Logistique, le maillon faible de l’Afrique

C’est indéniable : la déclinaison de la politique volontariste du Maroc en Afrique passera nécessairement par le volet du transport et de la logistique, d’autant plus que la connexion de l’Afrique à l’Europe, à la Méditerranée et à d’autres parties du monde pourra se faire à travers le hub Maroc.

Le 1er congrès africain des transports et de la logistique constituera donc certainement, et naturellement, une action fondatrice de cette démarche dans le sens où il permettra d’abord aux acteurs des pays africains, qu’ils soient publics ou privés, de commencer d’abord la construction d’une vision globale et collective sur la base des diagnostics et des échanges d’expériences des uns et des autres. La centralité du transport et de la logistique dans le développement du continent africain n’est plus à prouver.

Depuis plusieurs années, de nombreuses études, émanant notamment d’organisations internationales de renommée comme la Banque Mondiale, l’OCDE ou encore la Banque africaine de développement, ont clairement établi et démontré que le potentiel de croissance économique du continent africain ne pourra s’exprimer et être exploité si l’un des freins majeurs n’est pas levée, à savoir l’insuffisance des infrastructures et parmi elles celles qui ont un effet immédiat sur la fluidité du commerce et de la circulation des marchandises. Aujourd’hui, en effet, il n’est un secret pour personne que les taux d’intégration régionale en Afrique et dans ses sous-régions, comme le Maghreb, entre autres, sont parmi les plus faibles au monde comparés à ce qui se passe dans d’autres régions comme l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine ou encore l’Europe.

Dans le dernier rapport de la BAD sur la compétitivité en Afrique (The Africa Competitiveness Report 2015), on apprend que les entreprises africaines sont celles qui font face aux coûts commerciaux les plus élevés au monde. Dans certains pays africains, notamment ceux enclavés, exporter un container de 20 pieds peut coûter jusqu’à 6600 dollars contre moins de 500 dollars en Chine par exemple.

Selon les chiffres de la Banque Mondiale datant de 2014, dans la majorité des pays africains l’incidence des coûts logistiques sur les exportations est cinq fois supérieure à celle des coûts tarifaires (notamment les droits de douanes). De même, dans un récent rapport d’évaluation de l’OCDE, on apprend que les coûts de fret en Afrique sont les plus élevés au monde puisqu’ils représentent plus du double de la moyenne mondiale. Ainsi, dans les pays de l’OCDE, les coûts totaux imputables à la logistique (emballage, entreposage, transport…) représentent en moyenne 20% du coût total de production. Dans les pays en développement, dont ceux africains, ces mêmes coûts peuvent représenter jusqu’à 60% du prix final du produit.

Dans leur rapport sur la compétitivité de 2015, les experts de la BAD ont également mis le doigt sur l’étroite relation entre la compétitivité et la facilitation du commerce qui repose éminemment sur une plus grande connectivité.

Or cette dernière, elle-même, est tributaire du niveau de développement du transport et de la logistique sur le contient.

Il est tout aussi évident que la recherche d’intégration régionale passera inévitablement par un maillage logistique à l’intérieur même du continent à travers des plate-formes et des infrastructures qui permettraient d’assurer une facilité et une continuité dans les flux de biens. Mais ce n’est pas tout.

La réalisation d’infrastructures physiques à elle seule n’est pas suffisante, voire inutile, si elle n’est pas accompagnée de stratégies nationales et de réformes institutionnelles profondes.

Au Maroc, on l’a vu, la rupture n’a pu véritablement se faire qu’à partir du moment où le secteur des transports et de la logistique a été doté d’une vision globale, une stratégie et des textes spécifiques, le tout mis en œuvre dans un nouveau cadre en termes de mode de gouvernance avec la mise sur pieds d’institutions dédiées comme l’Agence Marocaine de développement de la logistique (AMDL) ou encore de l’Observatoire marocain de la compétitivité logistique (OMCL). Cinq années après le lancement effectif de la stratégie nationale, les premiers effets et fruits sont perceptibles (voir article en page IV).

Au regard des nouvelles perspectives sur le continent africain et du rôle que pourrait jouer le Maroc en tant que hub, sa stratégie nationale, certes encore perfectible, pourrait néanmoins constituer une belle expérience à enrichir, partager et, pourquoi pas, dupliquer…