L’Exécutif se mobilise pour sortir le secteur immobilier de sa torpeur

Les départements de l’intérieur, des finances, de l’habitat et de l’urbanisme lancent une action commune pour redynamiser le secteur. Les mesures prioritaires portent sur le renforcement du financement garanti, l’étude de mesures urbanistiques avantageuses pour la classe moyenne et l’accélération des procédures d’autorisation de construire.

L’Exécutif rassemble ses forces pour sortir le secteur immobilier du marasme. Les ministères de l’habitat et de la politique de la ville, de l’intérieur, de l’économie et des finances ainsi que le département de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire ont tenu ces derniers jours une réunion à ce propos avec les promoteurs immobiliers, réunis sous la bannière de la FNPI. L’événement est notable car ce sont là tous les départements qui ont la main pour prendre rapidement des mesures de relance du secteur, sachant que «la dernière mobilisation ministérielle de cette ampleur remonte à 2010», insiste-t-on auprès du département de l’habitat. Pour agir vite, une commission de suivi de haut niveau a été constituée, rassemblant les secrétaires généraux des ministères précités ainsi que les représentants de la FNPI. Cette commission devrait formaliser dans les prochaines semaines des mesures de relance à décliner sur le court et le moyen terme. A quoi s’agira-t-il de s’attaquer au juste ?

Le mot d’ordre est de relancer l’investissement dans la promotion immobilière. Les mises en chantier de logements sont sur la pente descendante depuis trois ans avec des baisses de 8% en 2014, de 24% en 2013 et de 15% en 2012. Et il va sans dire que ce ralentissement entraîne un recul d’activité pour plusieurs autres opérateurs dont les entrepreneurs du bâtiment ou encore les industriels des matériaux de construction. Tout cela a pour corollaire une moindre production d’emplois du secteur. Le BTP a perdu une moyenne de 14 000 emplois par an depuis 2012. Et la situation pourrait continuer de se dégrader, selon la FNPI. «En l’état actuel des choses, la production annuelle de logements (autour de 132000 unités) pourrait baisser de 10 000 à 15 000 habitats à l’avenir», assure Youssef Ibn Mansour, président de la fédération. Hormis les répercussions économiques de cette baisse de régime, c’est la politique gouvernementale en matière d’habitat qui pourrait en prendre un coup, sachant que les achèvements actuels couvrent à peine les nouveaux besoins recensés chaque année.

Redynamiser le Fogarim et le Fogaloge

Les pouvoirs publics comme les professionnels conviennent que le premier levier à actionner pour redonner du tonus au secteur est le financement bancaire. Une plainte des opérateurs devenue récurrente sur les derniers mois concerne le rationnement du crédit aux professionnels et aux acquéreurs. Mais le propos de la relance en cours n’est pas d’agir sur le financement immobilier standard, qui après tout dépend de la politique des banques exposées de manière notable sur le secteur. L’idée est plutôt de redynamiser les crédits garantis par l’Etat, notamment le Fogarim, destinés aux populations à revenu modeste. Il faut rappeler que seuls la Banque Populaire et CIH Bank continuent d’accorder ce type de financement, avec des restrictions de plus en plus marquées, assurent les promoteurs. «Ceci alors que plus de la moitié des acquéreurs de logements sociaux ont besoin de la garantie Fogarim pour devenir propriétaires», insiste M. Ibn Mansour. Outre le Fogarim, l’idée est également de desserrer l’étau sur le financement garanti pour la classe moyenne (Fogaloge). A rappeler qu’une réforme du fonds public de garantie, Damane Sakane, chapeautant le Fogarim et le Fogaloge est annoncée depuis quelques mois déjà.

Sur un autre volet, la mobilisation ministérielle se donne pour objectif de lever des blocages pesant sur l’offre. Le premier concerne la production et la commercialisation des logements à 140 000 DH dont il s’agit déjà de mobiliser le stock vacant. Chez le seul holding public Al Omrane, ce sont près de 8 000 unités de ce genre qui sont finies et qui tardent à être occupées du fait de l’orientation des ménages bidonvillois bénéficiaires de ces habitats vers une offre de lots de terrains.

Le locatif social n’attire toujours pas les investisseurs

Un autre levier d’action porte sur la promotion du secteur locatif. Rappelons à ce titre que le plafond de loyer du dispositif du locatif social (mise en location de logements sociaux à un loyer réglementé en échange d’avantages fiscaux) a été relevé de 1 200 à 2 000 DH dans la Loi de finances 2015, sans que les investisseurs ne manifestent le moindre intérêt pour ce mécanisme. Surtout, l’Exécutif veut véritablement mettre sur les rails le logement subventionné pour la classe moyenne, commercialisé au prix réglementé de 7 200 DH le m2. Ce dispositif, lancé depuis 2013, ne dispose toujours pas de l’appui effectif des moyens et grands promoteurs, réunis au sein de la FNPI. Celle-ci a certes signé une convention avec le ministère de l’habitat pour construire 20 000 logements de ce type à l’horizon 2016, mais sa participation est conditionnée par la mise en place de normes urbanistiques avantageuses (verticalité et densité) qui n’ont pas été mises en œuvre jusqu’à présent. Les ministères de l’urbanisme et de l’intérieur se montrent encore réticents, selon les promoteurs. Ceux-ci ont déjà eu l’occasion de plaider leur cause le 17 février dernier auprès du ministère de l’intérieur. A présent que les promoteurs immobiliers ont enfoncé le clou auprès du ministère de l’urbanisme, il y a fort à parier que la situation se débloque bientôt pour le logement subventionné pour la classe moyenne.

Un dernier champ d’action envisagé pour redynamiser le secteur porte sur une fluidification des procédures administratives relatives à la délivrance des autorisations. La situation s’est enlisée en la matière selon les promoteurs, au point que les autorisations de construire ne sont quasiment plus délivrées depuis 2 mois à Casablanca. Pourtant, un Règlement général de construction en matière de permis dans l’urbanisme et un système d’information ont été mis en place depuis des semaines pour simplifier la démarche à Casablanca. Le principe est d’agir pour que ces outils de simplification tiennent leurs promesses.