Location de coursiers, une activité qui se développe dans l’anarchie

Il n’y a aucune barrière réglementaire à  l’entrée. Concentration de l’activité à  Casablanca où l’on compte au moins une quinzaine de sociétés. La clientèle est composée aussi bien des entreprises que des particuliers aisés ou au calendrier trop rempli.

Les sociétés spécialisées dans les courses pour entreprises et particuliers sont de plus en plus nombreuses. Rien qu’à Casablanca, on en compte une quinzaine. Raison de cette affluence : comme pour beaucoup de métiers de service, il n’y a aucune barrière à l’entrée. Il suffit de disposer d’un peu de moyens et de suivre la procédure légale de constitution d’une société. L’investissement initial est relativement modique. «Avec 100 000 DH on peut créer une société de location de coursiers», indique Abderrahim Nouri, responsable de la société Chrono Course. Bien sûr, la mise globale varie selon le nombre de véhicules (motos et voitures), le GPS qui coûte en moyenne 2 000 DH et de l’abonnement téléphonique dont le coût dépend du nombre de lignes. Pour sa part, un responsable de la société Le Coursier déclare que «la création de la société a nécessité un investissement qui s’élève à 200 000 DH, comprenant trois motos».

Bref, tout le monde peut s’y mettre, et ce n’est pas sans problème. «On essaie de tirer le secteur vers le haut tandis que d’autres ne font que l’enfoncer», se plaint Abderrahim Nouri. Selon un autre patron qui préfère rester anonyme, «certaines sociétés ne se donnent même pas la peine de déclarer leur personnel et d’autres n’hésitent pas à louer les services de particuliers disposant d’un véhicule à deux roues (aux environs de 20 DH par course), ou qui utilisent des véhicules non assurés sans penser à la gravité des conséquences». D’où la nécessité d’un cadre réglementaire qui doit «encadrer la profession et barrer la route à ce type d’agissements». Des dirigeants de sociétés souhaitent au moins la constitution d’une association professionnelle pour instaurer un code de bonne conduite et permettre aux clients de distinguer entre les entreprises organisées et les autres. Peut-être y arrivera-t-on quand le secteur sera un peu plus mûr. En effet, la location de coursier -activité différente de celle du courrier express- est un secteur jeune qui date de fin des années 90. L’une des premières sociétés, Défi Course, avait été créée en 1999.

Le prix moyen d’une course est de 30 DH

A l’origine, l’idée derrière la création de ce genre de structures était de se mettre au service des entreprises qui souhaitent externaliser cette tâche. Leur champ d’opération s’est par la suite progressivement élargi. Aux entreprises s’est ajouté un nombre croissant de particuliers qui ont compris l’utilité et la valeur ajoutée de ce genre de services.

Aujourd’hui, les sociétés de courses s’occupent de la livraison de colis pour particuliers, de nourriture, de médicaments et d’objets divers. Elles peuvent aussi s’occuper de la légalisation de documents administratifs, du règlement de factures (eau, électricité, téléphone), de la distribution (journaux, flyers et prospectus). «Cela peut même aller jusqu’au dépôt d’un chèque en banque ou d’une demande de visa», indique un gérant. Les mieux structurés assurent une traçabilité de leurs envois grâce à un accusé de réception cacheté et signé par le destinataire, ainsi que la sécurité en garantissant la confidentialité des biens transportés.

Le prix de la prestation est différent selon les sociétés et la nature des courses. «Sachant que la commande minimum est de 120 DH, nous avons fixé un prix de 30 DH par course de 8h à 20h et de 50 DH pour le reste de la journée», précise un responsable de la société Le Coursier. Tandis que Hicham Wiffadane, gérant de Call coursier, réclame «en moyenne 30 DH par course». Mais en fin de compte, «la facture dépend de la nature de la course et bien d’autres critères», précise-t-il.

Compte tenu de la concurrence dans un marché très atomisé, difficile pour beaucoup de s’en sortir. Par exemple, les professionnels s’accordent sur le fait qu’il leur est impossible de répercuter une hausse des prix des carburants sur leurs clients.

L’autre problème qui pénalise ce secteur est le déficit de ressources humaines. En effet, il est difficile de trouver des conducteurs responsables et nombre d’entre eux ne restent pas fidèles à leur employeur. Sans oublier que ce secteur connaît une grande concentration dans la ville de Casablanca, alors qu’une bonne répartition sur les autres villes du Royaume permettrait une meilleure répartition du marché… A condition qu’il y ait de la demande.