L’Etat signe avec la Samir et assure la sécurité du raffinage

La Samir restera à Mohammédia mais s’engage à sécuriser au maximum le site.

La convention d’investissement a été signée le 20 décembre : le raffineur injectera 6 milliards de DH sur trois ans pour moderniser ses installations.

Après plusieurs mois de péripéties, le dossier de la Samir a été clos, lundi 20 décembre. Le raffineur, détenu par le groupe Corral, et le gouvernement ont signé une convention d’investissement, en vertu de laquelle la Samir injectera, au cours des trois prochaines années, six milliards de DH en vue de moderniser ses installations techniques.
Il aura tout de même fallu près de six mois de négociation entre les deux parties pour en arriver là. En effet, au début de juin dernier, le raffineur, qui n’a cessé, depuis trois ans, de proclamer son intention de mettre à niveau son outil industriel à condition que l’Etat procède à la révision de son calendrier de libéralisation du secteur, avait soumis au premier ministre un premier draft. S’en est suivie une longue série de réunions au bout desquelles l’Etat a fini par obtenir l’engagement du raffineur à investir massivement dans la sécurité. «C’est un point nodal, martèle Mohamed Boutaleb, ministre de l’Energie et des mines. Aujourd’hui, avant de parler de sécurité d’approvisionnement, de qualité du carburant, il convient avant tout de protéger la vie de centaines de milliers d’habitants »

Les arriérés de transport ont été abandonnés
Il faut dire que la Samir n’avait pas vraiment le choix. Echaudé par l’incendie de la raffinerie qui avait failli détruire toute une ville, le 26 novembre 2002, puis par un autre incident, en septembre 2003, l’Etat avait alors commandité une étude sur la politique de raffinage au Maroc. Une étude qui avait démontré qu’il était tout aussi possible d’installer une unité de raffinage dans le site industriel de Jorf Lasfar. C’est sur la base de ces conclusions que l’Etat avait pratiquement sommé la Samir, il y a un an, de délocaliser ses installations, avant de revenir, pour des raisons pratiques, sur cette condition. La Samir restera donc à Mohammédia mais, en contrepartie, elle devra respecter point par point les clauses de sécurité prévues par la convention. Sur ce volet sécurité, l’Etat aura été intransigeant. Et pour cause, un audit de sécurité des installations de la raffinerie, conduit au cours de l’été 2004 par le cabinet Marsh, spécialiste en la matière, a révélé que la Samir était dans la tranche «moyenne et même en dessous de la moyenne, pour certains procédés, par rapport aux normes internationales en la matière», confie un responsable, au sein du département de l’Energie.
Cela dit, si l’Etat a cédé sur la question de la délocalisation, il a néanmoins obtenu des concessions significatives. Les droits de douane sur les hydrocarbures, supprimés par décret, au lendemain de l’incendie du 26 novembre 2002, seront rétablis, comme le demandait le raffineur, mais l’Etat se réserve l’opportunité de permettre aux distributeurs d’importer, en franchise, les quantités d’hydrocarbures pour lesquelles la Samir présente un déficit. Il faut rappeler que, dans un marché où la consommation en produits pétroliers est de 5 millions de tonnes par an, le raffineur présente un déficit structurel en gasoil de 500 000 tonnes. De même que, en vue de diversifier les sources d’approvisionnement, la porte est aujourd’hui ouverte à tous ceux qui voudraient investir dans
un projet de raffinerie à Jorf Lasfar.
Sur un autre plan, il faut signaler que les nombreuses requête du raffineur, et qui ont pendant trois ans retardé cet investissement, n’ont pas été prises en compte. Ainsi, la structure des prix ne sera pas revue, pas plus que le calendrier de démantèlement.En revanche, l’Etat a fait une autre concession: permettre le report de la généralisation du gasoil 350 PPM à décembre 2007 (voir encadré). Une concession conditionnée par l’obligation, pour la Samir, d’augmenter graduellement sa production de gasoil 350.
En fin de compte, l’Etat aura obtenu l’essentiel dans cette convention signée. Assurer la sécurité du raffinage au Maroc, tout en respesctant son programme de libéralisation du secteur, entamé avec la privatisation de la Samir, en 1997. «Un deal win-win», dira Mohamed Boutaleb, à l’issue de la signature. Il semble que tous les « win» ne se valent pas. Celui de l’Etat a été le plus avantageux .