Libéralisation des prix : des écarts dépassant les 20 centimes entre distributeurs

Les opérateurs ont profité de la baisse des cours à l’international pour appliquer des prix différents. Le premier jour, les stations-services n’affichaient pas toutes les prix et le système de fixation des tarifs ne fonctionnait pas chez tout le monde.

Abdelkader Aâmara faisait partie de ceux qui croyaient que rien n’allait se passer les premiers jours de la libéralisation des prix des hydrocarbures. Le ministre de l’énergie faisait le pari qu’une période d’adaptation allait être nécessaire avant que les prix dans les stations-services ne commencent à varier d’une enseigne à l’autre. Finalement, les distributeurs ont bel et bien osé l’application de prix différents dès le 1er décembre, aidés vraisemblablement par la conjoncture internationale. En effet, selon les estimations et sur la base de l’ancien système de calcul, les prix à la pompe devaient baisser en ce début décembre si l’Etat avait continué à publier les prix de référence. Cette baisse aurait pu être de l’ordre d’une vingtaine de centimes, ce qui a laissé beaucoup de marge de manœuvre aux opérateurs pour appliquer des prix différents. L’essentiel était vraisemblablement de montrer aux consommateurs que tout le monde répercute la baisse, quitte à ce que cela se fasse à des degrés différents. C’est ainsi qu’au niveau des stations à Casablanca, nous avons eu droit à des prix du gasoil qui commençaient à 7,77 DH chez Afriquia et Ziz et qui allaient jusqu’à 8 DH chez Oil Lybia et Shell. Idem pour l’essence. Les prix appliqués étaient compris entre 9,28 DH et 9,53 DH.

Au-delà de ces écarts, le tour des stations fait par La Vie éco a permis de relever deux constats majeurs qui montrent que beaucoup de stations n’étaient pas encore prêtes à la libéralisation ce 1er décembre. Le premier concerne l’affichage des prix. Plusieurs stations de différentes enseignes n’avaient même pas encore installé le totem où les prix devaient être affichés. Pourtant, il s’agit d’un des engagements des pétroliers marocains dans le cadre de l’accord d’homologation conclu avec l’Etat en décembre 2014. Renseignement pris auprès des pompistes des stations repérées, il s’avère qu’elles ont pour point commun d’appartenir à des gérants et non aux sociétés de distribution.

Le deuxième constat de taille est que le système de fixation des prix n’était pas opérationnel chez tout le monde. Plusieurs stations, dont certaines sont même gérées en propre par les compagnies, affichaient tout au long de la journée des prix équivalents à ceux appliqués la veille du 1er décembre. Là encore, des pompistes interrogés nous informent que l’application de ces tarifs s’est imposée d’elle-même car le système ne permettait pas encore le contrôle des prix à partir du siège des compagnies. Cette défaillance explique en grande partie l’écart de prix constaté entre des stations de même enseigne alors que tout présageait pour cette première journée une unification chez les stations d’un même distributeur.