L’industrie a tiré l’investissement vers le bas

L’investissement a baissé presque la moitié du temps entre 2007 et 2015. La FBCF en produits de l’industrie tombe de 39,6% à 32,8% de l’investissement total entre les deux dates. Plus de la moitié de l’investissement est réalisée dans le bâtiment et les travaux publics.

L’investissement est une variable fondamentale dans le développement économique d’un pays, cela est bien connu. Au Maroc, la formation brute du capital fixe (FBCF, l’agrégat qui mesure l’investissement) se situe à un niveau plutôt correct en proportion du PIB, comparativement à de nombreux pays. Mais cette part de la FBCF dans la richesse nationale est non seulement sur une tendance baissière, mais en plus, en valeur absolue, les dépenses d’investissement se sont repliées pratiquement la moitié du temps au cours des neuf dernières années (2007-2015) : en 2009, 2010, 2013 et 2014.

La question est maintenant de savoir quelles étaient les composantes de la FBCF qui ont baissé. Pour y répondre, il n’y a pas d’autres moyens de faire que de scruter la comptabilité nationale. Celle-ci fournit des données, certes insuffisamment désagrégées pour pouvoir «zoomer» plus finement sur les activités où l’investissement a reculé, mais elles restent tout de même intéressantes.

La FBCF en termes réels a chuté de 9,4% en 2009 et 6,9% en 2014

Selon les comptes nationaux publiés par le HCP, en effet, l’investissement en 2015 représentait 28,7% du PIB, contre 29,7% en 2014, 30,8% en 2013 au lieu de 32,2% en 2007 et 34,4% en 2008. Mais ce que l’on ne savait pas, sauf peut-être de façon un peu intuitive, c’est que la composante BTP de l’investissement, elle, n’a pas varié à la baisse pendant toute cette période. Et c’est la seule. Toutes les autres ont connu des replis. Mais incontestablement, c’est l’investissement en produits industriels qui a enregistré les reculs les plus répétés et les plus significatifs sur la période considérée. Songez par exemple que le niveau de la FBCF en produits industriels en 2015 est inférieur à celui de 2007, 2008, 2009, 2012 ou encore 2013.

En 2015, le Maroc a investi en produits industriels 92,3 milliards de DH au lieu de 108,6 milliards en 2008 et même 131,2 milliards de DH en 2012. On peut bien sûr se demander si la baisse des prix des biens d’équipement à l’international n’a pas joué, mais seulement à la marge, sur la chute du niveau de l’investissement dans l’industrie. Le Maroc ne disposant pas d’un indice des prix de la FBCF, l’évolution de cette variable en termes réels permet malgré tout de suppléer cette carence. Les données du HCP montrent en effet que la FBCF en termes réels a chuté de 9,4% en 2009, 9% en 2010, 4,8% en 2013 et 6,9% en 2014.

L’investissement en produits de services a baissé une seule fois pendant la période considérée. C’était en 2012 : -4,9%. L’agriculture, forêt et services annexes, également une fois, en 2010 : -0,5%. Ceci permet de conclure que la baisse de l’investissement durant les années évoquées provient principalement de la chute de la FBCF industrielle.

L’importance de ce recul est en lien bien sûr avec les niveaux élevés des baisses, mais aussi avec le poids de la FBCF industrielle elle-même. En 2015, celle-ci représentait un tiers (32,8%) de la FBCF totale, contre 39,6% en 2007. C’est la deuxième composante de l’investissement après le BTP. Ce dernier pèse 51,3% de la BFCF globale en 2015 contre 47,1% en 2007. Autrement dit, plus de la moitié de l’investissement au Maroc est réalisée dans le bâtiment et les travaux publics. Une petite précision, cependant : le propos ne concerne pas ici l’investissement par secteur ou par branche, mais l’investissement par produit. Un exemple: un tracteur acheté par un agriculture n’est pas, ici, considéré comme un investissement dans l’agriculture mais un investissement en produit industriel.

C’est l’investissement qui permet d’améliorer le stock de capital

Cette précision faite, notons que, comme au Maroc, l’investissement en produits du BTP en France occupe la première place dans la FBCF totale. Mais la similitude s’arrête là. Car l’évolution, elle, est divergente entre les deux pays. Si au Maroc l’investissement en produits du BTP augmente, assez logiquement d’ailleurs puisque le pays se construit, en France, par contre, il recule tout en conservant la première place avec une part de 44% de la FBCF totale en 2015 au lieu de 50% en 2009. Là aussi, l’évolution est normale : la France, à l’instar de nombreux pays occidentaux, est un vieux pays qui a déjà réalisé l’essentiel de ses investissements, en particulier dans le BTP. Ce à quoi il faut ajouter un niveau de PIB tellement élevé que les dépenses d’investissement, même conséquentes en valeur absolue (470 milliards d’euros en France en 2015), ne pèsent pas trop fortement. En France, la FBCF en 2015 c’est 21,5% du PIB. Ce ratio est de 20% dans l’Union européenne, autant en Amérique du Nord et 21% dans les pays de l’OCDE. A l’échelle du monde, la FBCF représente 24% du PIB mondial, selon la Banque éponyme.

Tout cela pour signifier qu’au Maroc, même si, à un moment donné, le niveau de l’investissement pouvait paraître assez élevé (à hauteur d’un peu plus du tiers du PIB) au regard des financements que cela requiert, sa décroissance n’est pas bon signe. Pour un pays jeune et qui aspire à rejoindre le club des pays émergents, c’est l’investissement qui permet d’améliorer le stock de capital. Or, celui-ci se situe à un niveau encore relativement faible, selon la récente étude du HCP sur les investissements. Le HCP considère en effet que l’investissement devrait progresser jusqu’à ce qu’il atteigne 4 à 5 fois le PIB, car c’est seulement à partir de là que son rendement commence à s’inscrire dans un sentier d’amélioration.