Libre-échange avec le Canada : les réunions exploratoires ont démarré

Les Canadiens disposent déjà  d’une étude d’impact détaillée réalisée depuis 2009. Le Maroc n’en a pas encore fait. L’administration marocaine commence à  peine ses réunions pour préparer les négociations.

Le Maroc prépare un nouvel accord de libre-échange avec le Canada. Le Premier ministre Abbas El Fassi et son homologue canadien Stephen Harper, à l’issue de la visite de ce dernier dans le Royaume en janvier, avaient annoncé le lancement prochain de négociations pour la concrétisation de ce projet. Cette annonce avait surpris nombre d’observateurs et, de l’avis de certains responsables qui suivent de près les dossiers du commerce extérieur, M. El Fassi se serait un peu précipité. Car, si le responsable canadien s’est engagé dans cette voie, c’est parce que les services concernés de son pays ont franchi plusieurs étapes dans la préparation de ce chantier. Avant de venir au Maroc, M. Harper disposait déjà des conclusions de rapports établis par les experts économiques de son administration. Ceux-ci ont été élaborés sur la base des consultations publiques engagées en octobre 2009 (déjà !) avec les provinces et les territoires canadiens, les entreprises, les organisations non gouvernementales et le grand public. Lesdites consultations ont toutes été favorables à cet accord.

Les Canadiens ne veulent pas d’un démantèlement progressif des droits de douane

A l’inverse, le sujet n’était pas suffisamment examiné par l’administration marocaine. Aucune étude d’impact d’un accord de libre-échange entre les deux pays sur l’économie marocaine n’a encore été réalisée. Pour certains observateurs, on peut expliquer cela par le fait que du côté marocain le projet d’accord avec le Canada ne figure pas vraiment en tête des priorités du moment. «Nous nous concentrons beaucoup plus sur les négociations avec l’Union européenne relatives au volet des services et ce n’est qu’après la conclusion de ces discussions que nous entamerons le dossier du Canada», nous confie un haut fonctionnaire qui participe au processus. La preuve, à ce jour, et en guise de préparation, c’est à peine si une ou deux réunions ont été tenues par les administrations concernées sous la houlette des Affaires étrangères, pour débattre de ce sujet. Autant dire que rien n’est encore fait de manière officielle.
Mais il n’en demeure pas moins que l’annonce du Premier ministre a mis la partie marocaine, sinon devant le fait accompli, du moins dans l’embarras. Du coup, les responsables marocains chargés de l’examen de ce type de dossier (Affaires étrangères et Commerce extérieur) se trouvaient acculés à se réunir avec leurs homologues canadiens pour donner une suite à cet engagement.

Le Maroc craint pour son secteur agricole

Ainsi, deux réunions ont été tenues, une à Rabat et l’autre à Ottawa. Celles-ci sont qualifiées de «rounds exploratoires», qui servent à approfondir la connaissance mutuelle de l’environnement économique et commercial des deux pays. «Il s’agit simplement d’échange d’informations sur les secteurs économiques ainsi que sur les lois et réglementations des deux pays», souligne un responsable du ministère du commerce extérieur. Et déjà, à l’issue de ces premiers contacts, quelques divergences ont surgi. Les Canadiens ont manifesté leur intérêt à conclure un accord de libre-échange global, c’est-à-dire qui comprend tous les secteurs. En d’autres termes, les Canadiens tablent sur une ouverture du secteur agricole. Or, une telle éventualité fait peur car notre agriculture ne ferait pas le poids face à celle très développée du Canada qui est champion mondial pour beaucoup de produits. Et une ouverture réciproque des deux marchés constituera une menace certaine pour plusieurs filières agricoles. Dès lors, le Maroc n’est pas prêt à faire des concessions sur ce plan, comme le signale ce responsable du ministère du commerce extérieur.
De même, au niveau des services, «les discussions ne seront pas faciles étant donné que les Canadiens sont très rigides en matière de reconnaissance des diplômes universitaires», ajoute la même source. Pour autant, ils sont de plus en plus convaincus de l’importance d’un accord de libre-échange avec le Maroc. Le Canada y voit manifestement une opportunité pour promouvoir ses «intérêts commerciaux en offrant de nouveaux débouchés à ses exportateurs, investisseurs et innovateurs», lit-on dans une note à ce sujet publiée sur le site du ministère des affaires étrangères canadien. «Un accord de libre-échange avec le Maroc pourrait (…) favoriser les objectifs de politique étrangère du Canada dans la région (…) et pourrait être la porte d’entrée pour une nouvelle présence commerciale canadienne dans la Méditerranée et en Afrique du Nord (et) il placerait également les entreprises canadiennes dans une position plus favorable par rapport à leurs concurrents sur ce marché et particulièrement ceux qui bénéficient d’un arrangement de commerce préférentiel avec le Maroc», souligne le ministère canadien des affaires étrangères.
Autre motif qui justifie l’enthousiasme des Canadiens : les échanges commerciaux entre les deux pays sont en baisse. Ce sont spécialement leurs exportations qui ont nettement reculé en 2010 (voir encadré). Et c’est pour cela qu’ils s’empressent de conclure cet accord de libre-échange.