L’extrême pauvreté est presque éradiquée, mais les inégalités sociales persistent

Le Maroc a accompli des progrès sur l’ensemble des objectifs, dont certains ont été largement dépassés. La proportion de Marocains n’atteignant pas le minimum d’apport calorifique a été ramenée de 4.6% en 1985 à  0.5% en 2011, alors que la valeur cible des Nations Unies pour 2015 est de 2.3%.

Les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), au nombre de huit, peuvent être considérés comme une «feuille» de route adoptée par la communauté internationale en septembre 2000 à New York en vue d’accélérer le développement et, ainsi, réduire la pauvreté et la faim et améliorer les indicateurs relatifs à l’éducation, la santé maternelle et infantile, etc. Le Maroc fait partie des 190 pays qui ont adopté cette feuille de route des Nations Unies et qui se sont fixé un délai de 25 ans pour atteindre ces objectifs : entre 1990, année de base, et 2015, année d’horizon.

Périodiquement, le Maroc, à travers le Haut commissariat au plan (HCP), produit des rapports dans lesquels il dresse le bilan de réalisation de ces objectifs. Cette semaine (le 12 septembre), le HCP a présenté le 5e rapport du genre, à Casablanca. Où en est donc le Maroc dans la réalisation des OMD ?

Sur l’objectif n° 1, qui vise à réduire l’extrême pauvreté et la faim, le Maroc a accompli des progrès considérables. La pauvreté absolue (mesurée au seuil de 1 dollar en parité de pouvoir d’achat, par personne et par jour) a été réduite à un niveau insignifiant : 0,3% de la population en 2011, contre 3,5% en 1985, sachant que la valeur cible est de 1,8% à l’horizon 2015. Cela signifie qu’au Maroc, aussi bien en milieu urbain (0,1%) qu’en milieu rural (0,5%), moins de 1 Marocain sur 100 vivait, en 2011, d’un revenu de 1 dollar PPA (parité de pouvoir d’achat) par jour, selon les calculs du HCP. Et même en élevant le seuil à 1,5 dollar par jour, la pauvreté absolue, nous dit le HCP, ne touchait en 2011 que 0,9% de Marocains (0,3% d’urbains et 1,6% de ruraux).

S’agissant de l’éradication de la faim, la proportion de Marocains n’atteignant pas le minimum d’apport calorifique, soit 2 444 kcal (kilocalorie) par jour, a également été fortement réduite, passant de 4,6% en 1985 à 0,5% en 2011, alors que la valeur cible des Nations Unies à atteindre en 2015 est de 2,3%. De même, la prévalence de l’insuffisance pondérale (carence du poids par rapport à l’âge) parmi les moins de 5 ans, a été ramenée de 10,3% en 2003 à 3,1% en 2011 pour une valeur cible de 4,5% en 2015. Au total, les indices de l’extrême pauvreté et de la faim ont été réduits, en 2011, à des niveaux extrêmement faibles, en tout cas «statistiquement insignifiants», pour reprendre l’expression du HCP.

Le taux de vulnérabilité est en baisse

C’est pourquoi le HCP s’intéresse désormais à la pauvreté relative, dont le seuil international est fixé à 2 dollars par personne et par jour. Plus ambitieux, le HCP établit un seuil national légèrement supérieur au seuil international et basé, entre autres, sur les normes de l’Organisation mondiale de l’alimentation (FAO) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce seuil national est fixé à 2,15 dollars par personne et par jour, suivant la parité de 1 dollar pour 4,88 DH en parité de pouvoir d’achat. A l’aune de ce seuil national, la pauvreté relative au Maroc, après avoir progressé au début des années 90, a pu être réduite de près de 60% entre 2001 et 2011, passant de 15,3% à 6,2% entre les deux dates (de 7,6% à 3,5% en milieu urbain, et de 22% à 10% en milieu rural).

Le taux de vulnérabilité, lui, a diminué de 40%, en passant de 22,8% en 2001 à 13,3% en 2011 (est vulnérable toute personne qui n’est pas pauvre mais qui court un grand risque de le devenir).

Ainsi, en 2011, selon les calculs du HCP, il existait au Maroc 6,3 millions de personnes pauvres (2 millions) et vulnérables (4,3 millions). Comme chacun peut le deviner, le milieu rural concentre une très grande partie à la fois des pauvres (67,5%) et de vulnérables (58,8%).

Finalement, quel que soit le seuil retenu, la pauvreté au sens monétaire (absolue ou relative) a beaucoup baissé au Maroc depuis le début des années 2000.

Le rapport du HCP traite également des autres indicateurs entrant dans l’objectif n°1 relatif à la réduction de l’extrême pauvreté et de la faim (comme le taux de pauvreté subjective, le taux de pauvreté multidimensionnelle, etc.), et là encore des progrès ont été accomplis. Et cependant, nuance le rapport, ces progrès ne devraient pas cacher la hausse des inégalités sociales et territoriales, lesquelles, si elles persistaient, pourraient menacer les acquis réalisés en matière de pauvreté monétaire et multidimensionnelle.