L’objectif des 250 000 emplois par an ne sera pas atteint cette année

Entre fin juin 2007 et fin juin 2008, à  peine 19 000 emplois nets ont été créés. Entre 2006 et 2007, ce chiffre était de 126 000 Le secteur agricole, premier pourvoyeur d’emplois, pèse de tout son poids Une bonne récolte en 2008 pourrait permettre un rattrapage, mais pas avant fin 2009 voire début 2010 !

AAbbas El Fassi a promis de porter la cadence de création d’emplois à 250 000 postes par an d’ici 2012, contre une moyenne annuelle d’environ 200 000 ces dernières années. Au total, ce sont donc 1,2 million d’emplois qui devraient être créés durant cette législature.

Un an bientôt après l’avènement de ce gouvernement, quelle est la situation de l’emploi ? Même s’il est encore trop tôt pour faire un bilan, les résultats enregistrés sur les deux premiers trimestres de 2008 augurent d’une année moins performante en termes de créations d’emplois que 2007. Au terme du deuxième trimestre de 2008, en effet, ce sont 19 000 emplois nets qui ont été créés, en glissement annuel, c’est-à-dire entre fin juin 2007 et fin juin 2008.

Pour comparaison, en 2007, au terme du deuxième trimestre, les créations nettes d’emplois s’élevaient à 126 000 postes, toujours en année glissante. Le rythme de création, on le voit, est beaucoup moins important.

La situation était la même au premier trimestre 2008 : 74 000 créations nettes, alors qu’au premier trimestre de 2007, par exemple, 369 000 emplois avaient été créés (en glissement annuel, s’entend). La différence entre les deux périodes est énorme, mais l’explication est simple : l’essentiel (61,8%) des emplois créés au premier trimestre 2007 a été réalisé dans le secteur primaire (agriculture, forêt et pêche). En fait, c’est la bonne campagne 2006 qui continuait de produire ses effets. On ne peut pas en dire autant du premier trimestre 2008, puisque le rendement du secteur agricole en 2007, on le sait, n’a même pas atteint le niveau moyen escompté !

Cela confirme bien, s’il en était besoin, que l’agriculture est encore le plus grand pourvoyeur d’emplois dans l’économie marocaine. Evidemment, la qualité des emplois dans ce secteur est très sommaire : travail non rémunéré, sous-emploi en sont les caractéristiques principales. En 2007, par exemple, le taux de sous-emploi était de 9,9% ; et encore, il avait baissé par rapport à 2006 où ce taux se situait à 12,4%, selon les statistiques du Haut commissariat au plan – HCP .

Il faut espérer une bonne année agricole 2009 pour une reprise des créations d’emplois

Quoi qu’il en soit, et malgré l’apport significatif du secteur agricole en termes de créations d’emplois, l’année 2007 s’est achevée sur un total de 128 000 postes créés. Ce chiffre, accuse malgré tout, un repli considérable par rapport à 2006 (8% de croissance) où 300 000 emplois nets furent créés. Certes, cette année encore, la croissance sera au rendez-vous : entre 6,8% et 7% de progression du PIB. Mais on peut parier d’ores et déjà que 2008 ne créera pas autant d’emplois que 2006, malgré la proximité des niveaux de croissance dans les deux cas. L’explication, une fois de plus, est liée à la donne agricole.

Le niveau élevé de la croissance en 2006 a été porté par l’agriculture ; en 2008, il résulte, au contraire, de la faiblesse du dénominateur (appelée effet base), puisqu’en 2007 la croissance a été «seulement» de 2,5%. On peut d’ailleurs observer que cet effet a aussi joué en 2006, puisque la croissance, l’année d’avant, c’est-à-dire en 2005, avait été faible (2,4%).

En examinant les séries statistiques de ces dernières années, on se rend compte que les créations fortes d’emplois sont intimement liées à la situation du secteur primaire en général, et de l’agriculture en particulier. D’ailleurs, cela ressort bien dans les enquêtes du HCP : c’est souvent au terme du premier trimestre, moment d’intenses activités agricoles, que se crée le plus grand nombre d’emplois.

A partir de là, on peut considérer que l’objectif des 250 000 emplois par an que s’est fixé le gouvernement, toutes proportions gardées, ne sera pas atteint cette année. Ce pronostic mérite cependant d’être nuancé. D’abord, les 250 000 emplois sont une moyenne annuelle.

Autrement dit, dans les années à venir, des créations encore plus importantes pourraient avoir lieu, ce qui compenserait la faiblesse relative de 2008. Ensuite, le quatrième trimestre peut parfois, du moins partiellement, s’avérer riche en créations d’emplois – agricoles, bien sûr.

Il reste à espérer une bonne année agricole 2009 pour une reprise des créations d’emplois. Et encore, les effets d’une bonne récolte ne devraient pas être ressentis avant la fin 2009, voire début 2010 !