Litige entre Autoroutes du Maroc et la société serbe Planum

Adjudicataire d’un tronçon de 11 km reliant Agadir à  Amskroud, l’entreprise
éprouve des difficultés financières qui l’empêchent de tenir ses engagements.
Après une mise en demeure d’ADM, le chantier est à  l’arrêt.
Planum avait déjà  eu le même problème sur Settat-Oum Rbiî.

Les ponts semblent définitivement coupés entre la société des Autoroutes du Maroc (ADM) et la société serbe GD Planum AD, adjudicataire d’un tronçon de 11 kilomètres (Agadir-Amskroud) de l’autoroute devant relier Marrakech à  la capitale du Souss. De sources proches de Planum, on apprend que ce chantier est pratiquement à  l’arrêt en raison de problèmes de trésorerie, alors même que le litige concernant le tronçon autoroutier Settat-Oum Rbià®, dont le marché lui avait été retiré en mai 2007 pour des raisons identiques, n’est pas encore définitivement apuré. D’ailleurs, ce différend pourrait être porté devant le tribunal administratif.

En effet, tout en annonçant ne pas vouloir communiquer le fond du dossier à  la presse, un responsable de Planum affirme que sa société n’est pas d’accord sur la manière dont le marché a été résilié. Il ajoute, histoire de montrer qu’aucune procédure judiciaire n’est entamée, que «des négociations sont en cours avec ADM pour trouver un terrain d’entente».

50% du trafic de poids lourds transite par l’axe Agadir-Casablanca
Rappelons que pour achever ce tronçon Settat-Oum Rbià®, Planum a dû être remplacée en partie par des sociétés locales. S’y ajoute le fait qu’ADM l’avait mise en régie afin de tenir les délais. C’est-à -dire que certains marchés de fournitures dont elle avait besoin étaient directement négociés par ADM avec les fournisseurs et la facture correspondante défalquée du décompte final. Beaucoup d’indices permettent de penser que le même scénario est en train de se dessiner sur Marrakech-Agadir, avec tout ce que cela coûte en perte de temps et d’argent. Certes, le tronçon Amskroud-Agadir n’est pas aussi long que Settat-Oum Rbià® (38 km), mais les difficultés des Serbes semblent tout aussi sérieuses. On en veut pour preuve la visite au Maroc de managers de Planum qui devaient rencontrer le ministre du transport et de l’équipement, Karim Ghellab.

Contacté pour donner des précisions sur cette question, Othman Fassi Fihri, DG d’ADM, s’est refusé à  tout commentaire, se contentant d’indiquer que cela relève de la «gestion d’un marché contractuel» entre ADM et la société serbe. En revanche, selon une source proche du dossier, on a tout l’air de s’acheminer vers des actions croisées en justice. Certains ont même avancé qu’ADM a déjà  adressé une lettre de mise en demeure à  Planum pour qu’elle prenne des engagements fermes sur sa capacité à  mener le chantier à  terme.

Mais la question qui vient d’emblée à  l’esprit est de savoir pourquoi une société défaillante sur un marché donné, et remplacée pratiquement au pied levé par un groupement d’entreprises, s’est retrouvée quelques mois plus tard adjudicataire d’un lot tout à  fait similaire chez le même donneur d’ordres. Selon un expert en marchés publics, la réglementation n’interdit pas à  cette société de soumissionner à  un nouveau marché même si la prudence aurait dû être de mise.

En tout état de cause, même si l’exclusion de cette société d’un nouveau marché n’est pas automatique, il existe sans doute des moyens tout à  fait légaux de prévenir plutôt que de guérir. Surtout quand il s’agit d’un projet aussi coûteux (autour de 7 milliards de DH) et structurant que cette autoroute du sud dont on attend beaucoup, notamment pour ce qui est de la réduction des accidents de la circulation, sachant que la route Marrakech-Agadir est particulièrement meurtrière. En outre, 50% du trafic global de poids lourds transite par cet axe, et la construction de cette autoroute permettra de réduire de moitié le temps de trajet entre Agadir et Tanger. Naturellement tout retard engendre des coûts économiques significatifs. Affaire à  suivre…