L’industrie du jeu vidéo peine à  émerger au Maroc

Ubisoft, la seule société installée dans le pays, investit 20 à 30 MDH sur deux ans pour développer deux nouveaux jeux

Elle emploie 50 personnes hautement qualifiées pour un travail de création pure.

S’il est un business qui mérite d’être encouragé au Maroc, c’est bien l’industrie des jeux vidéo. Le chiffre d’affaires mondial de cette industrie a dépassé celui du cinéma depuis 2002 et enregistre, depuis, une croissance annuelle de 10 à 20 %. Au Maroc, les professionnels du secteur en sont conscients depuis longtemps. A commencer par le géant IBM dont les programmes de recherche et développement, qui se chiffrent à des milliards de dollars par an, sont financés par l’industrie du jeu vidéo. C’est du moins ce qu’expliquait, il y a quelque temps à la presse, Abdallah Rachidi Alaoui, Dg d’IBM Maroc.

Ainsi, des brevets de l’entreprise sont rentabilisés grâce à une consommation de masse. Depuis son lancement en mai 2002 et jusqu’à mars 2006, la Game Cube, console de jeux de Nintendo, a été vendue à 21 millions d’exemplaires. Il est facile d’imaginer, dans ces conditions, à quel point le retour sur investissement peut être rapide.
L’équipe marocaine d’Ubisoft produit ses jeux de A à Z

Mais dans tout cela, le Maroc a-t-il pu accaparer une part du gâteau, surtout quand on connaît les ambitions du plan «Emergence» ?
Aujourd’hui, parmi les grands du secteur du jeu vidéo, seul Ubisoft a, pour le moment, fait un pari sur le Maroc où il développe des jeux depuis 1998. Cette installation a été encouragée par une étude interne qui révélait qu’outre la proximité, Casablanca disposait des infrastructures de télécommunication et d’ingénieurs de bon niveau. Le fait que ces derniers soient francophones est un autre avantage, explique Alexis Godard, directeur de l’antenne marocaine.

Dans ses bureaux casablancais, Ubisoft emploie entre 50 et 60 personnes dont 20 informaticiens, une quinzaine de graphistes animateurs et 6 à 7 «game designers» qui imaginent les jeux. Ce métier de concepteur a une dimension aussi bien artistique, créative que technique. Pour cette raison, le game designer doit d’abord être un joueur pour mieux s’imprégner de l’attente des utilisateurs.
A côté de la conception, il est possible de faire également du portage, c’est-à-dire adapter une version de jeux d’une console à une autre. Cette activité est cependant plus rébarbative et contient peu de valeur ajoutée. «D’où son abandon par Ubisoft Maroc depuis longtemps», explique le directeur.

Les ressources humaines sont encore rares
Actuellement, deux jeux, le dernier opus de Star Wars et Rayman, sont en cours de finition au Maroc. Le premier a été développé par une équipe canadienne pour la PSP, la console portative de Sony. L’équipe marocaine, elle, a récupéré les modélisations des personnages qu’il a fallu adapter aux restrictions de la Nintendo DS, la console portative de Nintendo, avec ses spécificités que sont le deuxième écran tactile (sensible au contact physique), pour lequel il a fallu développer des phases de jeu propres. En ce qui concerne le jeu Rayman, il s’agit d’une pure création marocaine, depuis l’histoire, le graphisme jusqu’à la programmation dans tous ses aspects. Ce qui est un risque en soi, eu égard à l’investissement engagé : 20 à 30 MDH sur deux ans.

Pourtant, même si le Maroc peut être une terre d’accueil pour les développeurs de jeux vidéo, les besoins en ressources humaines et en compétences ne suivent pas toujours. «Nous sommes confrontés, comme bien d’autres secteurs, au problème de la fuite des cerveaux», explique M. Godard. Mais cela est d’autant plus grave pour les jeux vidéo que l’investissement dans la formation est assez lourd, en temps et en argent. Et pour cause, s’il est aisé de trouver des informaticiens de niveau international au Maroc, il y a très peu de graphistes de bon niveau et presque pas de game designers.

Le scénario idéal serait qu’une réelle industrie du jeu s’installe au Maroc. Cet appel d’air en termes d’emplois susciterait des vocations, et des formations s’installeraient dans le pays. «Ce cercle vertueux est possible», remarque M. Godard, qui invite d’autres éditeurs de logiciels à venir s’installer au Maroc et milite pour des mesures plus fermes contre le piratage afin que le marché local puisse aussi se développer. A son avis, l’essor des jeux vidéo s’inscrit dans un Maroc en devenir, sachant que l’activité s’apparente à de la recherche développement que le pays tente tant bien que mal de développer. Peut-être le programme «Emergence», dans sa composante offshoring, devrait-il également s’intéresser de près à cette niche.