Location de voitures : 1 000 sociétés créées en 2013 !

Le secteur compte déjà  5 500 entreprises de location, dont moins de 200 structurées. L’attractivité du secteur est expliquée par les exonérations de TVA sur l’achat de véhicules. Pourtant, l’activité stagne depuis 4 ans, elle est même en baisse en 2013.

Les sociétés de location de voitures pullulent. D’après les derniers chiffres du ministère du transport rapportés par l’Association des loueurs d’automobile sans chauffeur au Maroc (Alascam), il s’en est créé environ un millier en 2013. Ce rythme de création des sociétés suscite des interrogations dans la mesure où l’activité du secteur n’est pas en expansion. Bien au contraire, elle est installée dans la morosité depuis plus de trois ans. Pire, des sources rapportent que depuis 2011, plusieurs dizaines de nouveaux opérateurs font chaque année leur entrée dans le secteur! «Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec plus de 5 500 entreprises censées être spécialisées dans la location de voitures, dont moins de 200 sont structurées», relève Tarik Dbilij, président de l’Alascam. Selon lui, une société structurée au niveau du secteur emploie en moyenne une vingtaine de personnes, dégage un résultat bénéficiaire, dispose d’un parc important (à partir de 100 véhicules) et adopte des procédures conformes aux standards internationaux de la location. Or, une bonne partie des opérateurs ne remplissent pas ces critères, notamment celui de la rentabilité. Selon une étude de l’Alascam, pour qu’une entité soit rentable, il lui faut un parc de 15 voitures au moins. «Vu que les parcs n’atteignent pas souvent cette barre, plus de 80% des sociétés déclarent des résultats déficitaires par défaut, depuis plusieurs exercices», confie un opérateur.

Qu’est-ce qui explique alors l’attrait pour l’activité de location de voiture ? Il faut savoir qu’une fois l’agrément reçu, les achats de biens d’équipement (y compris les véhicules) d’une société de location sont exonérés de TVA pendant les deux premières années. «C’est ce qui justifie en grande partie ce rush. Pour bénéficier de cet avantage, même les opérateurs présents déjà au niveau du secteur ne se retiennent pas de créer une deuxième société, puis une troisième et ainsi de suite. Il existe même des familles qui créent une société pour s’acheter des voitures personnelles», explique M. Dbilij. De l’avis d’autres professionnels, ces créations en masse cachent également des pratiques plus douteuses, notamment le blanchiment d’argent.
Face à cela, l’Alascam rappelle l’ampleur du chantier de l’assainissement qui doit être poursuivi au niveau du secteur. «Nous militons pour un cadre légal qui met les opérateurs sur les rails à travers plusieurs mesures, notamment la spécialisation académique qui doit être exigée pour créer une société de location», explique M. Dbilij. En effet, le cahier des charges actuel ne stipule pas de cursus spécial. Il se contente d’exiger un bac+2 ou un niveau bac plus quatre ans d’expérience dans le secteur.
La clientèle opte pour

des voitures moins chères, sur une période qui ne dépasse plus 4 jours

A défaut d’une décision rapide, la situation risque d’empirer. Après la stagnation observée depuis 2010 à environ 2 milliards de DH, le secteur a enregistré une baisse d’activité significative en 2013 par rapport à 2012. C’est ce que rapportent plusieurs professionnels. «La baisse a atteint 25% à fin novembre pour l’ensemble du secteur», informe M.Dbilij. Mais vu que décembre a été bon, la profession s’attend à une baisse de 11% en 2013.

Hormis la création de multiples sociétés qui entraîne la réduction de l’activité de chacune prise séparément (dispersion du chiffre d’affaires sur un nombre toujours plus élevé d’acteurs), les loueurs invoquent le tassement du secteur touristique. «Les flux de touristes ne sont pas du tout favorables et les séjours sont de plus en plus raccourcis. Leur durée moyenne est dorénavant de 3 jours contre 8 à 9 jours auparavant», relève M. Dbilij.

Par segment, les prix sont aussi à la baisse. La clientèle actuelle demande de plus en plus des citadines à des prix bas pour des durées de trois ou quatre jours maximum. «Si les petites voitures, généralement les moins chères, ont pu légèrement se maintenir, le luxe continue petit à petit sa dégringolade entamée depuis 2010. D’ailleurs, l’on invite dorénavant les professionnels à ne plus investir dans ce créneau du luxe en attendant de savoir comment le marché s’adaptera à la nouvelle taxe sur les voitures de luxe», explique M. Dbilij.