L’impact de la crise mondiale sur le Maroc vu par le FMI

Le Maroc, relativement épargné, devrait toutefois enregistrer un impact sur son taux de croissance.
Les banques locales et la Bourse de Casablanca sont à  l’abri des tensions actuelles.
Les pays émergents devraient puiser dans leurs réserves pour pallier la diminution des IDE.

Comme presque tous les pays, le Maroc n’est pas à l’abri des ondes de choc de la crise financière internationale.
Même s’il peut résister aux conséquences de celle-ci grâce aux réformes entreprises, il pourra pâtir du ralentissement de l’activité économique mondiale qui se fera sentir notamment sur la demande adressée au Maroc, les transferts des MRE et les investissements étrangers, explique Amor Tahari, directeur adjoint du département Moyen-Orient Afrique du Nord (Mena) au FMI. En revanche, il souligne que le ralentissement mondial aura pour effet bénéfique une réduction des tensions inflationnistes. M. Tahari donne son point de vue sur les ajustements à faire au niveau international pour remédier au problème actuel.

La Vie éco : La crise financière?internationale touche presque tous les pays. Quel est son impact sur le Maroc ?
Amor Tahari : Le Maroc est aujourd’hui dans une position relativement favorable pour faire face à la crise actuelle. En effet, l’important effort entrepris ces dernières années en matière de réforme a sensiblement renforcé la capacité de l’économie marocaine à résister aux chocs.
L’endettement extérieur public du Maroc est limité (10% du PIB environ, dû en grande majorité à des créanciers officiels).
En outre, la part des actifs étrangers dans l’actif total des banques est faible (environ 4%), de même que leurs engagements sur l’étranger, ce qui limite le risque d’une contagion purement financière.
Le Maroc n’est cependant pas à l’abri d’effets de ricochet liés au fort ralentissement de l’activité économique mondiale, et notamment en Europe. En d’autres termes, l’impact de la crise actuelle sur le Maroc passerait essentiellement par des canaux tels que le ralentissement de la demande extérieure (NDLR : exportations marocaines) adressée au Maroc ; celui des recettes du tourisme ou des transferts des Marocains résidents à l’étranger et une réduction des investissements étrangers. L’ampleur et le timing de ces répercussions dépendent de l’évolution des économies mondiales, et notamment européennes. La crise pourrait également avoir des effets positifs, notamment si les prix des produits importés tels que l’énergie diminuent. Il faut enfin souligner l’importance de l’intégration régionale dans les pays du Maghreb pour mieux faire face à ce genre de choc.
 
Cet impact sera-t-il uniquement économique ou également bancaire et boursier ?
Le principal impact de la crise sur l’économie marocaine pourrait être un ralentissement de la croissance par le biais des canaux de transmission énumérés ci-dessus. En revanche, un ralentissement de l’économie mondiale pourrait également avoir pour effet bénéfique une réduction des tensions inflationnistes.
Nous ne prévoyons pas à ce stade d’impact majeur sur le secteur bancaire, peu exposé à l’extérieur et bénéficiant de la stabilité de ses dépôts, mais nous pourrions cependant assister à un ralentissement du rythme de progression du crédit. Le renforcement de la supervision bancaire au cours des dernières années permet également d’assurer un contrôle vigilant du secteur.
En ce qui concerne la Bourse de Casablanca, la part de la capitalisation boursière détenue par les étrangers est faible, ce qui devrait minimiser les effets de l’onde de choc internationale. En outre, la base des investisseurs reste étroite, limitant les effets négatifs d’une correction boursière sur la demande intérieure.
 
Quelle est l’origine de cette crise financière internationale ? Est-elle l’effet des subprimes ou remonte-t-elle plus loin dans le temps ?
De manière schématique, on peut attribuer la crise actuelle à une triple carence : carence de la réglementation et du contrôle dans les économies avancées, carence de la gestion du risque dans les établissements financiers privés, et carence des mécanismes censés discipliner le marché. La crise a été précédée par une période de crédit bon marché (subprime) et d’accélération de l’innovation financière dans les économies avancées.
Ces évolutions ont encouragé la prise de risque, notamment dans l’immobilier aux Etats-Unis. Lorsque les prix ont cessé d’augmenter, l’ampleur des pertes, notamment sur des obligations adossées à des prêts hypothécaires à risque, a surpris les investisseurs et déclenché une crise de confiance.
 
Comment s’est-elle déclenchée et propagée au niveau international ?
La révélation des premières pertes a amené les investisseurs à mettre en doute la solvabilité des institutions financières et à réduire le financement mis à leur disposition. Une fois que la crise de confiance s’est déclenchée, l’interconnexion des marchés et des institutions financières explique la vitesse et l’ampleur de la propagation de la crise.
 
Comment s’explique la forte chute des Bourses mondiales ?
La révision à la baisse de certaines notations internationales reflète l’augmentation du risque de remboursement liée à la crise. Elle reflète également la prudence des agences de notation, accusées d’avoir sous-estimé le risque des obligations adossées aux prêts hypothécaires américains.
 
Quel rôle l’inflation et la spéculation ont-elles joué dans l’amplification de la crise ?
La décennie qui a précédé la crise a été caractérisée par la modération de l’inflation et des taux d’intérêt, qui a pu inciter certains comportements spéculatifs, notamment dans le secteur immobilier américain. Le déclassement de certains produits financiers adossés aux crédits hypothécaires, qui avaient jusque-là bénéficié d’une notation «AAA», a sans doute été un des facteurs déclencheurs de la crise.