Location de voitures : la conjoncture est délicate… sauf pour les franchisés

L’activité a globalement baissé de 7% en 2014 en raison de l’atonie du secteur touristique. Ce sont principalement les petits loueurs qui en paient le prix, les franchisés pouvant compter sur leurs partenariats avec les grandes centrales de réservation.

Les temps sont durs pour le secteur de la location de voitures sans chauffeurs. Selon les estimations des professionnels, l’activité a baissé de 7% en 2014 comparativement à 2013 qui était elle-même une année de baisse. Certes, la fin de l’année a été meilleure, mais le regain d’activité n’a pas permis d’absorber la baisse de 16% enregistrée à la fin de la saison estivale. Selon la Fédération des entreprises de location d’automobiles sans chauffeurs au Maroc (Flascam), il ne faut pas aller bien loin pour expliquer cette baisse. «Les performances du secteur restent étroitement liées à l’activité touristique. Celle-ci n’a pas été suffisamment bonne en 2014 pour permettre de redresser l’activité de location de voitures», explique Tarik Dbilij, président de la Flascam. Comment alors comprendre que malgré cette conjoncture défavorable, des opérateurs continuent à investir massivement dans le renforcement de leur flotte ? Pas plus tard que la semaine dernière, le concessionnaire automobile Sopriam a annoncé qu’il a remporté un appel d’offres pour fournir plus de 300 véhicules à Hertz Maroc. La logique économique ne voudrait-elle pas que les investissements soient plus modérés en période de crise ?

Le secteur est très atomisé

En fait, la situation n’est pas totalement la même chez l’ensemble des opérateurs du secteur. Aujourd’hui, celui-ci est formé de 5 500 entreprises, dont 200 seulement sont structurées et disposant d’une flotte conséquente. Parmi celles-ci, 12 sont des franchisés de grands opérateurs internationaux, comme Hertz Maroc d’ailleurs. «Le modèle opérationnel des franchisés leur permet d’être résilients face aux aléas conjoncturels», nous confirment des professionnels.

Ce modèle se base en effet sur les partenariats conclus avec les grandes centrales de réservation à l’international qui génèrent des flux de clients en continu pour ces entreprises.

Un franchisé a donc toujours plus de chance d’avoir des clients touristes que d’autres opérateurs qui se contentent de prospecter au niveau local.

En outre, ces franchisés sont très présents sur le segment entreprise qui devient de plus en plus important et représenterait aujourd’hui plus de 20% du marché de la location. Capitalisant sur l’importance de leur flotte et leur capacité à faire preuve d’agressivité commerciale vis-à-vis de cette clientèle, ils ont pu rapidement s’imposer sur ce créneau pour en faire une nouvelle niche de croissance, chose qui n’est pas évidente pour les «petits»  loueurs. Dans ce contexte, ces derniers se retrouvent non seulement confrontés aux aléas conjoncturels, mais également à une forte concurrence entre eux dans le segment des particuliers. «Il faut dire que 5 500 entreprises est un nombre énorme qui ne permet pas une évolution saine du secteur», souligne-t-on auprès de la Flascam.

Des programmes de formation pour renforcer les compétences en gestion

Pire, ce nombre augmente régulièrement, avec la création de plusieurs centaines de nouvelles entreprises chaque année. De plus, la majorité des créations se font dans des villes où l’offre est déjà abondante alors qu’il existe des régions mal pourvues où le besoin est avéré. C’est ce qui explique d’ailleurs que bon nombre de loueurs n’ont jamais pu se développer et se limitent au segment des particuliers.

En tout, la flotte globale du secteur de la location est constituée de 92 000 véhicules, dont 80% sont détenus par les opérateurs de la location longue durée (LLD) et les franchisés. Les autres loueurs disposent chacun d’un parc réduit de véhicules qui ne permet pas de rentabiliser l’activité sur le long terme, selon les professionnels. C’est pourquoi au niveau de la fédération, on essaie de convaincre le ministère du transport d’introduire des mesures à même de soutenir ces entreprises et leur permettre de se structurer. «Il n’y a aucun doute sur la volonté du ministère de poursuivre la libéralisation ce secteur. Mais il faut que cela s’accompagne de mesures de structuration des entreprises. C’est sur ce point que nous voulons convaincre la tutelle», ajoute Tarik Dbilij. Selon lui, une étude sectorielle analysant en profondeur la situation des opérateurs et du marché devrait être menée à partir du mois d’avril. La finalité est de disposer d’un argumentaire solide pour convaincre la tutelle de la nécessité d’accompagner le secteur afin de lui permettre de sortir de sa léthargie. En attendant, la fédération a monté un programme de formation pour les gérants des entreprises pour mieux les préparer à relever les défis. Cette initiative découle de la constatation qu’une grande partie des difficultés que rencontrent les entreprises de location de voitures est principalement due à des problèmes de gestion. Une première formation a ainsi concerné les loueurs de la région de l’Oriental et une deuxième session est prévue incessamment dans la région de Béni-Mellal.