« L’intervention de l’Etat n’est pas exclue si les dégà¢ts sont confirmés »

La Vié éco : Plusieurs régions sont fortement touchées par le froid. L’Etat a-t-il un plan d’urgence spécifique ?
Mohand Laenser : Non. Ce que nous connaissons aujourd’hui est identique à une situation de sécheresse ou d’inondation. Il faut noter que les gelées ne sont pas permanentes au Maroc. Il n’y a donc pas de recours institutionnel. Dans tous les cas, les dommages n’ont pas encore été totalement recensés. Nous pourrions intervenir si la situation le nécessite, mais ce n’est pas encore le cas. Elle n’est pas encore critique pour justifier une intervention de l’Etat. S’il pleut dans les semaines à venir, la campagne peut toujours être rattrapée pour les céréales et les légumineuses. C’est pourquoi nous devons attendre l’évaluation définitive pour savoir s’il s’agit d’un phénomène passager ou de dégâts définitifs.

Les opérateurs réclament un soutien à l’export, des subventions et un assouplissement de leurs engagements bancaires. Qu’en pensez-vous ?
Il est encore trop tôt pour réclamer. Ni eux ni nous n’avons d’estimations réelles de la situation. C’est en fonction des résultats définitifs que nous allons agir. Dans tous les cas, si cette évaluation confirme les pertes, il s’agira d’une action exceptionnelle. Le gouvernement va alors étudier ce qu’il faudra faire et déterminera les enveloppes nécessaires pour un dédommagement des agriculteurs, une aide d’accompagnement pour les cultures d’automne ou une autre formule.
Concernant le crédit bancaire, le Crédit Agricole ne peut pas donner de l’argent à perte. Mais le rééchelonnement des échéances est une mesure qui peut être envisagée. Cette institution est un outil d’accompagnement, mais elle ne peut pas se substituer à l’Etat qui, lui, peut intervenir à fonds perdus.

Les conséquences d’une campagne agricole désastreuse sont aussi d’ordre social. Les risques sont grands. Comment comptez-vous intervenir ?
Si la pluie tombe nous allons pouvoir nous rattraper. Sinon, ce sera une année dure qui entraînera une perte de croissance et de millions de journées de travail. Il va falloir alors actionner la solidarité en se serrant la ceinture et en différant certaines priorités. Il va falloir aussi trouver de l’argent là où il faut. Certains investissements pourraient être retardés, la compensation peut entrer en jeu…

Mohand Laenser Ministre de l’Agriculture