«L’évolution du marché du médicament n’est pas très bonne pour le moment»

Les laboratoires pharmaceutiques misent beaucoup sur l’écosystème récemment mis en place. L’investissement dans le secteur a doublé par rapport à la décennie précédente. Des procédures claires et rapides sont exigées en matière d’autorisations de mise sur le marché.

Vous êtes depuis un mois président de l’AMIP. Quels sont, selon vous, les dossiers prioritaires pour le secteur ?

Il y en a plusieurs. L’une de nos principales priorités est relative au dossier des autorisations de mise sur le marché (AMM) des médicaments. L’AMIP est déterminée pour accompagner et travailler avec le ministère de la santé afin d’améliorer le processus d’octroi des AMM. L’idée serait de ramener ce délai de 3 ou 4 ans à 10 mois. Un décret est d’ailleurs en cours d’élaboration dans ce sens. Dans ce cadre, il y a lieu de préciser que certains laboratoires ont obtenu, et c’est une bonne chose, des AMM rapidement dans le cadre de ce qu’on appelle le «Fast track». Une facilité accordée lorsqu’il s’agit d’un problème de santé publique. C’était le cas, par exemple, du nouveau traitement contre l’hépatite C. Aujourd’hui, nous souhaitons connaître les critères d’octroi du Fast track qui reste, il faut le souligner, à la discrétion du ministère de la santé. Il faudrait également mettre en place, comme cela se fait dans certains pays, un organisme indépendant de suivi des délais d’octroi des AMM. On disposerait alors d’un mécanisme de monitoring qui permettrait une plus grande transparence au niveau des procédures et des relations avec le ministère de la santé.

La deuxième priorité est la mise en place des mesures d’accompagnement du décret relatif au prix des médicaments. La baisse des prix a concerné certains produits, mais elle est problématique pour les médicaments à petits prix, ceux qui sont vendus à moins de 50 DH, et qui risquent de disparaître du marché. Il s’agit certes d’une centaine de médicaments sur les 5 500 spécialités du marché, mais ces produits n’ont pas d’alternatives thérapeutiques pour l’instant. Nous demandons une révision des prix de ces médicaments pour éviter l’arrêt d’approvisionnement.

Comment cela se passe-t-il pour les AMM à l’export ?

Les délais sont encore plus longs puisqu’ils peuvent varier de 5 à 6 ans au Maroc et de 1à 2 ans dans le pays importateur. Cela est dû à l’existence d’un contrôle a priori et un autre a postériori, alors que dans d’autres pays il n’y a que le contrôle a priori. Il est certain que ces filtres permettent de contrôler la qualité des médicaments, mais cela alourdit les procédures et retarde la pénétration de certains marchés à l’export. L’idéal serait d’avoir une labellisation et une assurance Qualité au niveau du secteur qui éviterait d’attendre aussi longtemps.

L’AMIP a signé, il y a trois semaines, la convention pour la création de l’écosystème pharmaceutique Eco Pharma 2020. Quels en sont les objectifs ?

L’écosystème vise la création de 4 000 emplois supplémentaires pour renforcer l’effectif actuel du secteur qui est de plus de 40 000 emplois; l’augmentation de la valeur des exportations de 1 milliard de DH en 2015 à 10 milliards en 2020 et une valeur ajoutée additionnelle de 3,5 milliards de DH contre 4,6 milliards actuellement. La réalisation de ces objectifs doit passer par le développement de la production locale afin de réduire la dépendance de l’offre étrangère.

A quel niveau est-il prévu d’agir ?

Il est prévu de développer sept nouvelles technologies de fabrication afin de produire au Maroc des spécialités importées de l’étranger. Pour encourager les opérateurs, une subvention équivalente à 30% du montant total de l’investissement sera versée. Une superficie de huit hectares sera aussi mise à la disposition des investisseurs, de même qu’un accompagnement au niveau de la formation. Tout cela permettra de contribuer à développer la fabrication de nouvelles classes thérapeutiques exigeant des technologies récentes et pointues, notamment les bio-similaires, les hormones (contraception et hormonothérapie), les aérosols (traitement de l’asthme) et cytotoxique (anticancéreux chimiques), les vaccins et les produits lyophilisés.

Cette stratégie sectorielle vise également le développement de la phytothérapie, soit un écosystème qui favorise la chaîne de valeur de la plante médicinale vers le médicament. Il est à souligner que la phytothérapie constitue un important gisement pour la recherche marocaine et africaine.

Au-delà des prévisions des écosystèmes, qu’en est-il aujourd’hui de l’investissement dans le secteur pharmaceutique ?

Le secteur pharmaceutique est un marché libéralisé ouvert aux investissements nationaux et étrangers. La moyenne des investissements dans le secteur s’est située à 350 MDH par an entre 1998 et 2010. Depuis 2013, nous tournons autour de 700 MDH d’investissements par an. On assiste donc à un doublement de l’investissement annuel.

Et que prévoit-on dans le cadre de la stratégie pour le médicament générique ?

Le développement de la production nationale renforcera la part des génériques. L’AMIP vise une part de marché de 60% des génériques contre 35% seulement à l’heure actuelle. Nous avons du retard à rattraper en ce qui concerne les génériques par rapport à l’Europe et aux Etats-Unis où la part de marché respective du générique est de 80% et 85%. Il faut souligner que l’intérêt du générique n’est plus à démontrer aujourd’hui puisqu’il a permis de prendre en charge près de 10 millions de personnes atteintes d’hypertension artérielle (HTA). Il a également rendu accessible certains médicaments et en particulier les antibiotiques.

Globalement, comment se porte le secteur aujourd’hui ?

L’évolution du marché n’est pas très bonne en ce moment. Le marché a progressé de 2,4% en unités et de 1% seulement en valeur en 2015. Le chiffre d’affaires s’est situé à 13,7 milliards de DH dont 8,9 milliards pour le marché privé, 2,5 milliards pour le marché public et les cliniques et enfin 2,2 milliards pour les ventes hors officine. Environ 10% de ce chiffre d’affaires est réalisé à l’export. La dépense moyenne par habitant et par an n’a pas beaucoup évolué. Elle se situe autour de 400 DH et le médicament représente 22% de la dépense publique de santé. Il faut aussi noter que les importations atteignent 6 milliards de DH. Aujourd’hui, et c’est un mauvais point pour le secteur, la production locale

ne couvre que 65% des besoins locaux alors qu’il y a quelques années, elle en couvrait 85%. D’où l’importance des écosystèmes justement.