L’évolution du secteur bancaire profite-t-elle au client ?

Le président de la CGEM redoute que la présence accrue du capital
étranger dans les banques n’entraîne un déplacement
des entres de décision à l’extérieur du pays.
Les banques assurent que les gains de productivité générés
par les fusions seront partagés avec le client.

Quand un banquier et un chef d’entreprise se retrouvent autour d’une table, les discussions laissent souvent un goût d’inachevé. La raison est que, dans leurs relations, un problème en chasse toujours un autre. Le dîner-débat organisé, mardi 17 février, par La vie éco et Eventis autour du thème «Evolution du paysage bancaire et impact sur le consommateur», n’a pas échappé à la règle. Outre un plateau constitué de quatre patrons de banque, en l’occurrence Joël Sibrac, président du directoire de la BMCI, Mohammed Kettani (DG de BCM-Wafabank), Omar Bounjou (DG de BCM-Wafabank), Brahim Benjelloun Touimi (DG de BMCE Bank), qui entouraient Hassan Chami, président de la CGEM, plus d’une centaine de cadres d’entreprises et de banquiers ont assisté à des échanges relevés.
Aujourd’hui, dès qu’on évoque la question de l’évolution du secteur bancaire, le processus de concentration du secteur revient au premier plan. Les entreprises sont inquiètes et l’ont fait savoir par la voix de Hassan Chami. Le patron des patrons est tout d’abord préoccupé par le traitement dont font l’objet les PME. Mais sa plus grande peur réside dans la présence accrue du capital étranger dans les banques marocaines. Ce n’est pas tant pour des raisons de protectionnisme. D’ailleurs, au cours des discussions, M. Chami a fait un long plaidoyer pour une libéralisation encore plus poussée du secteur économique. Mais il estime simplement que cette présence entraîne un déplacement du centre de décision à l’étranger. «Il nous a été rapporté que par rapport à des études de dossiers de crédit, des clients ont eu comme réponse qu’il fallait attendre le feed-back de Paris», affirme-t-il.

Les banques locales se félicitent de l’apport de leurs consœurs étrangères
M. Chami n’a pas été suivi dans son raisonnement par les banquiers locaux. Jouant visiblement la carte de la solidarité avec leurs confrères, ils se sont félicité de la présence des établissements internationaux dans le pays et du rôle qu’ils jouent dans la modernisation du secteur financier.
Profitant de la brèche ouverte par Hassan Chami, Brahim Benjelloun Touimi a exprimé sans détour sa position. «C’est effectivement un atout pour le secteur dans la mesure où il accompagne l’intégration irréversible de l’économie marocaine dans son environnement international et surtout méditerranéen», dira-t-il. Et de poursuivre : «La limite est davantage dans le degré de concentration sur quelques acteurs étrangers, et par conséquent, dans une consolidation parmi les banques à capitaux étrangers au Maroc, sans nouveaux entrants, fussent-ils de même nationalité». Il fait certainement allusion au blocage du projet d’acquisition de 20 % du capital de BMCE Bank par la Caisse d’épargne française. Bref, Benjelloun Touimi plaide pour plus de compréhension de la part des autorités. Il explique toutefois que l’option «Caisse d’épargne française» n’est qu’une option parmi d’autres et n’exclut pas des alliances avec des partenaires autres que Français.
Joël Sibrac le patron de la BMCI, filiale de BNP-Paribas n’était donc pas isolé. Il a cependant tenu à préciser que le directoire de la BMCI, basé bien entendu à Casablanca, a toutes les délégations de pouvoir de l’ assemblée générale pour statuer sur les demandes de crédit. Toutefois, des demandes de crédit dépassant un certain niveau, ou concernant des projets particuliers, sont envoyées au siège de la maison-mère pour un avis technique. Selon le président du directoire de la BMCI, qui enchaînait sur une question relative à la provision du risque pays, les entreprises de la place ne doivent pas avoir de souci à se faire, d’abord parce que sa banque, dont la présence au Maroc est ancienne, s’est toujours impliquée dans le financement de l’économie, ensuite du fait que les analyses des économistes sur le pays sont positives.
Revenant à la fusion, et plus particulièrement au cas BCM-Wafabank qui le concerne de plus près, Mohamed El Kettani, directeur général en charge du pôle de Financement et d’investissement à la BCM, a assuré que l’opération ne peut être que bénéfique pour le consommateur. Pour lui, la recherche d’une meilleure prestation a d’ailleurs été au centre des discussions avec les autorités monétaires (Bank Al Maghrib et la direction du Trésor) tout au long du traitement du dossier.
Parmi les avantages de cette fusion, le consommateur profitera d’une meilleure proximité car le réseau d’agences de l’entité fusionnée sera plus étoffé. Les économies d’échelles permettront de réaliser des gains de productivité, qui, si l’on en croit M. Kettani, seront partagés avec les clients.

Les crédits accordés à la PME ont été divisés par trois au cours des six dernières années
Dans le même ordre d’idée, il espère que le futur ensemble obtiendra un rating plus intéressant que celui des deux banques prises isolément. Ce qui lui offrira la possibilité d’accéder à des ressources moins onéreuses. Cette économie de coûts sera également répercutée sur le consommateur.
A l’évidence, ce processus de concentration est très positif pour le client, mais aussi une nécessité pour les banques, obligées au regard des contraintes de gestion et de l’évolution du système de contrôle et de sécurisation du secteur financier, d’augmenter leurs moyens pour continuer à faire face à leur engagement. Le DG de la BCM a d’ailleurs à juste titre rappelé les nouvelles règles prudentielles de Bâle II, plus contraignantes que les mesures prudentielles actuelles, qui entreront en vigueur en 2007.
A son avis, comme pour ses autres collègues, les entreprises, en particulier les petites et moyennes, doivent suivre le train de la modernisation. Les guichets, soutiennent-ils, sont ouverts, même si comme le reconnaît volontiers Benjelloun Touimi, «la part des PME dans le volume des crédits à long et moyen termes a été divisée par trois au cours des six dernières années, passant de près de 20 % à moins de 7%» . Bref, il y a certes un problème, lié même à l’obligation des banques «de bien gérer l’argent des autres», comme l’a souligné un intervenant, mais la PME ne doit plus continuer à jouer les victimes. Chez les banquiers, on met volontiers en exergue les sources de financement alternatives à savoir le crédit-bail, le marché boursier, les lignes de capital-risque ou de fonds de garantie. Le système bancaire prend la responsabilité d’activer cette panoplie d’instruments et d’accompagner la PME par des spécialistes dédiés.
A la question des sûretés exigées aux PME, M. El Kettani précisera que les garanties ne sont qu’accessoires. Il estime que la capacité d’autofinancement d’une entreprise et sa prédisposition à créer de la richesse est la meilleure des garanties. Et de rappeler que le plus grand risque que court un banquier est de miser sur la garantie. Des faits récents lui donnent raison.
On regrettera, dans les débats, la relative discrétion des opérateurs et des représentants des consommateurs. Mais dans les coulisses, on apprendra que les commissions sont toujours très élevées et que les taux d’intérêt débiteurs ne sont pas toujours en ligne avec les annonces. Autre remarque, non moins importante, que l’on doit à Thami Ghorfi, le modérateur, le rendement des dépôts n’a pas autant baissé ces dernières années. C’est donc le statuquo