L’industrie aéronautique entame la deuxième phase de son développement

Les implantations de grands industriels, locomotives pour le tissu des PME, se multiplient. L’impact sur les chiffres sera visible une fois que tous les investisseurs nouvellement installés commenceront effectivement leur activité. L’intégration locale s’améliore significativement.

une dizaine de mètres du site de Bombardier, situé dans la zone franche Midparc, le géant des matériaux composites Hexcel vient de poser la première pierre de son usine de 11 000 m2 qui nécessitera un investissement de 200 MDH et qui devra être opérationnelle en 2017. Avec cette implantation, très importante, puisqu’elle concerne des technologies de pointe, la plateforme marocaine confirme encore une fois son potentiel d’attraction. Cette dernière est de plus en plus visible sur la carte mondiale de l’aéronautique. Avant Hexcel, les plus grands noms l’ont choisie pour s’y installer: Bombardier, Airbus à travers Stelia, Safran ou encore Thales, Daher, Matis Aerospace, STTS, Eaton, Latéocère, UTC Aerospace systems et d’autres.  La tenue de l’International Marrakech

AirShow du 27 au 30 avril à Marrakech, véritable plateforme d’opportunités d’affaires qui doit connaître la participation de plus de 150 exposants, 30000 visiteurs et 50 délégations, est une occasion pour conforter ce positionnement, mettre en relief les acquis de la destination et attirer de nouvelles signatures.

Aujourd’hui, le secteur compte exactement 100 opérateurs, selon Hamid Benbrahim El-Andaloussi, président du Groupement des industries aéronautiques et spatiales (Gimas) qui s’exprimait lors de la cérémonie de pose de la première pierre de l’usine Hexcel. De plus, une dizaine d’opérateurs déjà présents prévoient des extensions de leurs unités à partir de juin 2016. Les investissements dépassent 3,5 milliards de DH, selon les derniers chiffres. Au fil des implantations, une large palette de métiers s’est développée, notamment l’assemblage d’éléments de structure, le câblage-connectique, la chaudronnerie aéronautique, l’électricité et électronique, la maintenance d’avions et moteurs, les matériaux composites, ou encore la mécanique de précision et le moulage aéronautique. Ce qui rend plus attractive la plateforme Maorc pour de nouveaux investisseurs qui trouveront clients et fournisseurs dans leur environnement immédiat.

D’après les données du Gimas, les exportations du secteur tournent autour de 8,5 milliards de DH. Bien qu’elles fluctuent en raison de facteurs conjoncturels, selon les professionnels, l’analyse est plus pertinente si elle se fait sur le long terme. Le Gimas insiste sur le fait que les variations saisonnières sont peu importantes. En dix ans, le secteur est, en effet, arrivé à multiplier par quatre le volume de ses expéditions, avec un taux de croissance moyen de 17% par an sur les cinq dernières années.

Doubler les exportations et le nombre d’opérateurs et tripler les emplois

Il faut dire que la montée en cadence est déjà amorcée mais se traduira encore plus sur les chiffres une fois que tous les investisseurs nouvellement installés commenceront effectivement leur activité. Plusieurs de ces grands noms de l’industrie aéronautique sont identifiés comme des locomotives de ce nouveau palier de développement que franchit actuellement le secteur. «Les Français ont soutenu le démarrage de l’industrie aéronautique au Maroc. Aujourd’hui ce sont les Américains qui sont le catalyseur de la deuxième phase de croissance», relève M. Benbrahim El Andaloussi. Il ajoute que ceci va de pair avec la vision du Plan d’accélération industrielle. Ce dernier a introduit le concept d’écosystèmes qui consiste à regrouper des industriels pour inciter le transfert de technologies, la sous-traitance et la signature de contrats de fournitures. Autour de grands donneurs d’ordre locomotives se place un réseau de fournisseurs de premier rang. Ces derniers sont à leur tour entourés par des acteurs plus petits de second rang qui les fournissent, et ainsi de suite. Pour mettre en pratique cette vision, l’industrie aéronautique a constitué, en juillet 2015, 4 écosystèmes dans les filières de l’assemblage, du système électrique-câblage et harnais (EWIS), de l’entretien-réparation & révision (MRO) et de l’ingénierie. Depuis, la dynamique est bien enclenchée. D’après les opérateurs, la filière se structure. Les investisseurs, appréciant les conditions, affluent. Et le tissu de PME, trouvant des clients, vient s’y rapprocher. Mieux encore, l’intégration locale s’améliore remarquablement. A ce titre, le Gimas souligne que l’intégration des filières, notamment pour des activités très pointues et très complexes, avance à grands pas. Par exemple, la fabrication des inverseurs de poussée est intégrée localement à hauteur de 17%. Ce taux devra doubler, à l’image de plusieurs autres filières, d’ici 2020.

A cet horizon, les industriels voient grand pour la deuxième étape de développement. Vu la dynamique et des projets dans le pipe, ils tablent sur la création de 23000 nouveaux emplois, soit le triple de l’effectif actuel, le doublement du chiffre d’affaires à l’export, à 16 milliards de DH, un taux d’intégration local de 35% et l’attraction de plus de 100 nouveaux investisseurs. Un accent particulier est mis sur la formation, parce qu’elle est, comme le pense le président du Gimas, la clé de voûte de tout l’écosystème.

Stelia (filiale d’Airbus Group) a annoncé l’état d’avancement du chantier de ses unités industrielles. Il s’agit de l’extension de son usine initiale ainsi que la progression des travaux de la nouvelle usine au sein de la zone Midparc, dont l’achèvement est prévu en juillet 2016. Pour son développement, Stelia dispose d’un programme d’investissement de 40 millions d’euros sur 4 ans, ce qui lui permettra de maintenir l’influence qu’elle a vis-à-vis de son écosystème, en pérennisant le rapport avec ses sous-traitants. Au gré de ce développement, entre 400 et 500 emplois seront créés. D’ailleurs 187 personnes sont déjà recrutés pour la deuxième usine. A préciser que Stélia représente une base compétitive ouverte aux marchés hors Airbus. Ce succès, elle le doit, entre autres, au soutien de l’Etat, aux instituts de formation dédiés à l’aéronautique à l’instar de l’IMA, au parcs industriels intégrés et au bon réseau de sous-traitants.