L’Etat toujours impuissant à  réduire le chômage

A 10,9%, le taux de chômage reste élevé et 250 000 nouveaux demandeurs arrivent sur le marché du travail chaque année

La faiblesse des moyens mis en place, conjuguée à l’absence de réflexion sérieuse sur le sujet, rendent les actions entamées dérisoires.

L’Etat a-t-il une politique en matière d’emploi ? La réponse à cette question n’est pas évidente, tant la situation du marché de l’emploi reste floue. L’insuffisance des instruments de mesure et de suivi des tendances et la variabilité de croissance économique qui enregistre globalement des taux en deçà des espérances permettent difficilement de mettre en place des actions de long terme pour amortir le niveau du chômage qui reste, selon les statistiques officielles, largement au-dessus de la barre des 10%.
Certes, les gouvernements qui se sont succédé depuis 1999 ont essayé de mettre en œuvre des mesures et des instruments de stimulation de l’emploi. Contrat d’insertion, CIOPES (Centres d’information et d’orientation pour l’emploi), en plus des différents programmes destinés à l’encouragement de l’insertion des jeunes dans la vie active, comme l’auto-emploi, crédit jeunes promoteurs et, enfin, création de l’ANAPEC (Agence nationale pour la promotion de l’emploi et des compétences) pour dynamiser le marché du travail.
Si les bilans d’étapes chiffrés annoncés régulièrement ont toujours montré une forte adhésion des jeunes, et notamment les diplômés, à ces programmes, force est de constater que chacun de ces programmes a eu son petit ou grand scandale et que leurs échecs ont été consignés officiellement. Reste l’ANAPEC (voir reportag en p. 16), dont l’image a été, dès son démarrage, fortement ternie par l’affaire dite «Annajat», qui a mis sur le carreau quelques milliers de personnes et dont le dossier semble définitivement perdu dans les méandres de la justice. Une affaire dont les protagonistes n’ont jamais voulu assumer leur responsabilité, ni au niveau politique, ni ailleurs.

3,5 millions de DH pour animer le marché de l’emploi !
Quel bilan faire aujourd’hui de l’ANAPEC ? L’agence continue son petit bonhomme de chemin avec ses 24 antennes à travers le Royaume, ses 150 employés et son budget réduit à une peau de chagrin, soit, pour 2005, 43,5 millions de DH dont 40 millions pour le fonctionnement. Reste, pour animer le marché de l’emploi, 3,5 millions de DH auxquels il faut ajouter une ligne de la Commission européenne qui date de MEDA I, destinée à insérer, selon le DG de l’ANAPEC, Rashed Chafik, 100 000 jeunes en trois ans.
Mais les réalisations sont, encore une fois, en deçà des besoins en matière d’insertion. En 2004, l’Anapec a inséré dans le marché de l’emploi environ 20 000 personnes (voir encadré). Si on le rapporte aux 250 000 jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail, ce chiffre est de toute évidence une goutte d’eau dans l’océan. Mais si on l’apprécie, explique un responsable au ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle, en le rapprochant du flux de besoins net en emploi, c’est-à-dire le différentiel entre le flux des arrivées sur le marché du travail et le flux des départs (retraites), ce score est jugé par lui «honorable». Car, précise-t-il, le taux de pénétration, c’est-à-dire le nombre d’insertions dans le marché, rapporté au flux de besoins net, se situe généralement entre 10 et 15 % dans les pays en voie de développement, alors qu’il tourne autour de 30% dans les pays développés. Au Maroc, ce flux est, selon lui, estimé à 140 000, ce qui nous donne, vu les 20 000 insertions de l’ANPEC, un taux de pénétration de 14%.

L’augmentation du Smig, préjudiciable aux recrutements
Mais cela ne résout bien sûr pas le problème du chômage car, comme chacun sait, l’emploi ne se décrète pas et découle naturellement de la bonne santé du tissu économique. Avec la victoire de l’économie de marché et la mondialisation, l’entreprise qui est devenue le principal pourvoyeur d’emplois est au centre de toutes les décisions économiques prises par les pouvoirs publics. Ces derniers, et c’est le cas au Maroc, doivent constamment veiller à respecter l’équilibre naturel qui s’établit entre le niveau des salaires et le volume de l’emploi. En d’autres termes, explique un spécialiste, augmenter le salaire minimum sans prendre en considération le niveau de productivité des entreprises du pays, c’est prendre le risque de voir le volume des emplois formels diminuer en raison de licenciements de la part des entreprises ou de leur basculement vers l’informel.
En tout état de cause, force est de constater aujourd’hui que, mis à part le système Anapec, il n’existe pas d’outils pour accélérer l’intégration des personnes au chômage sur le marché du travail et que la question n’a pas fait réellement l’objet d’un débat. Le gouvernement actuel, qui s’était consacré à d’autres priorités au cours des deux premières années de son mandat, est conscient aujourd’hui de la nécessité d’avoir une vraie stratégie en la matière (voir encadré). Depuis début janvier, les réunions se succèdent. Verra-t-on le bout du tunnel ?

Force est de constater aujourd’hui qu’à part l’Anapec, aux moyens limités, l’Etat n’a pas de réelle stratégie en matière d’emploi. Depuis début janvier, les réunions à ce sujet se multiplient.