L’industrie de la brique concurrencée par les produits en béton

Une étude récente sur le secteur dévoile ses faiblesses

Le pays compte 86 briqueteries dont 28 seulement sont
réellement industrielles

La majorité des unités sont concentrées
dans le centre et le nord.

Avec le dynamisme que connaà®t actuellement le bâtiment, grâce notamment aux grands chantiers du logement social, les secteurs en amont sont aussi sur une bonne tendance. C’est le cas de l’industrie de la brique. Néanmoins, la briqueterie ne pourrait pleinement tirer profit de cet essor que sous certaines conditions. C’est du moins ce qui a été mis en évidence par une étude réalisée par un cabinet d’études indépendant pour le compte du ministère de l’industrie et du commerce et l’Agence nationale pour la promotion de la PME (ANPME) et financée par des fonds de l’Union Européenne, dans le cadre du Programme Meda. L’étude qui vient d’être achevée mais n’a pas encore été rendue publique apporte des éclairages intéressants sur le secteur de la briqueterie au Maroc.

Premier constat : le potentiel de développement de cette industrie est très important en raison de la forte demande de logements, de la cadence de réalisation des stations balnéaires dans le cadre du Plan Azur et des programmes hôteliers dans différentes régions. Cependant, comme en témoigne la localisation des unités de production, les briques ne sont pas utilisées partout dans le pays et restent concentrées dans les régions du centre et du nord. Dans la majorité des cas, il s’agit de petites unités artisanales dont le rayon d’action ne dépasse guère les 200 kilomètres.
L’étude révèle en effet que, sur les 86 briqueteries recensées en 2003, 28 seulement peuvent être considérées comme de vraies unités industrielles, c’est-à -dire disposant de plusieurs fours et utilisant des procédés de séchage automatisés. Leur capacité de production annuelle est estimée entre 50 000 et 100 000 t. 46 unités sont considérées comme semi-industrielles, utilisant certes des fours, dits «Hoffmann», mais dont les briques sont séchées à  l’air libre ou en chambres. La douzaine d’unités qui reste est constituée de briqueteries artisanales équipées de fours de petite dimension et produisant moins de 10 000 t par an.

Une production moyenne de 5 millions de tonnes/an
Ainsi, la production totale du pays qui s’élevait à  3 millions de tonnes en 2003, devrait atteindre, en 2006, près de 5 millions de tonnes grâce à  la mise en route d’une douzaine de nouveaux fours et de tunnels qui viendront remplacer les anciens. Sachant que les circuits de distribution ne sont pas optimaux, il est à  craindre, estiment les auteurs de l’étude, un phénomène de surproduction régionale si les anciens fours ne sont pas fermés. Ceci se traduirait par une baisse des prix dommageable pour toute la branche. D’ailleurs, la région de Nador, souligne l’étude, est déjà  dans ce cas.

Par ailleurs, dans cette filière, plusieurs facteurs font que la production est à  un niveau inférieur à  la capacité réelle des unités. Des facteurs techniques, d’abord (pannes et problèmes de maintenance). Mais il y a aussi le facteur commercial, lié à  la nature cyclique de l’activité du bâtiment en raison des intempéries et de la baisse de la demande à  certaines périodes, sans oublier les longues périodes d’arrêt à  l’occasion des fêtes religieuses (2 semaines pour l’Aid Sghir et 3 semaines pour l’Aid El Kébir). Ces éléments, conjugués à  des phénomènes comme la sous-facturation, qui touche dans certaines régions la moitié de la production, et le taux de casse, font que le CA déclaré de la filière ne refléte pas la réalité. Celui-ci s’est élevé en 2003 à  713 MDH, dont 36% sont réalisés par 5 entreprises qui totalisent, à  elles seules, 28 % des investissements réalisés et emploient 15% de l’effectif total de la filière.

Un circuit de distribution mal organisé
Autres handicap du secteur, une distribution qui ne suit pas des circuits clairs et bien établis. Elle est généralement assurée par des transporteurs indépendants qui sont aussi des commerçants sans dépôts, des distributeurs disposant de dépôts mais pas de moyens de transport, de particuliers et des entreprises de construction. Dans certaines régions, ces dernières constituent les premiers clients des briqueteries.

Comment y remédier ? Selon l’étude, l’avenir de cette industrie dépend de sa capacité à  se mettre à  niveau et surtout à  maà®triser les facteurs de production. L’analyse cite avec insistance l’évolution exorbitante du coût de l’énergie : les unités fonctionnent généralement avec du fuel qui entre dans la structure du prix de revient à  hauteur de 39 %, premier poste de dépense, loin devant les coûts de main-d’Å“uvre (15 %). Mais la menace vient aussi, et surtout, des produits concurrents, en l’occurrence les produits en béton commercialisés par les multinationales du ciment. De surcroà®t, un produit en béton tel le parpaing présente beaucoup d’avantages par rapport à  la brique fabriquée en terre cuite. En effet, outre qu’il profite du soutien technique des cimentiers, il utilise aussi moins d’énergie, et son prix de vente est inférieur à  celui de la brique.

Mais, apparemment, rien n’est perdu. Les auteurs de l’étude en arrivent à  la conclusion que, à  l’instar de ce qui s’est passé en Europe, la brique a encore de beaux jours devant elle, à  condition toutefois que le secteur soit très rapidement restructuré et modernisé.

localisation
Le Nord champion de la brique

La production de briques est concentrée au centre et au nord du pays. Ainsi, les plus grandes unités se trouvent dans les villes de Sidi Kacem, Berrechid, Salé, Oujda et Nador.
A Nador, par exemple, on trouve 20 unités au total tandis que Tétouan et Tanger en comptent respectivement 18 et 10. Ces trois villes comptent à  elles seules plus de la moitié de l’ensemble des unités opérationnelles.
Le plus gros CA est réalisé à  Tanger o๠la brique génère des recettes de 120 MDH contre 40 MDH à  Oujda. En revanche, le CA moyen d’une briqueterie à  Casablanca, Kénitra ou Larache est souvent inférieur à  40 MDH.