L’industrie consomme de plus en plus de capital que de main-d’œuvre

Les investissements dans les industries de transformation ont augmenté de 13,2% en moyenne annuelle depuis 2006. Les emplois manufacturiers ont progressé à raison de 2,6% par an en moyenne. Le taux d’intégration dans le tissu industriel marocain est en moyenne de 65% en 2014.

C’est une enquête très riche en informations, offrant une vue à la fois panoramique et détaillée du secteur des industries de transformation. Cette enquête, dite de structure, le HCP l’a réalisée en 2015 dans le cadre d’un ensemble d’enquêtes portant sur divers secteurs (énergie, mines, pêche, BTP, commerce, services) en vue de renouveler l’année de base de la comptabilité nationale, qui passera de 2007 à 2014.

Cette première livraison, qui porte donc sur les industries de transformation, confirme, de prime abord, ce que l’on en sait de façon plus ou moins sommaire : la structure de ce secteur a subi des modifications au cours des dix dernières années, laissant apparaître l’émergence d’un tissu industriel à forte intensité capitalistique au détriment des industries à forte intensité de main-d’œuvre. En langage chiffré, l’enquête du HCP montre, d’une part, que les investissements dans les industries de transformation ont augmenté de 13,2% en moyenne annuelle depuis 2006, et, d’autre part, que les emplois manufacturiers ont progressé à raison de 2,6% par an en moyenne. Il en résulte que l’emploi dans les industries de transformation à la date de l’enquête, tout en représentant un peu plus de la moitié de l’emploi industriel total (y compris l’informel) ne dépasse pas 6% de la population active occupée à l’échelle nationale, soit 625000 personnes. De façon presque mécanique, ceci a généré une hausse de la productivité du secteur manufacturier de 2% en moyenne annuelle.

Le salaire moyen dans l’industrie manufacturière est de 4 670 DH

Malgré ces mutations, encore lentes il est vrai, la valeur ajoutée du secteur, qui a pourtant crû à un rythme annuel moyen de 5% sur la période considérée, a vu sa part dans la valeur ajoutée nationale baisser de 1 point pour se situer à 11,3% en 2014 au lieu de 12,3% en 2006, note le HCP. Que faut-il penser de cette contribution, plutôt insuffisante, des industries de transformation à la création de richesse et d’emplois, tout à la fois ?

L’explication réside-t-elle, au moins en partie, dans le fait que les branches désormais les plus dynamiques de ce secteur (l’industrie automobile, les industries électriques et électroniques, chimiques et parachimiques) ont des niveaux d’intégration encore faibles et que, par conséquent, une partie de la valeur créée est aspirée par les fournisseurs étrangers ? Selon l’enquête du HCP, le taux d’intégration dans le tissu industriel marocain est en moyenne de 65% en 2014. Décomposé par branche, ce taux d’intégration global révèle néanmoins de fortes disparités : 33% dans l’industrie automobile, 37% dans la fabrication d’équipements électriques, 69% dans le textile et cuir, 86% dans l’agroalimentaire. Rappelons encore une fois que ces chiffres datent de 2014. Le taux d’intégration dans l’industrie automobile, par exemple, est actuellement de 50%, selon le ministère de l’industrie et du commerce.

Mais les disparités ne concernent pas que le taux d’intégration. Le HCP a observé dans son enquête que d’une branche à une autre les performances varient fortement. Ainsi, relève-t-il, la branche de la chimie et parachimie, grâce à des performances réalisées dans quasiment tous les domaines considérés, se positionne nettement à la première place. Représentant environ 30% de la population des entreprises manufacturières, la chimie et parachimie contribue pour quelque 40% aussi bien au chiffre d’affaires, à la production, la valeur ajoutée qu’aux exportations du secteur des industries manufacturières. Et ce n’est pas fini : selon le HCP, cette branche a consenti le plus d’investissement (76% du total du secteur manufacturier) et réalisé la plus forte croissance de l’emploi (12,4% par an en moyenne depuis 2006) et de la productivité industrielle. L’enquête précise sur ce point que chaque salarié a généré une production annuelle moyenne 2,2 fois supérieure à la moyenne du secteur, soit respectivement 335 000 DH contre 150 000 DH.

La rentabilité économique est la plus élevée dans la branche chimie-parachimie

Compte tenu de l’importance des investissements consentis et donc du niveau élevé de l’intensité capitalistique qui caractérise cette branche, la part de la valeur ajoutée qui rémunère le capital est infiniment plus élevée (65%) que la moyenne du secteur manufacturier (47%). La rentabilité économique également, nous dit le HCP, est bien meilleure dans cette branche de la chimie parachimie (14%) que dans les autres branches (en moyenne inférieure à 10%). Il n’empêche que, selon l’enquête, les salaires annuels moyens les plus élevés ont été observés dans l’industrie chimique et parachimique : 90 000 DH, soit 7 500 DH par mois. Par comparaison, les industries du textile et du cuir, où il y a une forte population de main-d’œuvre, ont servi des salaires annuels moyens de 33 500 DH, soit 2 800 DH par mois. Dans l’ensemble du secteur, le salaire annuel moyen ne dépasse pas 56 000 DH, soit environ 4 670 DH par mois. Précisons que ces niveaux de salaires, dans la chimie et parachimie, le textile et cuir, aussi bien que dans l’ensemble du secteur manufacturier concernent les salariés permanents, travaillant à plein temps pendant toute l’année. Ce qui montre bien que les rémunérations servies dans l’industrie manufacturière sont, en moyenne, relativement faibles.

La deuxième branche la plus importante du secteur manufacturier, révèle l’enquête du HCP, se sont les industries agroalimentaires. Avec une population représentant 25% de l’ensemble des entreprises du secteur, elles ont généré plus d’un quart du chiffre d’affaires, de la production et de la valeur ajoutée des industries manufacturières. L’emploi y a augmenté de 8,3% par an en moyenne depuis 2006 pour s’établir à 137 000 emplois permanents, soit plus d’un cinquième (22%) de l’emploi total du secteur manufacturier. Leur part dans l’investissement et les exportations du secteur ont été respectivement de 14% et 15%.

A la troisième place, on retrouve les industries métalliques et mécaniques. Elles emploient quelque 136000 salariés permanents et amélioré sa participation à la production totale du secteur en la portant de 13% en 2006 à 20% en 2014. Environ 25% de son chiffre d’affaires a été généré par les exportations.

Dans cette évolution de la structure du secteur manufacturier, la branche du textile et cuir, naguère la plus prospère, voit sa part dans la production manufacturière quasiment divisée par deux : 7% contre 13% en 2006. Idem pour l’emploi : sa part dans l’emploi total, permanent et non permanent, a baissé de 46% en 2006 à 28% en 2014.

Contrairement à une idée reçue, l’essentiel des résultats du secteur manufacturier (emploi, chiffre d’affaires, exportation, investissement) a été réalisé par les grandes entreprises, alors même que celles-ci ne représentent que 11% du nombre total des entreprises manufacturières, nous dit l’enquête du HCP. Celle-ci, on le voit, éclaire d’un jour nouveau la problématique du secteur industriel, dans sa composante manufacturière tout au moins, et ceci est évidemment important pour un pays qui fait de l’émergence industrielle un objectif stratégique.

y Les industries de transformation ont réalisé un chiffre d’affaires de 434 milliards de DH en 2014 (+5,6% par an en moyenne depuis 2006). y Environ un quart de ce chiffre d’affaires (112 milliards de DH) provient des exportations, soit une amélioration de 6,4% par rapport à 2006. y La production des ces industries est chiffrée à 409 milliards de DH, en hausse de 5,9% par an en moyenne. Elle représente 26,5% de la production nationale. y Ces entreprises ont investi 38,5 milliards de DH en 2014, en augmentation de 13,2% par an en moyenne depuis 2006. y Les entreprises à participation étrangère opérant dans le secteur manufacturier étaient au nombre de 800 (sur un total de 9 248), ont réalisé un chiffre d’affaires de 162 milliards de DH (soit 37% du chiffre d’affaires du secteur), employé 190 500 personnes (30% de l’effectif total), investi 10 milliards de DH (10% de l’investissement total du secteur). Plus d’un cinquième (22%) des entreprises à participation étrangère opère dans les branches électriques et électroniques. y Les dépenses relatives aux études, recherches et documentations dans le secteur manufacturier ont atteint 238 millions de DH, elles ont été principalement le fait des industries métalliques et mécaniques.