L’hôtel Lincoln caché par un panneau publicitaire dans l’attente d’une solution !

La ville ne veut ni abandonner la façade ni se donner les moyens de protéger la bâtisse.
Le seul terrain de près de 2 400 m2 valorisé à 36 millions
de DH.

Une énorme affiche publicitaire de Coca Cola vient de prendre place sur le boulevard Mohammed V, cachant la façade de l’immeuble Lincoln. Une bâtisse dont le nom se confond non plus avec le monument architectural qui date de 1917 et dont la façade a été classée dans le patrimoine de la ville, mais bien avec un point noir de Casablanca, qu’il s’agisse d’esthétique, de circulation ou de mobilier urbain.

Aux dernières nouvelles, les structures métalliques ont coûté 450 000 DH et, le plus drôle, c’est qu’elles n’ont pas été simplement loués mais bien acquises, ce qui veut dire que ce panneau «cache-misère» est prévu pour durer. Ironie du sort, il cache la façade que la ville et le ministère de le culture veulent protéger. Plus grave encore, il n’est question d’aucune mesure de consolidation de cette façade.

Une telle information n’aurait valu qu’un petit entrefilet dans un journal local, n’était le fait que l’immeuble en question a ravi la vie à trois malheureux passants et qu’il a coûté à la ville moult réunions fiévreuses, chaque fois que la chute d’un de ses pans en ruine résonne dans le quartier. Puis plus rien. Cela fait 16 ans que les élus ne sont jamais arrivés à trancher dans un sens ou dans un autre.

Jusqu’à présent, le propriétaire du bien n’est disposé à reconstruire que s’il est autorisé à ériger 5 étages. Or, une telle option, celle des 5 étages, signera la mort de la façade qu’on veut protéger et qui ne peut l’être que si l’on s’en tient à trois étages. A la décharge de la ville et des élus, plusieurs propositions avantageuses ont été faites au propriétaire qui les a fermement déclinées.

Le Conseil de la ville a aujourd’hui le choix entre deux options : abandonner son ambition de protéger la façade de l’immeuble ou lancer une procédure d’expropriation. Dans le deuxième cas, il faut remplir deux conditions : payer une facture lourde (le terrain qui est sur une superficie de près de 2 400 m2, valorisé à 15 000 DH le m2, reviendrait à la bagatelle de 36 millions de DH) et, une fois le terrain acquis, la ville n’étant pas promoteur immobilier, trouver des partenaires pour mettre au point une solution économique. Contacté par nos soins, Mohamed Sajid, maire de la ville, a bien accepté le principe d’un rendez-vous téléphonique pour discuter de la question. Mais à l’heure où nous mettions sous presse, il n’avait pas donné suite…