L’Etat reste présent dans 677 entreprises et établissements

La majorité opèrent dans le domaine économique
Une dizaine seulement réalisent les principaux agrégats du secteur.

La présence, directe ou indirecte, de l’Etat dans l’activité économique demeure encore élevée. C’est ce que montre le dernier rapport de la direction des Entreprises publiques et de la privatisation (DEPP) sur les établissements et entreprises publiques (EEP), paru au début du mois de novembre. Bien que le programme de privatisation ait été lancé depuis 1993, seulement 66 entreprises ont été transférées au secteur privé sur les 114 entités inscrites sur la liste initiale des privatisables (aujourd’hui, la liste est ouverte, ce qui signifie que toutes les entreprises sont potentiellement candidates à la privatisation).
A fin 2003, donc, le portefeuille public se compose de 677 entités contre 688 une année auparavant. Si on met de côté certains établissements publics (comme les universités, les instituts de formation, les centres hospitalo-universitaires, les agences urbaines, etc.) qui n’ont pas un caractère industriel et commercial, le reste de ces entités opère directement (à travers les sociétés d’Etat) ou indirectement (par le biais des filiales publiques ou des sociétés mixtes) dans les divers secteurs économiques.

17 nouvelles participations en 2003
D’aucuns peuvent avoir l’impression, à partir de là, que l’économie marocaine est surtout tirée par le wagon étatique, ce qui n’est qu’à moitié vrai. En décortiquant ce portefeuille public, on se rend compte que sur les 677 EEP, l’Etat ne dispose «que» de 73 sociétés (les sociétés d’Etat étant celles où l’Etat détient 100 % du capital), le reste se répartissant entre les établissements publics (271), les filiales publiques (111) et les sociétés mixtes (222).
Pour autant, on peut se demander quel intérêt a encore l’Etat d’opérer dans le conditionnement des fruits et primeurs (CFPM) ou dans l’élevage de bovins (à l’Unité régionale d’élevage bovin d’Oulmès – UREB Oulmès), deux sociétés à capitaux 100 % publics. La même interrogation vaut pour les filiales publiques : que fait l’Etat dans Bail auto (71,91 % du capital) ou encore dans la Briqueterie tuilerie nord-africaine ?
En fait, l’assainissement du portefeuille public, à travers notamment les cessions et les restructurations (transformation d’établissements et d’administration en sociétés anonymes pour encourager la concurrence) suit son cours. En témoignent les nombreux changements de statut juridique pour nombre d’entités publiques ainsi que la mise en orbite de textes pour la libéralisation de secteurs encore monopoles de l’Etat (électricité, ports, aéroports, transport, etc.). N’oublions pas que si l’Etat détient encore des entités à caractère strictement économique (excepté celles qui ont un caractère stratégique comme l’OCP), c’est souvent parce que leur privatisation n’a pas pu se faire (cas des sucreries) ou encore en raison de statuts juridiques qu’il faut préalablement changer et/ou de textes sur la démonopolisation puis la réglementation de telle ou telle activité, à élaborer.
Ce processus-là est en marche, on peut le trouver lent, il n’en demeure pas moins irréversible. Et le fait que l’on signale de nouvelles participations publiques (17 en 2003 selon le rapport sur les EEP) n’altère en rien l’orientation selon laquelle l’Etat doit se désengager – et il se désengage – de la sphère économique, sauf dans les secteurs où le monopole public est naturel (comme le transport de l’électricité, par exemple), à l’image de ce qui se pratique dans tous les pays du monde pratiquement.

L’effort d’investissement se situe au même niveau que celui du budget de l’Etat
Ces nouvelles participations sont en fait souvent, sinon toujours, prises par les entreprises ou les établissements pour consolider leur activité, prendre des parts de marché, se déployer à l’international, etc. C’est le cas, par exemple, de l’OCP qui a pris des participations dans Prayon SA, ou encore de la RAM dans Atlas Blue et Atlas On Line.
Cependant, comme le relève le rapport sur les EEP, il n’y a pas que des prises de participations, il y a aussi et surtout des retraits (28 en 2003 et 16 en cours).
Cela étant et bien que ces EEP participent à l’effort d’investissement presque au même niveau que le budget de l’Etat, voire davantage (21,5 et 23,4 milliards de DH, respectivement en 2002 et 2003), sur les 677 entités signalées, il y a une dizaine d’EEP qui réalisent la totalité des principaux agrégats du secteur public (investissement, valeur ajoutée, impôt sur les sociétés, capacité d’autofinancement, fonds propres…). On peut citer dans le désordre, IAM, ONE, OCP, CNSS, CMR, ONEP, CDG, ODEP, RAM, ONCF… Raison de plus pour se débarrasser du reste du portefeuille, ce que les pouvoirs publics s’emploient à faire.