L’inflation a-t-elle annulé les effets du dialogue social ?

La hausse des prix au mois de juillet a atteint 5,1% en glissement annuel, et elle est de 3,7% sur les sept premiers mois de l’année. La pression inflationniste devrait se poursuivre au troisième trimestre pour s’atténuer légèrement à  partir du mois d’octobre.

Les citoyens ne parlent que de ça : «La vie devient de plus en plus chère». Si, par le passé, on mettait cela sur le compte d’une perception due à l’effet de certains produits ou services, aujourd’hui, ils n’ont pas totalement tort : les statistiques officielles confortent leur constat. Ainsi, au mois de juillet 2008, les prix ont augmenté de 5,1% par rapport au même mois de 2007, dépassant pour la deuxième fois en trois mois le seuil de 5% de hausse en glissement annuel, après le taux de 5,4% enregistré au mois de mai dernier.

Toujours en glissement annuel, tous les produits ont été concernés par la hausse. Mais ce sont surtout les produits alimentaires qui ont flambé : +9,1%. Et parmi ceux-ci, les produits frais sont ceux dont les prix se sont particulièrement renchéris : de 3,6% en juillet 2007, les légumes ont connu une hausse de 9,1% un an plus tard, tandis que l’accroissement des prix des fruits est passé de 5,3% à 7,2% entre les deux périodes.

La forte hausse qu’ont connue les produits frais en un an est expliquée par les analystes par les baisses importantes de ces produits en juillet 2007 ; c’est donc l’effet de base (ou le dénominateur) qui serait à l’origine de cette flambée. Cela est vrai, d’une certaine manière, puisque, par rapport au mois de juin 2008, les prix des produits frais ont au contraire baissé : – 3,1 % pour les légumes et – 3,5 % pour les fruits. Mais cette baisse est largement compensée par l’augmentation des prix du transport privé : + 5,6 % entre juin et juillet 2008.

En prenant en compte les sept premiers mois de 2008, comparés à la même période de 2007, on constate que l’inflation, certes en grande partie importée, est bien là. De janvier à juillet 2008, en effet, l’indice du coût de la vie (ICV) a augmenté de 3,7%.

Là encore, ce sont les produits alimentaires qui viennent en tête des hausses avec 6,1%, suivis par les équipements ménagers (2,7%), les autres biens et services (comme la restauration et l’hôtellerie) avec 2,2%, les loisirs et culture (1,8%) et de l’habillement (1,6%). Les onze villes concernées par les enquêtes sur l’ICV sont toutes touchées par le phénomène de l’augmentation des prix ; mais Rabat (5,4%), Tanger (4,2%) et Casablanca (3,8%) occupent les trois premières places du classement.

Il faut remonter à 1995 pour trouver un niveau d’inflation sous-jacente supérieur à 5%
Il est significatif que même l’inflation sous-jacente (qui ne tient pas compte des produits à prix volatils et des tarifs publics) n’a cessé d’augmenter depuis novembre 2007 pour culminer à 5,4% au deuxième trimestre 2008, « un record jamais atteint depuis le quatrième trimestre de 1995 », selon l’Institut national d’analyse de la conjoncture (INAC) du Haut commissariat au plan.

Quid du mois d’août ? Les enquêtes à partir desquelles est établi l’ICV sont en cours d’achèvement, mais, selon l’INAC, les pressions inflationnistes devraient se maintenir au troisième trimestre de 2008. L’INAC estime le taux d’inflation pour le troisième trimestre à 4,7% en variation annuelle (contre 2,4 % et 4,6 respectivement pour le premier et le deuxième trimestre) et 4,3% pour l’inflation sous-jacente (contre 3,8% et 5,4% respectivement au premier et au deuxième trimestre).

Ce n’est qu’à partir du mois d’octobre qu’une certaine décélération des prix devrait intervenir, comme cela se produit habituellement en cette période de l’année. L’exercice 2008 devrait s’achever sur un niveau d’inflation largement supérieur à celui enregistré en 2007. On prévoit d’ores et déjà un taux de l’ordre de 4% pour 2008, contre 2% en 2007 et 3,3% en 2006.

Quel impact sur le pouvoir d’achat de la population ? Une chose est sûre : les effets du dialogue social (augmentation à partir du mois de juillet 2008 du Smig, des allocations familiales, des traitements des fonctionnaires) permettront sans aucun doute d’amortir quelque peu les effets de la hausse des prix, mais l’impression qu’en garde le citoyen se résume tout au plus à un rattrapage d’une variable par une autre.

Autrement dit, l’amélioration du pouvoir d’achat censée résulter des mesures prises lors du dialogue social se trouve, de fait, «bouffée» par la hausse des prix, ce qui remet les compteurs à zéro ! La réalité des chiffres montre cependant que, s’agissant des fonctionnaires, leurs revenus, entre 2000 et 2007, ont augmenté de 7% par an en moyenne. Dans le privé, cette hausse est de l’ordre de 4% en moyenne annuelle, soit, dans les deux cas, largement au-dessus du niveau de l’inflation. Mais, encore une fois, il ne s’agit que de moyennes…