Libre-échange Maroc-Turquie : les textiliens se frottent les mains

La compétitivité sera améliorée grâce à la baisse du coût de la matière première importée de Turquie.
Dès 2005, les confectionneurs pourront exporter sur ce marché en franchise de droits de douane.

Une forte présence des entreprises turques est attendue pour la troisième édition de Maroc Sourcing, qui se tiendra du 27 au 29 mai, à Casablanca. Cette manifestation, regroupant les opérateurs du textile, permet aux visiteurs professionnels d’avoir un aperçu sur les diverses filières, en amont et en aval, du secteur. Pour la première fois, Maroc Sourcing sera caractérisé par «une première présence formelle et structurée des fournisseurs turcs», souligne Hicham Mghirbi, industriel, membre du pôle communication de l’Association marocaine des industries textile et de l’habillement (Amith).
La forte présence turque est, cette année, justifiée par l’accord de libre-échange signé il y a un peu plus d’un mois entre les deux pays. Les produits marocains bénéficieront, dès l’entrée en vigueur de l’accord en janvier 2005, d’une exonération totale des droits et taxes douaniers.
L’accord de libre-échange profitera aux Marocains dans un premier temps
Quant aux droits de douane sur les produits textiles turcs, ils feront l’objet d’un démantèlement sur une période de dix ans. Trois listes de produits sont établies : pour la première, le démantèlement se fera à raison de 10 % par an à partir de janvier 2005, pour la deuxième liste, à raison de 3 % pour les trois premières années de l’accord, et de 15 % à partir de la quatrième année d’application de l’accord. Quant aux produits usagés, notamment la friperie, les dispositions seront réexaminées par un comité mixte. Tous les produits turcs qui ne figurent pas sur ces listes seront exonérés dès l’entrée en vigueur de l’accord.
Pour Mohamed Tazi, directeur délégué de l’Amith, «l’accord constitue une bouffée d’oxygène pour les exportateurs. Car, aujourd’hui, ils pourront aller se positionner sur le marché turc. La Turquie est certes un gros importateur, mais jusqu’à présent nos exportations sur ce marché étaient très faibles. Alors que nous importons beaucoup de matières premières de Turquie». Selon les derniers chiffres disponibles à l’association, le Maroc a importé, en 2002, pour une valeur de 517 MDH. Les tissus en fibre synthétique, les tissus en coton et en laine ont représenté les deux tiers (2/3) de ces importations. Les fils acryliques ainsi que les fils synthétiques et artificiels viennent en seconde place avec une valeur de 67 MDH.
Le deuxième apport de l’accord avec la Turquie est «la possibilité d’intégration dans l’espace européen, grâce au cumul diagonal. Celui-ci signifie que l’UE donne la possibilité aux Etats qui ont déjà un accord avec elle, et qui établissent des accords bilatéraux entre eux, de travailler et d’avoir des échanges comme s’ils faisaient partie de la zone», explique M.Tazi. Il ajoute que «les exportateurs marocains pourront maintenant importer les matières premières, les transformer et exporter à partir de la Turquie vers les pays européens». Cette opportunité est, selon l’Amith, très importante pour les confectionneurs qui pourront bénéficier de l’offre de matières premières turques et d’une véritable plateforme d’exportation. En effet, la Turquie est le premier fournisseur de l’Union européenne avec des exportations qui atteignent 2 milliards d’euros (20 milliards de DH) et enregistrent une croissance annuelle de 15 %. De plus, avec le principe de la double transformation, les confectionneurs marocains pourront exporter le produit fini fait à partir de matières premières turques, sans droits de douane, vers l’UE.
La filière des tissus d’ameublement s’inquiète
Si pour les confectionneurs l’accord est bénéfique, la filière des tissus d’ameublement exprime quant à elle quelques craintes. «Il y a le risque d’une forte menace sur ce secteur que l’on cherche à développer et pour lequel une étude stratégique a été réalisée par l’Amith», dit un industriel. A l’Amith, on se veut rassurant car «pour cette filière, un gros effort est fait pour développer la production et il y a une recherche au niveau des modèles, des coloris et des tendances. Ce qui représente un avantage pour le Maroc, car cette même filière n’est pas très exploitée en Turquie». De plus, il faut noter que le marché marocain est déjà inondé par les tissus turcs grâce à la sous-facturation.
Malgré les quelques craintes de cette filière, les industriels s’accordent à dire que «cet accord avec la Turquie est une aubaine pour l’industrie marocaine et, surtout, pour les confectionneurs des articles en maille, chaîne et trame»

En vertu des accords signés par les deux pays avec l’UE, les exportateurs marocains pourront désormais importer les matières premières, les transformer et exporter vers les pays européens à partir de la Turquie.