L’investissement en baisse deux années de suite

Malgré la hausse de la valeur ajoutée, les entreprises non financières ont baissé leurs investissements. Les ménages, eux, continuent d’investir dans l’immobilier.

L’investissement au Maroc a baissé deux années de suite, en 2013 et 2014. En proportion du PIB, il est passé de 32,6% en 2012 à 30,3% en 2013 et à 29,4% en 2014. Ce faisant, il a contribué négativement à la croissance du PIB au cours de ces deux années (-0,5 point et -0,1 point respectivement), ce qui, par la suite, a réduit la contribution globale de la demande intérieure – dont il est la deuxième composante – à la croissance économique. A contrario –ceci pouvant expliquer cela– la demande extérieure, pour la première fois depuis 2010, y a positivement contribué. Ces évolutions contradictoires semblent traduire une option prise en faveur de la demande extérieure, dictée par l’impératif de réduire les besoins de financement de l’économie. Il faut se souvenir en effet qu’en 2012 le compte épargne/investissement avait dégagé un déficit proche de 10% du PIB, et du coup le rythme imprimé aux investissements au cours des années précédentes semblait ne plus pouvoir être soutenu, tant il se payait par un surcroît d’endettement extérieur. Le gouvernement, soucieux de rétablir les équilibres macroéconomiques, passablement rompus, avait d’ailleurs pris des décisions sur la question des investissements, allant dans le sens de la modération de leur programmation et d’un plus grand suivi de leur exécution. Mais ceci ne concerne, à vrai dire, que les investissements budgétaires, c’est-à-dire, bon an mal an, quelque 15% de l’investissement global.

Or, lorsqu’on examine la série des comptes nationaux sectoriels (qui s’arrête à 2013, les données de 2014 seront publiées en 2016), récemment mis à jour par le Haut commissariat au plan (HCP), on se rend compte que l’investissement a baissé dans tous les secteurs institutionnels, sauf dans celui des ménages ; ces derniers continuant d’investir dans la pierre, comme la hausse des crédits immobiliers aux particuliers le montre bien. 

Ainsi, pour les sociétés non financières, qui réalisent quelque 55% des investissements totaux, la formation brute du capital fixe (FBCF, autre nom de l’investissement) a baissé non seulement en valeur (-0,5%), mais également en proportion de la valeur ajoutée réalisée (43,3% au lieu de 46% un an auparavant). Ces deux grandeurs ont ainsi évolué de façon divergente : alors que la valeur ajoutée a augmenté de 2,7% en 2013, la FBCF a, elle, accusé une baisse de 0,5% en valeur. Et il n’y a pas que la valeur ajoutée qui a augmenté, tous les soldes intermédiaires, si l’on peut utiliser ce concept pour les comptes nationaux sectoriels, ont été positifs et certains ont même enregistré des hausses dépassant les 10%. L’épargne des entreprises non financières par exemple, qui correspond à leur revenu brut disponible, a ainsi augmenté de 10,7% en 2013, à 109,8 milliards de DH. Cela ne les a pas incités pour autant à investir davantage que les années précédentes, bien au contraire, elles ont réduit, comme déjà indiqué, leur niveau d’investissement. Comment expliquer cela ? Visiblement, par l’importance des stocks des entreprises, ce qui renseigne assez sur les difficultés de la conjoncture. En 2013, par exemple, la variation des stocks était positive de 34,7 milliards de DH dans les entreprises non financières, ce qui représente 22,7% de leurs investissements totaux ou encore 31,6% de leur épargne. Dans pareille situation, le souci premier est d’abord d’écouler ces stocks. 

La problématique de la variation des stocks

Cette histoire de stocks, en vérité, est devenue problématique depuis quelques années, non seulement parce que cette variable fait augmenter les besoins de financement des entreprises et, au delà, de l’économie, mais aussi, et peut-être surtout, parce que le phénomène n’a pas été sérieusement étudié pour savoir si cela traduit une augmentation de la production, des capacités de stockage ou, au contraire, une chute des ventes. Bref, l’investissement a reculé et cela a pu être également constaté dans le recul des importations des biens d’équipement et de demi- produits.

S’il fallait isoler les investissements réalisés dans le secteur industriel, les plus significatifs tant ils concernent généralement des produits échangeables, donc soumis à la concurrence, on pourrait dire que ceux-ci, après une montée en cadence depuis 2004, ont commencé à ralentir à partir de 2010. En effet, le taux d’investissement (rapport de l’investissement sur la valeur ajoutée) dans le secteur industriel est passé de 31,5% en 2008 à 23,6% en 2013, selon le ministère de l’économie et des finances, qui s’est basé, pour ce calcul, sur des données du ministère de l’industrie, du commerce et de l’investissement. Mais la situation diffère d’une branche à l’autre. En effet, si le ralentissement est net dans l’industrie du textile et cuir (11,3% en 2013 contre 17,3% en 2008), dans l’agroalimentaire (14% au lieu de 20% respectivement), la chimie et parachimie (33,6% contre 43%), dans l’industrie électrique et électronique par contre on observe une stagnation (autour de 22%). Le cas des industries mécaniques et métallurgiques présente une situation différente : le taux d’investissement dans cette branche s’est tellement accéléré entre 2008 et 2011, passant respectivement de 34,3% à 65,5%, que le tassement apparu en 2012 (41,7%) et 2013 (20%) paraît normal ; en tout cas comme un effet mécanique… Sur la durée toutefois, on peut dire que le taux d’investissement dans l’industrie, de manière générale, a progressé mais pas de façon significative n S.A.