L’indexation des prix des carburants n’a pas généré d’inflation

Pourquoi se focalise-t-on tant sur les prix des carburants et presque jamais sur le coût de l’enseignement ? Serait-ce plus bénéfique pour la société de subventionner les automobilistes que l’éducation, le savoir ?

Que n’a-t-on dit et écrit sur l’impact qu’aurait la mise en place, le 16 septembre dernier, du système d’indexation (partielle) des prix des carburants sur le pouvoir d’achat des ménages, sur l’investissement et, au final, sur la croissance ! Qu’en est-il plus de 100 jours après l’instauration du dispositif ? D’aucuns pourront rétorquer que 4 mois, c’est insuffisant comme délai pour en faire le point.

D’abord, il arrive fréquemment, et même presque toujours, de dresser des bilans après 100 jours d’accession au pouvoir de telle ou telle majorité, ou de prise de fonction de tel ou tel responsable. Ensuite, en la matière précisément, si impact il devait y avoir, c’est surtout dans les premiers mois qu’apparaissent ses manifestations les plus importantes, en particulier lorsque, comme ce fut le cas, l’indexation se traduit par un réajustement des prix à la hausse ; l’effet se dissipant avec le temps et se «normalisant» en quelque sorte comme cela se passe pour les produits et les services dont les prix sont libres.

Exemple : les huiles de table ne sont plus subventionnées depuis bien longtemps déjà, et leur prix varie en fonction des cours des matières premières (soja, tournesol…) sur le marché international. Ceux qui ont l’habitude de faire eux-mêmes leurs courses ont sans doute remarqué que pratiquement tous les mois les prix changent : tantôt ils baissent, tantôt ils montent… Qui s’en plaint ? Pour les carburants, tout semble indiquer que l’on s’achemine vers ce schéma : celui où les prix seront fonction des cours à l’international, sauf pour le gasoil (et surtout le butane), dont le gouvernement semble vouloir maintenir un certain niveau de subvention.

A observer les statistiques que publie chaque mois le Haut commissariat au plan (HCP) sur l’évolution des prix, la mise en place de l’indexation voici quatre mois ne s’est pas traduite par une augmentation de l’inflation, bien au contraire : 1% au mois d’octobre par rapport à septembre, mais -0,6% au mois de novembre par rapport au mois précédent et -0,1% au mois de décembre. Autrement dit, depuis septembre, les prix à la consommation, en glissement mensuel, étaient en stagnation. Par rapport à 2012, ils ont augmenté d’un peu plus de 1%, sur cette période de 4 mois, soit un niveau conforme à la tendance observée depuis des années.

Baisse des cours du brut à l’international, mais encore…

Bien entendu, c’est l’apaisement des tensions sur les cours internationaux des produits énergétiques qui est à l’origine de la stagnation des prix intérieurs ; mais ceci n’enlève rien à la pertinence du système d’indexation, bien au contraire. C’est la preuve que, en profitant d’une fenêtre d’opportunité qu’est le reflux des cours du brut, l’Etat peut s’éviter, par cette indexation, un lourd déficit budgétaire, dû pour l’essentiel aux dépenses de compensation, sans que cela impacte vraiment le niveau des prix des produits concernés. Certains disent : et si les cours venaient à flamber ? Dans ce cas, le consommateur serait amené à payer un peu plus, mais au-delà d’un certain niveau, c’est l’assurance contractée par le gouvernement qui prendra le relais. Mais les prix peuvent aussi baisser. Et c’est déjà arrivé en octobre dernier. L’un dans l’autre, une égalisation s’opère qui fera que, dans la durée, la chose se «normalisera».

Maintenant, il faut se résoudre à poser cette question: pourquoi se focalise-t-on tant sur les prix des carburants et presque jamais sur le coût de l’enseignement (voir encadré) ? Serait-ce plus bénéfique pour la société de subventionner les automobilistes que l’éducation, le savoir ? Qui s’émeut du fait que l’inflation, en matière d’enseignement, augmente à un rythme annuel proche de 5%,  et ce, depuis des années (5,5% en 2013) ? L’école publique est gratuite, dites-vous ? Certes. On peut même ajouter que l’Etat y consacre son plus gros budget.

Mais dans quel état se trouve l’enseignement public (surtout primaire et secondaire) ? Et quelles catégories sociales y envoient leur progéniture ? La déliquescence de l’enseignement public n’a-t-elle pas aussi quelque chose à voir avec le développement de l’école privée, sachant que ce sont souvent les enseignants du public qui font des vacations dans le privé, et sachant aussi que par mimétisme ou par la pression sociale, les familles choisissent l’école privée, quitte à s’endetter jusqu’au cou ? Et puis, l’argument de l’école publique gratuite, n’est-ce pas exactement le même que celui qui consisterait à dire ceci : «Si le carburant est cher, vous n’avez qu’à emprunter les transports en commun»…