’informel, à renouveler leurs véhicules. La réforme portuaire n’a pas non plus encore porté ses fruits.

A ces constats, il faut ajouter des freins d’ordre réglementaire et institutionnel. Et dans leur sillage, on trouve encore le problème d’accès au foncier, souligné par toutes les études sur la logistique. Selon certains experts, il existe un manque de coordination flagrant entre le département de l’équipement et du transport et celui de l’aménagement du territoire, ou ce qu’il en reste, sachant qu’aujourd’hui l’aménagement du territoire est fragmenté entre deux départements ministériels, en l’occurrence l’Habitat et l’Energie et les Mines.

Un secteur dispersé
Question d’un expert : «Alors que toutes les recommandations concernent la création de plateformes logistiques loin des centres urbains, comment peut-on expliquer qu’on veuille créer une nouvelle ville nouvelle à Zénata en même temps qu’une plateforme logistique ?». Il fait aussi remarquer que «toute la route côtière, à partir du port de Casablanca, est bordée d’entrepôts dont il faudrait se débarrasser au plus vite».

Enfin, le Maroc souffre d’une carence en termes de ressources humaines au service de la chaîne logistique. Selon Mustapha El Khayat, expert international et président de l’Association marocaine pour la logistique, la formation en logistique est peu développée et se résume, selon lui, à quelques mastères, alors qu’en parallèle certains profils sont quasiment inexistants (caristes, manutentionnaires, gestionnaires pilotes de flux, réceptionnaires logisticiens, transporteurs qualifiés en chaîne du froid et en matières dangereuses, etc.). Et même quand ces formations existent, elles sont insuffisantes et non coordonnées.

Il se dégage de cet état des lieux que la logistique moderne existe, mais qu’elle est dispersée et limitée à certaines industries. On peut citer à titre d’exemple l’industrie laitière qui dispose de chaînes logistiques efficientes, mais aussi la grande distribution et les franchises qui sont souvent intégrées à une chaîne logistique.
Des raisons déterminantes pour l’élaboration des termes de référence de l’étude en cours de réalisation par McKinsey et qui devra servir de base au plan d’action gouvernement-CGEM pour la période 2008-2012. L’étude devra déboucher sur la proposition d’un échantillon d’indicateurs permettant le suivi permanent des performances des chaînes logistiques marocaines.