Logistique : la tutelle s’attaque enfin à  la problématique d’absence de normes

A ce jour, seules trois normes sont en vigueur dans le secteur. La commission de normalisation de la logistique chargée de mettre en place un référentiel a entamé son travail.

C’est une étape importante dans le cadre du déploiement de la stratégie logistique qui va être franchie en ce mois de septembre. Dans les prochains jours devrait en effet avoir lieu la première réunion de travail de la commission de normalisation de la logistique «afin d’arrêter son plan d’action et de constituer les groupes de travail thématiques», annonce l’Agence marocaine de développement de la logistique (AMDL). Juste après, il est prévu le lancement d’un appel d’offres pour la sélection d’un consultant devant accompagner les travaux de ladite commission. L’importance de cet appel d’offres réside dans le fait qu’il prévoit l’accompagnement de la commission dans l’élaboration d’un avant-programme de normalisation. Celui-ci servira de référence pour le travail de la commission technique de normalisation. Parallèlement, la commission et le partenaire devront définir les responsabilités et les attributions de chacun des intervenants de la chaîne logistique et identifier dans le détail les normes dont a besoin le secteur de la logistique dans le Royaume.

Plusieurs activités fonctionnent sans aucune règle !

Il faut dire que selon un premier bilan établi par l’AMDL, le secteur de la logistique souffre non seulement d’une absence des bonnes pratiques et de l’informel, mais manque également de normes marocaines le régissant. A ce jour, «il n’existe que trois normes mises en place entre 2006 et 2010 et qui sont plus d’ordre générique», explique Younes Tazi, directeur général de l’AMDL. L’une de ces normes se contente en effet de définir quelques terminologies utilisées dans le domaine, tandis que les deux autres décrivent des process logistiques mais à un niveau assez basique. Plusieurs domaines dans la chaîne logistique sont donc concernés par ce déficit de normalisation. A l’exception des activités de transport et de manutention de marchandises, où la construction et l’exploitation des véhicules de transport doivent déjà répondre à des normes techniques définies, tous les autres domaines sont en manque de normes marocaines. Que ce soit pour l’immobilier logistique, les activités de conditionnement, de stockage, d’approvisionnement ou les services annexes à la logistique, il n’existe souvent aucune norme que les acteurs impliqués doivent respecter. «Quelques opérateurs se voient imposer des normes, soit par leur maison mère quand il s’agit de filiales, ou par leurs clients quand l’opérateur travaille avec des étrangers», nuance le directeur de l’AMDL. Dans ces cas-là, ce sont plus des normes internationales qui sont appliquées, en l’absence d’une normalisation marocaine.

Une série de réunions déjà organisées avec les professionnels

C’est de cette constatation que découlent principalement les objectifs qui ont été fixées à la commission de normalisation de la logistique. Cette dernière a, pour rappel, été créée juridiquement en décembre 2014, sachant que, jusque-là, il avait été constaté qu’aucune entité ne jouait le rôle de «tuteur» de la normalisation. Au cours du premier semestre 2015, la commission a organisé une série de rencontres avec un échantillon d’opérateurs du secteur de la logistique, constitué notamment de chargeurs, de prestataires de services logistiques, d’équipementiers et d’intégrateurs de systèmes d’information logistiques. L’objectif était justement de recenser leurs besoins en matière de normes et de prendre en considération leurs recommandations pour l’organisation et l’animation du dispositif de normalisation pour qu’il soit, le mieux possible, adapté au secteur. En août dernier, une réunion a été organisée au niveau du ministère de l’équipement, du transport et de la logistique pour faire le point sur les conclusions de cette phase de concertation. C’est là qu’a été donné le feu vert à la commission pour qu’elle entame ses réunions de travail à partir de septembre courant. 

Le travail de cette commission est donc déterminant pour la réalisation des objectifs fixés dans le cadre de la stratégie nationale. Et pour cause, la normalisation est aujourd’hui considérée comme un véritable facteur de compétitivité de l’activité logistique. Pour ce faire, il faudrait trouver un moyen de faire respecter les normes qui seront mises en place par un maximum d’opérateurs. D’un point de vue pratique, plusieurs leviers ont été définis, et ils ne sont pas seulement réglementaires. 

«Rendre certaines normes obligatoires n’est qu’un moyen parmi tant d’autres. L’essentiel est de s’assurer de l’implication des représentations professionnelles car, au final, ce sont elles qui pourront convaincre les opérateurs d’appliquer ces normes, qu’elles soient réglementaires ou pas», ajoute Younes Tazi. C’est sur quoi semble aujourd’hui capitaliser la commission de normalisation en intégrant les représentants des principales filières logistiques dans le processus de définition des normes dont a besoin le secteur.