L’OCDE établit un diagnostic sévère du modèle de développement marocain

Le manque d’adéquation entre la formation de compétences et les besoins du marché du travail constitue un handicap majeur pour la croissance et la création d’emplois de qualité. De nombreux freins entravent encore la compétitivité du secteur privé, dont la corruption, les difficultés d’obtention des financements et la concurrence du secteur informel.

Le chef de gouvernement, Saad Eddine El Othmani, a présidé, le 11 juillet à Rabat, la publication du contenu du premier volume de l’Examen multidimensionnel du Maroc, réalisé par le Centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ce travail est le troisième du genre réalisé en Afrique, après ceux de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Le premier volume du rapport passe en revue les performances du pays, ainsi que les principales contraintes au développement. Il se base sur un diagnostic des évolutions macroéconomiques, des performances en matière de bien-être des citoyens et du degré de compétitivité de l’économie marocaine.

Selon le chef du gouvernement, «bien qu’il ait permis de réaliser des taux de croissance raisonnables, le modèle de développement marocain demeure insuffisant pour absorber le chômage, réduire les inégalités sociales et faire accéder le pays au rang de pays émergent».

Retard important en termes d’accumulation de capital humain

Pour sa part, Mario Pezzini, directeur du Centre de développement de l’OCDE, considère que «le Maroc est confronté aux défis posés par la productivité dont la capacité à s’accroître reste faible, ainsi que par la mise en œuvre de politiques sociales en faveur des plus vulnérables». Et d’ajouter: «La question est de savoir comment le Maroc peut profiter du nouveau cadre de l’économie mondiale qui a vu l’émergence de nouveaux partenaires internationaux : Chine, Inde, Brésil, Turquie, Afrique du Sud, etc.».

L’Examen multidimensionnel du Maroc identifie trois types de défis majeurs à relever, à savoir surmonter les faiblesses du système éducatif et de formation ; accélérer la transformation structurelle ; et accroître la cohérence des politiques sectorielles.

D’après le Rapport de l’OCDE, le Royaume souffre d’un retard important en termes d’accumulation de capital humain. Ce retard pénalise la productivité du travail, qui reste peu élevée et inférieure à celle de pays comme la Tunisie et la Turquie.

L’accès à l’éducation, à l’exception du cycle primaire, peine à se généraliser et reste marqué par de profondes inégalités territoriales, socioéconomiques et de genre. Seuls 58% des Marocains sont scolarisés au niveau du collège, contre 90% au Vietnam par exemple. En zone rurale, moins d’une fille sur quatre est inscrite au collège. De plus, les taux d’achèvement sont faibles et les déperditions importantes: moins de cinq élèves sur cent obtiennent leur baccalauréat sans aucun redoublement. De même que le manque d’adéquation entre la formation de compétences et les besoins du marché du travail constitue un handicap majeur pour la croissance et la création d’emplois de qualité. Ainsi, en 2015, moins de la moitié de la population en âge de travailler avait un emploi, et seulement 22% des femmes.

Absence de document de politique générale du développement

Sur le plan de la compétitivité, le Maroc pourrait capitaliser davantage sur ses atouts.

En dépit d’une croissance soutenue d’environ 5% par an, d’un volume important d’investissements et des succès notables dans certaines filières, telles que l’aéronautique et l’automobile, l’économie marocaine peine à faire émerger le développement de secteurs capables de jouer un rôle moteur pour la croissance économique et de générer de l’emploi. En outre, à la différence d’autres pays comme la Turquie, la Tunisie et le Vietnam, le nombre de produits marocains bénéficiant d’un avantage comparatif est en stagnation depuis près de vingt ans. Plus grave, la demande mondiale ralentit pour la plupart de ces produits, notamment le textile.

Par ailleurs, bien que le climat des affaires se soit amélioré, de nombreux freins entravent encore la compétitivité du secteur privé, tels que la corruption, les difficultés d’obtention des financements et la concurrence du secteur informel. Ces obstacles empêchent le pays de saisir toutes les opportunités d’entreprendre une transformation structurelle profonde et menacent à terme son positionnement à l’international.

Enfin, l’action publique pourrait gagner en efficacité si les différentes politiques publiques sectorielles étaient plus cohérentes entre elles, que ce soit dans leurs objectifs ou leur mise en œuvre. Mais force est de constater qu’en l’absence de document de politique générale du développement, la plupart des politiques sectorielles sont élaborées avec des mécanismes de coordination défaillants.

S’attaquer aux contraintes identifiées par le rapport pourrait constituer la première étape d’une refonte partielle du modèle de développement marocain. A ce titre, le deuxième volume de l’Examen multidimensionnel du Maroc sera dédié à une analyse plus approfondie des principales contraintes au développement et à la formulation de recommandations d’orientation de politiques publiques pour chacun des trois types de défis.